les Etats-Unis pendant la grande guerre
Anecdotes

Les Etats-Unis dans la Grande Guerre

Il est dans la mémoire collective que les Etats Unis sont entrés en guerre au côté de la Triple Entente en 1917. Pourtant, peu de gens savent pourquoi ils ont participé à ce conflit alors qu’ils pratiquent une politique isolationniste. Ce n’est que le 6 avril 1917, que le pays déclare la guerre à l’Allemagne, trente-deux mois ont été nécessaires pour qu’ils se décident à participer, pour la première fois, à un conflit européen.

Rester neutre à tout prix !

Vous pensez que la Suisse est la championne de la neutralité ? Vous vous trompez, d’autres pays se sont prêtés au jeu, notamment les Etats Unis. Il est vrai qu’aujourd’hui dans la conscience collective les E.U. sont connus comme des « va-t’en guerre », ils n’ont pas peur de rentrer en conflit. Pourtant en 1914, une chose est sûre, le pays ne voulait pas entrer en guerre. Depuis la Doctrine Monroe de 1823, l’Europe n’intervenait plus dans les affaires américaines, le cas contraire, elle serait considérée comme une menace pour la paix du pays. En retour, les Etats Unis ne s’immisçaient plus dans les questions européennes. Cette doctrine préserve non seulement le continent Nord-Américain mais aussi l’Amérique latine des aspirations colonisatrices européennes.

Etats-Unis Grande guerre

En 1914, l’entière population est réticente à entrer en guerre. En effet, Woodrow Wilson a remporté sa réélection un an auparavant à la Maison Blanche sur une simple promesse : ne pas s’impliquer dans le conflit européen. Pendant son élection, son slogan était « he kept us out of war ». (Il nous a préservé de la guerre.) En parallèle, les Etats Unis vont devenir au fil des années la première puissance agricole et industrielle du monde.

Grande guerre USA Président Wilson
« he kept us out of war ». (Il nous a préservé de la guerre.)

Le président Wilson annonce sa neutralité au Congrès :

« J’ose donc, mes compatriotes, vous adresser une parole solennelle de mise en garde contre cette rupture la plus profonde, la plus subtile, la plus essentielle de la neutralité qui peut naître de la partisanerie, d’un parti pris passionnément. Les États-Unis doivent être neutres de fait comme de nom pendant ces jours qui doivent éprouver les âmes des hommes. Nous devons être impartiaux en pensée comme en action, nous devons mettre un frein à nos sentiments ainsi qu’à toute transaction qui pourrait être interprétée comme une préférence d’une partie à la lutte avant une autre. »

Extrait du discours de Woodrow Wilson le 19 août 1914

Cette neutralité en 1914 était primordiale au pays composé d’immigrés venus de tous les pays belligérants. Nourri par une forte immigration, l’état est partagé sur l’attitude à entretenir envers la guerre. Les populations irlandaises et russes immigrées ne soutiennent pas la politique du Royaume Uni et de la Russie. Une majorité de citoyens ne voyaient pas l’intérêt de se battre contre la Triple Alliance.

« la guerre sous-marine à outrance » un essai désastreux : le naufrage du Lusitania

Dès le début du conflit, les sous-marins sont déjà utilisés depuis plusieurs décennies ! Inventé au XIIIe siècle par des Britanniques, chaque pays se dote de quelques dizaines. Les Allemands décident d’utiliser cette arme pour percer le blocus anglais. Le pays déclare une première fois la guerre à outrance le 4 février 1915 afin de priver les alliés de leurs approvisionnements des colonies et des pays neutres. Cette campagne est très vite stoppée par le torpillage du paquebot Lusitania.

