Gabrielle d'Estrées
Personnages historiques

Qui est Gabrielle d’Estrées, la favorite “presque reine” d’Henri IV ?

Rares sont les favorites autant avide de pouvoir que Gabrielle d’Estrées, la “presque reine”. Surnommée “la duchesse d’ordure” par les pamphlétaires, “la putain du roi” par ses contemporains et “mon coeur” par le roi de France Henri IV, la belle Gabrielle d’Estrées fait incontestablement parler d’elle depuis plusieurs siècles. Voici le portrait de celle qui fut le premier grand amour d’Henri de Navarre, Henri IV.

Gabrielle et sa famille aux moeurs légères

Gabrielle d’Estrées est une fille de la noblesse de province. Elle voit le jour en 1573 au château de Coeuvres dans l’Aisne. Son père, un militaire et ancien grand maître de l’Artillerie de France, est Antoine d’Estrées. Sa mère est Françoise Babou de la Bourdaisière. Du mariage entre Antoine et Françoise vont naître 11 enfants, dont 7 filles. La jeune Gabrielle évolue dans un milieu très féminin.

Les sept péchés capitaux

Gabrielle voit le monde dans une famille où les femmes ont une réputation particulièrement sulfureuse. Depuis de nombreuses années, la famille de Gabrielle cultive une tradition de courtisane.

Les sœurs d’Estrées sont connues pour faire chavirer le cœur des hommes de par leur beauté. Et leur mère Françoise ne va pas hésiter à utiliser leur charme pour sa propre richesse. La jeune Gabrielle d’Estrées est poussée dans le lit de son premier amant, contre une rémunération qui arrive dans les poches de sa chère mère. Toutes les filles d’Estrées ont connu le même sort. L’une des jeunes filles clame même haut et fort que ses 12 enfants viennent de 12 pères différents.

Cette légèreté et cette réputation peu enviable leur vaut le surnom de “Sept péchés capitaux”.

Abandonnée par sa mère, élevée par sa tante

Après s’est établi une petite fortune grâce aux attraits séduits de ses filles, Françoise Babou de la Bourdaisière décide de fuir le cocon familial accompagnée de son amant.

Les enfants de la famille d’Estrées sont finalement élevés par leur tante, dans leur château familial. Ses événements ont particulièrement marqué Gabrielle d’Estrées, qui n’a pu profiter d’un schéma familial normal et calme.

Gabrielle d'Estrées jeune portrait
Portrait de Gabrielle d’Estrées – crédit photo auctions artcurial

Henri IV et Gabrielle d’Estrées : un coup de foudre à sens unique

Henri IV, le “Vert Galant”

Nous sommes en 1590. Gabrielle d’Estrées est âgée de 17 ans. Henri IV est alors mariée à Marguerite de Valois, la reine Margot, l’une des enfants de Catherine de Médicis. Les deux époux royaux vivent séparément, et profitent tous deux des plaisirs de la vie.

Henri IV, l’un des rois ayant le plus marqués l’Histoire, est connu pour n’avoir qu’une seule passion : les femmes ! Il est d’ailleurs surnommé le “Vert Galant”. Le roi de France a tendance à tomber très vite amoureux, et à se trouver totalement impuissant face à une charmante jeune femme.

Henri IV roi de France
Portrait d’Henri IV en buste par Frans Pourbus le Jeune – Châteaux de Versailles et Trianon – XVIIe siècle.

Le roi tombe sous le charme de Gabrielle

Lorsqu’il rencontre la jeune Gabrielle au château de Coeuvres, c’est un véritable coup de foudre. Du moins pour Henri. Il tombe sous le charme de cette belle demoiselle aux cheveux blonds et aux yeux bleus éclatants. Il la désire immédiatement, et la veut sienne. Il s’empresse alors de faire la cour à sa belle, mais Gabrielle d’Estrées se refuse à lui. Est-ce parce qu’elle n’est pas attirée par ce roi disgracieux et sale ? Ou voit-elle dans ce refus une stratégie pour obtenir ce qu’elle désire : le pouvoir ?

Une séduction qui va durer 3 ans

Pendant près de 3 ans, Henri IV oeuvre quotidiennement pour séduire cette jeune femme qu’il désire tant. Il va même jusqu’à se déguiser pour pouvoir l’approcher. Gabrielle finit par céder, encouragée par sa famille. Gabrielle a 20 ans, Henri IV en a 40.

