Sophie-Charlotte en Bavière Duchesse d'Alençon
Personnages historiques

Le destin tragique de Sophie-Charlotte en Bavière, Duchesse d’Alençon

Dernière des soeurs de l’Impératrice Sissi, Sophie-Charlotte en Bavière est une femme à la vie tumultueuse. Quand la société attend des femmes pudeur et discrétion, Sophie-Charlotte en Bavière, Duchesse d’Alençon, dévoile une sensualité et une attirance pour les plaisirs de la chair. Mais Sophie-Charlotte en Bavière est surtout connue pour avoir connu une fin particulièrement tragique. Je vous propose de découvrir le portrait de cette Duchesse fougueuse.

L’enfance de Sophie-Charlotte en Bavière, future Duchesse d’Alençon

Sophie-Charlotte en Bavière enfance
Sophie (tout à gauche) accompagnée de ses parents et frères et soeurs

Sophie-Charlotte, surnommée Sopherl par ses proches, voit le jour le 23 février 1847 sur les bords du lac de Starnberg à Possenhofen, en Haute Bavière. Issue de la plus illustre dynastie européenne, la Maison de Wittelsbach, elle est la dernière fille de Maximilien en Bavière et de la princesse Ludovika de Bavière. Elle grandit dans une famille nombreuse, entourée de ses six frères et sœurs, et notamment de sa sœur Elizabeth, future Impératrice Sissi.

Sophie-Charlotte en Bavière vit une enfance heureuse et libre, comme le décrit sa sœur l’Impératrice Sissi dans ses écrits. Malgré son rang, elle peut se promener aisément et découvrir le monde qui l’entoure. Bien éduquée, elle possède une véritable sensibilité pour tout ce qui touche à l’art et notamment à la musique. Sophie-Charlotte en Bavière impressionne par son talent pour le piano et le chant. Elle développera quelques années plus tard une véritable passion pour Wagner.

Ludovica de Bavière, voyant ses filles contracter les unes après les autres de brillants mariages, voit grand pour sa cadette Sophie. Elle espère lui trouver un mari aussi “prestigieux” que pour ses sœurs. En effet, Elizabeth fait chavirer le cœur de l’Empereur d’Autriche et devient l’Impératrice Sissi, sa sœur Hélène épouse le richissime prince héritier Maximilien de Tour et Taxis, Marie-Sophie célèbre ses noces avec le prince héritier des Deux-Siciles. Dernière de la fratrie, il est temps pour Sophie-Charlotte en Bavière de trouver son futur époux. Mais la jeune fille refuse tous les prétendants : le roi Louis Ier de Portugal, le prince Philippe de Wurtemberg, ainsi que l’archiduc Louis-Victor d’Autriche, le frère de l’empereur d’Autriche. C’est un drame pour ses parents, qui voient leur fille de 19 ans toujours célibataire.

Sophie-Charlotte en Bavière et l’amour

Ses fiançailles avec Louis II de Bavière

Sophie-Charlotte en Bavière et Louis II de Bavière

Aussi surprenant que cela puisse être, c’est sa passion pour la musique de Wagner qui va pousser Sophie-Charlotte en Bavière à trouver un fiancé. L’heureux élu n’est autre que son cousin Louis II de Bavière. Leur passion commune pour le musicien va pousser le jeune Roi de Bavière à demander Sophie-Charlotte en épousailles. Les fiançailles sont célébrées le 22 janvier 1867, la jeune sœur de l’Impératrice Sissi est alors âgée de 20 ans. Cette passion est si dévorante qu’elle le pousse même à surnommer sa future épouse “Elsa”, en hommage à un personnage du célèbre opéra de Wagner, Lohengrin. Malgré tout, Louis ne cesse de repousser la date de leur mariage, sans aucune justification. La raison est pourtant évidente : Louis II de Bavière préfère la compagnie des hommes. Désespérée de pouvoir goûter à l’amour, Sophie-Charlotte en Bavière se console dans les bras d’Edgar Hanfstaengl, un beau blond qui n’est autre que le fils du photographe de la Cour. En compagnie d’Edgar, la jeune femme s’initie aux plaisirs de l’amour, et se montre très sensuelle et charmeuse. Mais l’idylle est de courte durée, Louis II de Bavière apprend l’écart de sa fiancé et saute sur l’occasion pour faire annuler leurs fiançailles à l’été 1867. Le jeune Roi ne trouve pas le bonheur auprès de sa cousine, et ne peut lutter contre son véritable désir pour les hommes.