Naufrage Lusitania
Émile Hinzelin, Histoire illustrée de la guerre du droit. 1914. Tome 3, Paris, A. Quillet, 1916

Moins connu que le naufrage du Titanic en 1912, le Lusitania reste aujourd’hui l’un des plus sinistres. Le Lusitania était l’un des bateaux les plus luxueux de l’époque, il est à la pointe de la modernité. Les Américains découvrent sur tous les gros titres de presse le naufrage du bâtiment britannique qui avait quitté six jours plus tôt New Work en direction de Liverpool. Au total 2 165 passagers à bord.

Il a suffi seulement de 18 minutes pour que le navire sombre. Près de 1 200 morts dont 128 Américains tels que le collectionneur d’art Hugh Lane, Charles Frohman directeur de théâtre ou encore Alfred Vanderbilt, l’un des hommes les plus fortunés au monde. La presse américaine se déchaine contre l’Allemagne. Elle dénonce la barbarie allemande contre des pays neutre. Le Royaume Uni en profite pour inciter ces nations à se positionner contre la Triple Alliance, et à se porter volontaire pour rejoindre les premières lignes au front.

Walther Schwieger, commandant du sous-marin, a coulé le paquebot de luxe sans avertir le navire et donna l’ordre de le torpiller. Le commandant a été accusé d’avoir violé le droit international en attaquant un navire à passagers sans défense mais aussi en le torpillant à deux reprises alors qu’il coulait déjà ! Pourtant, selon son journal de bord, il n’aurait tiré qu’une seule torpille, le navire était sans pavillon et transportait une grande quantité de munitions. Les Anglais auraient transporté une cargaison illégale, (le vaisseau était un croiseur auxiliaire armé !) près de 5 000 caisses d’obus, et d’autres chargements militaires.

Schwieger est immédiatement désavoué par Guillaume II, l’empereur d’Allemagne. Le commandant est dès lors surnommé le tueur de bébés car de nombreux enfants sont morts dans le naufrage.

Ce naufrage n’a pas fait entrer en guerre les Etats Unis mais il a fait comprendre au pays que l’Allemagne n’était pas leur allié. Par ailleurs, on pense encore que le Royaume Uni et la France gagneront la guerre. Les troupes américaines ne sont pas formées et les munitions que le pays fabrique n’iront plus pour les Anglais qui en manque cruellement. Néanmoins, le désastre du Lusitania a suspendu le politique à outrance dès le 18 septembre 1915.

La reprise des hostilités, un peu plus près de la guerre

Après trois ans de guerre qui ont mis les pays et les soldats à rude épreuve, la politique maritime allemande estimait que, pour gagner la guerre, il fallait couper les lignes d’approvisionnement de la Grande Bretagne par l’Atlantique Nord. En effet, le pays a beaucoup souffert du blocus maritime en atlantique et méditerranée. Ainsi, Guillaume II déclare le 31 janvier 1917 la reprise de la guerre sous-marine à outrance à compter du 1er février 1917. Désormais, les mers autour des îles britanniques sont considérées comme zone de guerre et que tous les vaisseaux sont des ennemis. Cette politique vise aussi les états neutres dont les Etats Unis.

Ce choix n’est pas sans raison, lors du naufrage du Lusitania, le gouvernement américain avait menacé l’Allemagne de rentrer en guerre (un coup de bluff comme au Poker !) contre un pays ne disposant que de 25 sous-marins. En février 1917, ils en possèdent 150. L’Alliance espère desserrer l’étau de l’Entente et entraver son approvisionnement. La France et l’Angleterre, avec un allié russe de plus en plus instable seraient obligés de capituler avant l’aide américaine.
Les pertes alliées et neutres sont très importantes et poussent un peu plus les Américains vers la déclaration de guerre.

Entre diplomatie et services secrets, James Bond toujours prêt !


L’état-major allemand est très inquiet. Il sait qu’en déclenchant la guerre sous-marine à outrance, le pays coulera de nombreux bateaux civils américains. Ce dernier ne restera pas sans reste et donc rentrera enfin en conflit. Arthur Zimmermann, ministre des Affaires étrangères, propose une solution assez originale pour retarder l’arrivée des troupes américaines. Une alliance avec le Mexique et le Japon. Pourquoi ? L’Amérique serait pris en entaille, elle devra se battre sur deux fronts et préfèrera défendre son territoire plutôt que de débarquer en Europe.