Entre passion et pouvoir : Gabrielle d’Estrées tient le coeur du roi

Le mariage arrangé de Gabrielle d’Estrées

Maintenant que celle qu’il désirait tant est enfin sienne, Henri IV fait tout pour la garder auprès de lui. Il va d’ailleurs la marier à un aristocrate, pour pouvoir l’éloigner de sa famille et lui offrir une respectabilité. Gabrielle d’Estrées épouse en 1592 Nicolas d’Amerval. Mais ce mariage n’a pas vocation à durer. Invoquant l’impuissance de l’époux, Henri demande à ce que le divorce soit prononcé.

La maîtresse du roi mène une vie de luxe

Gabrielle d’Estrées reçoit de son royal amant des sommes extravagantes, l’hôtel du Bouchage à côté du Louvre. Henri IV va offrir à sa belle plusieurs palais, notamment le Château de Montceaux à côté de Meaux. Elle est faite Duchesse de Beaufort. Même si cet amour est à sens unique, le roi de France continue de gâter sa bien-aimée.

Château de Montceaux
Représentation du Château de Montceaux

Dès que l’occasion se présente, Henri IV offre à Gabrielle tout ce qu’il peut, faisant d’elle une femme particulièrement riche. Mais tous ces cadeaux sont très mal vu par les proches du roi ainsi que par le peuple, les finances du Royaume de France étant au plus bas.

La maîtresse du roi est alors détestée par la Cour, et se fait une réputation de femmes avide de pouvoir. C’est alors que le surnom de “Duchesse d’ordure” fait son apparition.

Son rôle politique à la cour de France

Malgré sa mauvaise réputation auprès des courtisans, il est important de signifier que Gabrielle d’Estrées a sans doute eu un rôle important dans la conversion au catholicisme d’Henri IV, ainsi que la promulgation de l’édit de Nantes le 30 avril 1598. Ces événements mettent fin à plus de 30 ans de guerres de religion, offrant ainsi la paix à la France.

Edit de Nantes
Version de l’édit transmis pour enregistrement au Parlement de Paris

Les enfants de Gabrielle d’Estrées et d’Henri IV

L’amour du roi n’est que passion pour sa belle Gabrielle, qui ne va pas tarder à lui donner son premier enfant. La reine Margot n’a en effet pas donné d’enfants à son époux. Henri IV est fou de joie de cette naissance à venir, et fou d’amour pour sa favorite.

Le 7 juin 1594 au château de Coucy, Gabrielle d’Estrées met au monde César, premier enfant du roi de France et de Navarre. Henri IV tombe littéralement sous le charme de son fils, qu’il comble d’amour. Il décide rapidement de faire annuler le mariage de Gabrielle, pour pouvoir reconnaître publiquement la paternité de César. Après César, deux enfants suivront, qui seront également reconnus par Henri :

  • Catherine en novembre 1596
  • Alexandre en 1598

Reconnaître ses enfants bâtards : une première dans l’Histoire de la monarchie ! C’est la première fois qu’un roi de France reconnaît les enfants qu’il a eu d’une maîtresse.

Gabrielle d'Estrées enfants
La Dame au bain, portrait présumé de Gabrielle avec son enfant César et son nourrisson Alexandre – XVIIème siècle – Musée Condé

La maîtresse “Presque reine”

Henri IV envisage d’épouser Gabrielle d’Estrées

Même si ses trois enfants sont reconnus, ils restent pour autant des bâtards aux yeux de tous. Gabrielle d’Estrées est si ambitieuse qu’elle s’imagine déjà Reine de France. Henri IV, en amoureux transit, envisage sérieusement d’épouser sa bien-aimée.

Au début de l’année 1599, il annonce officiellement qu’il épousera d’ici la fin de l’année Gabrielle. En gage de son amour, le Monarque va jusqu’à accompagner sa promesse de l’anneau de son Sacre. C’est un véritable scandale pour les courtisans, et les proches d’Henri IV comme Sully.

portrait Gabrielle d'Estrées
Portrait de Gabrielle d’Estrées par Frans Pourbus Le Jeune – Chantilly, Musée Condé

La dissolution du mariage entre le roi et la Reine Margot

Mais un problème empêche cette union : Henri IV est toujours marié à la Reine Margot. Reine très appréciée de l’Eglise, le pape va tout faire pour retarder l’annulation de ce mariage. Car l’annulation est en effet possible, la reine n’ayant pas donné d’héritier à la Couronne. La dissolution de leur union a lieu le 24 octobre 1599, après 27 ans de mariage.