Humiliée, Sophie-Charlotte est envoyée par ses parents à Dresde pour prendre les eaux. Ce séjour de plaisance tourne à la romance. La jeune femme rencontre le Duc de Nemours et son fils, Ferdinand d’Orléans, Duc d’Alençon. Le jeune français tombe littéralement sous le charme de Sophie-Charlotte en Bavière. Son père le Duc de Nemours écrit à sa sœur Clémentine de Saxe Cobourg Gotha pour connaître les intentions de celle qui a troublé le cœur de son fils. La réponse est rapide : “le duc d’Alençon a été très remarqué durant son séjour en Bavière. Il lui serait possible de songer à cette alliance et d’obtenir la main de la princesse Sophie qui est charmante”.

Son mariage avec le Duc d’Alençon

Mariage de la Duchesse d'Alençon

Les noces entre Sophie-Charlotte en Bavière et le Duc d’Alençon sont célébrées le 28 septembre 1868. La jeune femme devient alors Duchesse d’Alençon. Après avoir emménagé dans la campagne londonienne, la Duchesse d’Alençon met au monde son premier enfant : la princesse Louise, Victoire, Marie, Amélie, Sophie. Cette couche n’est pas bien vécue par Sophie-Charlotte en Bavière. Après l’accouchement, elle fait une terrible dépression. La Duchesse d’Alençon et son époux peuvent compter sur le Duc d’Aumale, propriétaire du Château de Chantilly et oncle de Ferdinand. ll leurs proposent sa demeure italienne – le Palais d’Orléans à Palerme – pour prendre le bon air et aider Sophie-Charlotte en Bavière à se rétablir. C’est également une bonne occasion pour rendre visite à la Reine Marie des Deux-Siciles, la sœur de Sophie. L’année suivante, la famille d’Alençon part pour Possenhofen en Allemagne. Mais la santé fragile de la Duchesse d’Alençon pousse la jeune femme à trouver un climat plus doux. Elle s’installe finalement à Méran dans le Tyrol, accompagnée par ses deux sœurs Élisabeth et Marie. Quant à son époux, il est affecté en 1871 au 12ème régiment d’artillerie à Vincennes, laissant Sophie-Charlotte en Bavière se reposer car elle attend son deuxième enfant. Le 18 février 1872, la Duchesse met au monde un fils, le prince Emmanuel, Philippe, Maximilien, Marie, Eudes. Une nouvelle fois, Sophie ne vit pas bien cette épreuve, et tombe à nouveau dans la dépression. Pour aider son épouse à se remettre, Ferdinand décide d’emmener sa famille avec lui pour son retour en France. C’est une nouvelle vie qui s’offre à eux, plus prospère et simple. Mais c’est sans compter sur le caractère fougueux et les frénésies de la Duchesse d’Alençon.

De la déprime et l’hypersexualité à la dévotion

Sophie-Charlotte en Bavière tombe dans la dévotion

Sophie-Charlotte en Bavière sœur de l'Impératrice Sissi

En 1876, Sophie-Charlotte souhaite consacrer son temps à la spiritualité. Elle décide alors d’intégrer le tiers-ordre dominicain. Cette fraternité regroupe des laïcs désireux de suivre la foi dominicaine et la spiritualité. Le 1er mai 1880, la Duchesse d’Alençon prononce ses vœux et écrit : “J’ai été reçue ce matin dans le Tiers-Ordre. J’ai été très émue comme vous le croirez sans peine. Jamais de ma vie, je n’oublierai les impressions que j’ai reçues ce jour-là. Je m’étais préparée pendant plusieurs semaines. ». Malgré cette dévotion, Sophie-Charlotte dévoile un véritable mal-être et montre des envies qui vont à contre-courant de son temps et de la place des femmes dans la société.

La libido pathologique de la Duchesse d’Alençon

Duchesse d'Alençon

Alors que les femmes du XIXème siècle sont élevées pour montrer une certaine pudeur et une réserve vis à vis du péché de chair, Sophie-Charlotte en Bavière montre de véritables ardeurs sexuelles. Cette beauté troublante aime l’amour charnel et n’hésite pas à satisfaire ses désirs. Prise d’un grand désir pour son époux, elle supporte cependant très mal ses grossesses. Afin de contenter son épouse, Ferdinand lui procure des contraceptifs. Il peut ainsi répondre aux envies constantes de Sophie-Charlotte, en lui évitant de multiples grossesses. Mais son désir ne s’arrête malheureusement pas à son époux. Quelques années après la naissance de son second enfant, la Duchesse d’Alençon tombe amoureuse d’un médecin, et entame avec lui une liaison des plus torrides. Ce dernier est beaucoup plus enclin à satisfaire sa bien-aimée que le Duc d’Alençon. Les deux tourtereaux envisagent même de vivre pleinement leur amour en s’enfuyant en Suisse, laissant tout ce qu’ils ont derrière eux. Mais l’époux déshonoré met un terme à ce fantasme, récupère son épouse et prend une décision radicale. Pour éviter de voir Sophie-Charlotte en Bavière copuler avec d’autres hommes, ses ardeurs doivent être calmées. Le Duc envoie sa femme dans un sanatorium autrichien, pour se faire “soigner”.