Le 16 janvier, Zimmermann envoie un télégramme codé à l’ambassadeur allemand aux EU, Bernstoff pour lui faire part de son plan. Il est intercepté et décrypté par les services secrets Anglais. Ils n’arrivent pas à décrypter la totalité du message mais une partie est analysée :

« Très secret. Pour l’information personnelle de votre excellence. A transmettre au représentant impérial au ——- (?Mexique) avec le télégramme n°1 (…) par une voie sûre.
Nous avons l’intention de déclencher le 1er février la guerre sous-marine totale. Ce faisant, nous essayerons cependant de maintenir l’Amérique dans la neutralité. Au cas où ne pourrions y parvenir, nous proposons ——- (au Mexique?) une alliance sur les bases suivantes :
-mener la guerre (ensemble?)
-conclure la paix (ensemble?)
(…)
Pour l’instant, Votre Excellence devra informer secrètement le président ——– (du Mexique?) ———- la guerre avec les USA ——- (…) et simultanément proposer sa médiation entre nous et le Japon (…) nos sous-marins contraindront l’Angleterre à la paix en peu de mois.
Zimmermann. »

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Clifford Berryman – Publié dans le Washington Evening Star, Mars 1917

Les Anglais sont convaincus que si les Etats Unis sont mis au courant du complot fomenté par l’Allemagne, le pays rentrera en guerre rapidement. Pourtant, ils ne peuvent pas révéler directement le contenu du télégramme. Tout d’abord, le service secret britannique n’a déchiffré qu’une partie du code, une erreur est toujours possible. Par ailleurs, l’Alliance apprendra que leurs lignes sont sur écoute et arrêteront de communiquer dessus. Enfin, les Anglais devront annoncer qu’ils écoutent les échanges d’un pays neutre ce qui est plutôt embarrassant.

La solution est toute trouvée. L’ambassadeur allemand aux Etats Unis et son homologue au Mexique devaient communiquer le plan. Un espion arrive à subtiliser une copie du message crypté dans un code plus simple que le précédant. Il n’y a plus de doute, le message est clair : il prévoit le déclenchement de la guerre sous-marine à outrance ainsi que la future colère des Etats-Unis. Or, dans l’optique d’une entrée en guerre américaine, l’ambassadeur allemand propose au gouvernement mexicain de lui offrir les Etats du Texas, du Nouveau-Mexique, de l’Arizona, les territoires perdus lors de la guerre américano-mexicaine (1846-1848) et son soutien financier en échange d’une alliance militaire avec leur pays. Par ailleurs, Zimmermann conseille au pays une alliance avec le Japon pour faciliter la guerre.

Grande guerre Etats-unis télégramme Zimmermann
Copie télégramme Zimmermann

Contenu du Télégramme : Extrait du Figaro du 02 mars 1917


« Nous avons l’intention d’inaugurer la guerre sous-marine à outrance, le 1er février. En dépit de cela, nous désirons que les États-Unis restent neutres, et si nous n’y réussissons pas, nous proposons une alliance au Mexique. Nous ferons la guerre ensemble et nous ferons la paix ensemble. Nous accorderons notre appui financier au Mexique, qui aura à reconquérir les territoires du Nouveau Mexique, du Texas et de l’Arizona.

Les détails du règlement sont laissés à votre initiative. Vous aurez à informer le président du Mexique de la proposition ci-dessus aussitôt que vous serez certain de la déclaration de guerre avec les États-Unis, et vous suggérerez que le président du Mexique, de sa propre initiative, communique avec le Japon, proposant à cette dernière nation d’adhérer immédiatement à notre plan, et vous offrirez en même temps d’agir comme médiateur entre l’Allemagne et le Japon. Veuillez attirer l’attention du président du Mexique sur l’emploi sans merci de nos sous-marins qui obligera l’Angleterre à signer la paix dans quelques mois.