Un projet de mariage désapprouvé

Maintenant que la reine est écartée, l’union entre Henri IV et Gabrielle semble possible. Mais c’est sans compter sur la désapprobation du reste du Royaume.

Outre l’Église, c’est le cercle proche du roi qui va œuvrer pour lui faire prendre conscience de cette folie. Le projet de mariage du roi paraît inadmissible aux yeux de la Cour. Gabrielle d’Estrées vise sans doute trop haut.

Duel entre la “Putain du roi” et “la Grosse Banquière”

L’Eglise et la Cour de France ont un autre projet pour leur Souverain. Le pape Clément VIII a en tête une autre candidate, sa nièce, florentine et extrêmement riche : Marie de Médicis.

En épousant celle que l’on surnomme “la grosse banquière”, Henri IV s’assure de remettre à flot ses finances qui sont au plus mal. En plus de la raison financière, le roi de France ne peut se passer du soutien du pape.

Sachant tout cela, pourquoi Henri IV continue de clamer haut et fort qu’il fera de Gabrielle d’Estrées son épouse et la reine de France ? Est-ce l’insouciance et l’amour qui lui dictent sa conduite ? Ou est-ce pure stratégie pour mettre la pression sur le parti florentin et obtenir ainsi une meilleure dot ?

Gabrielle d’Estrées représente un véritable frein dans les pourparlers diplomatiques entre le royaume de France et l’Italie. Mais plus pour longtemps…

Marie de Médicis
Portrait de Marie de Médicis à la veille de son couronnement – Pourbus

Gabrielle d’Estrées mise au silence par un citron givré

Alors que Gabrielle d’Estrées attend son 4ème enfant, et cultive l’espoir de devenir bientôt reine de France, un dîner vient bouleverser le cours de l’Histoire.

Nous sommes le 7 avril 1599 chez le financier Sebastiano Zametti, où Gabrielle d’Estrées est conviée pour un dîner. Le roi et sa cour se trouvent alors au Château de Fontainebleau. La maîtresse d’Henri IV se voit offrir un citron givré, qu’elle déguste avec plaisir. Prise d’affreuses douleurs, Gabrielle d’Estrées est ramenée chez elle. S’ensuivent 3 jours de longue agonie. Elle meurt le 10 avril 1599 à seulement 26 ans.

La médecine évoque alors une crise de convulsion appelée “éclampsie”, un mal assez courant chez les femmes enceintes. L’Histoire évoque plutôt un empoisonnement, pour évincer celle qui représentait un danger pour la Couronne. Coïncidence ? Sebastiano Zametti, celui qui a offert le citron givré à Gabrielle, est un financier originaire de Florence. A-t-il oeuvrer pour éliminer la “Putain presque Reine” ?

N’ayant pas pu accourir au chevet de sa bien-aimée, Henri IV dira le lendemain de sa mort :

Mon affliction est aussi incomparable que l’était le sujet qui me la donne. Les regrets et les plaintes m’accompagneront jusqu’au tombeau. La racine de mon cœur est morte et ne rejettera plus…

Malgré les racines mortes de son cœur, Henri IV ne fera pas un trait sur son caractère volage et amoureux. Après Gabrielle d’Estrées et son mariage avec Marie de Médicis, le roi donne pleinement son cœur à de nombreuses femmes, dont les plus célèbres sont Henriette d’Entragues et Charlotte de Montmorency.

Toutes vont œuvrer pour devenir reine de France ou encore le faire tomber en essayant de l’assassiner. Henri IV a des goûts en termes de femmes quelque peu dangereux pour lui et la couronne.

Le tableau de Gabrielle d’Estrées et sa soeur

tableau Gabrielle d'Estrées et sa soeur
Peintre inconnu

C’est sans doute l’un des tableaux les plus célèbres de nos jours, celui qui représente Gabrielle et sa sœur Julienne d’Estrées. Peint autour de 1594, l’artiste de cette œuvre n’est pas connu.

A la fois mystérieuse et scandaleuse, cette œuvre a longtemps fait scandale. On y voit Gabrielle et sa soeur dans une baignoire recouverte d’un drap blanc. Gabrielle porte un anneau, sans doute la bague qui lui a été offerte par son amant, en promesse de mariage.

L’élément le plus troublant est le geste que Julienne a envers sa sœur, en lui tenant le mamelon. Cette représentation signifie que Gabrielle d’Estrées est enceinte, ou qu’elle vient de mettre au monde un enfant. Rappelons que la même année est né César, le premier fils d’Henri IV avec sa favorite.