Sophie-Charlotte en Bavière entre au Sanatorium

Suite à sa liaison adultère et ses envies d’érotisme sans limite, la Duchesse d’Alençon est envoyée par son époux dans un luxueux sanatorium fondé par le Docteur Kraft-Ebing, Mariagrün en Autriche. Sophie-Charlotte est traitée par le psychiatre Richard von Krafft-Ebing, un des meilleurs spécialistes de la sexualité et auteur du livre “Psychopathia Sexualis”. Le traitement n’est pas de tout repos. Afin de libérer la Duchesse d’Alençon de sa libido débordante, le psychiatre va faire appel à l’hypnose, ainsi qu’à d’autres méthodes beaucoup moins douces. On connaît les traitements administrés aux patients de l’époque, qui font particulièrement froid dans le dos. Au bout de 5 mois, la sœur de l’Impératrice Sissi ressort guérie, retrouvant mari et enfants.

C’est une nouvelle Sophie-Charlotte qui revient à la maison. Calme, prude et dévote, elle va occuper ses journées dans les œuvres caritatives. Celle qui dégageait autrefois une véritable sensualité, se montre aujourd’hui froide et mystique. Elle s’habille dorénavant uniquement en noir. Le couple ayant déménagé à nouveau à Paris, Sophie-Charlotte en Bavière rend régulièrement visite au Duc d’Aumale dans son Château de Chantilly, qui la considère comme sa fille. Le destin va pourtant jouer des tours à la Duchesse, qui va connaître une fin particulièrement tragique.

Le destin tragique de la Duchesse d’Alençon au Bazar de la Charité

Un rendez-vous annuel au Bazar de la Charité

Pour ses œuvres de bienfaisance, Sophie-Charlotte en Bavière se rend régulièrement au Bazar de la Charité situé rue Jean-Goujon à Paris. Chaque année lors d’un événement de charité, elle y tient un comptoir pour vendre des objets en tout genre, au profit du tiers-ordre dominicain. Le 4 mai 1897, Sophie répond donc présente pour cette nouvelle édition. Elle est située près de la porte d’entrée. Le bâtiment, mesurant 80 mètres sur 13 mètres, ne comporte que deux portes battantes pour entrer et sortir. C’est une chance, la Duchesse pourra sans doute faire plus de ventes. Le Baron de Mackau, président de cet événement, a vu les choses en grand cette année. Il a fait venir un cinématographe qui, installé dans la salle adjacente, projette de petits films pour distraire les clients. C’est l’attraction de cette journée. Les femmes, apprêtées de leur plus belle robe, se pressent pour observer cette nouveauté technologique.

Sophie-Charlotte en Bavière voit son destin basculer dans les flammes

Incendie du Bazar de la Charité

Au milieu de l’après-midi, l’appareil du cinématographe s’échauffe et sa lampe explose. Le constat est sans appel, les flammes prennent très vite possession du Bazar de la Charité, sans doute à cause de la peinture à essence utilisée sur les murs. Dans le bâtiment, la panique envahit la foule de visiteurs. Les tissus, les dentelles, les rideaux et les robes des femmes prennent feu. Tout le monde se presse vers la sortie. Le Duc d’Alençon, accompagnant son épouse, tente de la secourir. Mais on lui assure qu’elle est saine et sauve chez un voisin. Il n’en est rien, Sophie-Charlotte en Bavière est encore à l’intérieur du Bazar de la Charité, qui se transforme en véritable brasier. Quelques témoins raconteront plus tard que la Duchesse a tenté par tous les moyens de sauver ses amies, au péril de sa vie. Le lendemain, alors que les flammes ont laissé la place à l’agonie, les cadavres carbonisés jonchent le sol. Le médecin identifie Sophie-Charlotte en Bavière, Duchesse d’Alençon. La sœur de Sissi a péri dans le feu du Bazar de la Charité, retrouvant ainsi son créateur. Son corps repose maintenant dans la Chapelle royale de Dreux, en compagnie de son mari qui est venu la rejoindre 13 ans après.

Source :
Magazine Secret d’Histoire n°13

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