Signé : ZIMMERMANN »

Les services de renseignements britanniques ont intercepté ce message et attendu le moment propice pour l’envoyer à la Maison Blanche. Le scandale fait basculer l’opinion américaine. Le 6 avril 1917, les États Unis déclarent la guerre à la Triple Alliance. Le conflit prend dès lors une nouvelle tournure, Français et Britanniques accueillent la nouvelle avec le plus grand des soulagements. Un nouvel allié entre en piste.

Discours Président Wilson
Discours du président Wilson, Le Petit Journal du 22 avril 1917

Une superpuissance entre en action

            « L’année terrible » marque la rupture fondamentale. La nature même de la guerre a changé en la transformant en conflit idéologique avec l’intervention des États-Unis et la révolution bolchevique. Les États Unis portent l’étendard de la « guerre juste » pour les valeurs de la démocratie. En effet, n’ayant aucun intérêt en Europe, ils défendent les principes « de la paix et de la liberté du monde » (Wilson), des notions assez nouvelles pour un pays prônant l’isolationnisme. Le pays apporte aux alliés la force de la première industrie mondiale, des financements et des hommes par milliers alors que l’Allemagne est à bout de souffle.

Etats-Unis guerre
Quatre soldats – un Français, un Anglais, un Italien et un Américain – avec la statue de la Liberté. AUTEUR : JONAS Lucien (1880 – 1947)

Entre avril 1917 et mai 1918, les Américains ont envoyé un million de soldats en Europe sous les ordres du général J. J. Pershing. Ce dernier, selon les ordres de Wilson, insiste pour que leurs forces soient séparées des autres armées alliées jusqu’aux dernières offensives allemandes en mars 1918 où ce plan ne tient plus. 1918 sonne l’heure des grandes offensives, l’Allemagne, libérée du front de l’est, envoie ses hommes à l’ouest afin de devancer l’arrivée des troupes américaines. Les « Sammy » ont pour rôle de boucher les trous des lignes alliées notamment lors de la seconde bataille de la Marne. Deux attaques américaines ont aidé à soutenir l’offensive alliée, celle à Saint-Mihirl où ils ont engagé 500 000 soldats et celle de la Meuse-Argonne qui a duré de septembre à novembre et a poussé les Allemands à demander l’Armistice.

Les performances des soldats américains ne sont ni pires, ni meilleures de celle des forces alliées ou ennemies. Les conditions de vie sont extrêmement difficiles, la guerre des tranchées ne permet pas tout le temps l’utilisation des chars. Les pertes américaines ont augmenté lors des derniers mois du conflit, et au même moment, la pire épidémie de grippe de l’histoire a frappé les deux camps. 100 000 Américains ont perdu la vie sur les champs de bataille.

Notre Autrice invitée : Clémentine

Autrice invitée : Clémentine

Bonjour à tous, je m’appelle Clémentine et comme vous je suis aussi une passionnée d’histoire ! Cela n’a pas toujours été le cas, plus jeune j’y étais allergique … J’ai eu la « bosse » de l’histoire lorsque j’ai commencé à découvrir le Roi Soleil, ses amours, ses guerres et surtout Versailles ! Aujourd’hui, j’essaye de transmettre ma passion au quotidien que ce soit par mon métier en tant que responsable culturelle du Château de Thoiry ou part la recherche en tant qu’étudiante en doctorat avec une étude sur la noblesse française au XIXe siècle.

Bibliographie :

Le Naour J-Y(dir.), Dictionnaire de la Grande Guerre, Larousse, 2008.
Audoin Rouzeau S.(dir.) Becker J.J. (dir.), Encyclopédie dans la Grande Guerre, Tome I et II, Perrin, 2012.
Harter H. Les Etats-Unis dans la Grande Guerre, Tallandier, 2017.