Si je vous parle des Tudors, est-ce que ce nom vous dit quelque chose ? Lui est attaché tout ce qu’il y a de plus croustillant dans l’histoire : meurtre, scandale, sexe, adultère… Cette famille qui a régné sur l’Angleterre pendant les XVᵉ et XVIᵉ siècle n’avait rien à envier à la scandaleuse famille des Borgia en Italie. D’Henri VIII, le roi qui faisait décapiter ses femmes en passant par Marie la sanglante, qui a plus de sang sur les mains qu’un serial killer, ou Elisabeth Ière la reine vierge, plongeons ensemble dans les méandres de ce clan qui n’avait rien d’un groupe d’enfants de chœur.
Qui sont les Tudors ? Histoire fascinante d’une dynastie royale anglaise
Le mythe des Tudors
On estime que la période Tudor, c’est-à-dire la période où ont régné les Tudors, s’est étendue de 1485 à 1603 en Angleterre et au Pays de Galles. Elle est marquée par le règne de cinq monarques : d’abord Henri VII, puis Henri VIII, Edouard VI, Marie Ière et enfin Elisabeth Ière.
De cette période est notamment issu un mythe, que l’on appelle le mythe Tudor, et qui établit une scission entre deux époques de cette ère : le XVᵉ et le début du XVIᵉ siècle qui se traduit par une effusion de scandales, de sang et de dépravation, et la fin du XVIᵉ siècle qui au contraire est un âge de paix, d’ordre, de sérénité et de prospérité économique.
D’un royaume étranglé par la terreur à un empire prospère et serein
Vivre sous le règne de la dynastie Tudor n’est pas un long fleuve tranquille. Sous Henri VII, Henri VIII et Marie Ière, les historiens ont constaté un appauvrissement de la population, des périodes d’intenses bouleversements économiques et un royaume morcelé par les guerres de religions.
Ces bouleversements ont pris une autre tournure sous le règne d’Elisabeth Ière, fille d’Henri VII, où le pragmatisme est de rigueur pour les questions religieuses. Elle est moins intolérante que son père et sa demi-sœur avant elle sur la question, même si elle reste ferme, et elle introduit un certain âge d’or économique pour le royaume, qui se ternira légèrement à la fin de son règne. Ce sont toutes ces facettes qui caractérisent les Tudors que nous allons étudier dans cet article.
La dynastie des Tudors et ses cinq membres éclectiques
La dynastie des Tudors compte cinq membres régnants : Henri VII, Henri VIII, Edouard VI, Marie Ière et Elisabeth Ière. Je vous propose de les (re) découvrir ensemble.
Henri VII, le fondateur des Tudors

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Henri Tudor naît le 28 janvier 1457 au château de Pembroke au Pays de Galles (qui est alors une principauté) de l’Union d’Edmond Tudor et de Margaret Beaufort. Exilé en Bretagne depuis plus de quatorze ans, il finit par accéder au trône d’Angleterre après les morts successives d’Edouard IV, de son fils aîné Édouard de Westminster et après avoir, au gré d’une longue bataille, repris le trône à Richard III, qui s’est emparé du trône illégitimement… Par choix politique, Henri se marie avec Elisabeth de York, la fille d’Edouard IV et réunit ainsi les deux familles les plus importantes d’Angleterre : les York et les Lancastre, réunis sous l’emblème de la rose Tudor.
Henri VII, instigateur de la doctrine Tudor : la paix par le sang

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Henri VII n’a rien d’un enfant de chœur. Sa première mesure ? Se faire déclarer roi rétroactivement à sa conquête du trône, lui permettant ainsi de faire décapiter tous ceux qui se sont opposés à lui de près ou de loin. Henri VII est un monarque absolu. Pour conserver son pouvoir, il comprend qu’il doit maintenir les nobles d’Angleterre sous sa coupe et leur interdit ainsi de posséder une armée privée. Il entretient également un climat exécrable au sein de la cour, poussant les familles nobles entre elles à la délation et à l’anéantissement mutuel. Cette doctrine du gouvernement par la division sera appliquée par presque tous les Tudors.
Pour se créer une armée solide, il fait mine de défendre les paysans en édictant une loi qui interdit la destruction de leurs maisons ou l’accaparement de leurs maigres richesses par une poignée de seigneurs. En effet, un paysan libre et défendu par son roi est un paysan qui rejoint aisément les corps d’armées pour devenir de la chair à canon et Henri VII l’a bien compris.
On peut cependant lui accorder quelques crédits au milieu de ces manigances : Henri VII n’est pas un conquérant et signe de nombreux traités d’alliances avec d’autres souverainetés étrangères, comme l’Écosse et l’Espagne, en mariant notamment sa fille à Jacques IV d’Écosse et son 1ᵉʳ fils Arthur à Catherine d’Aragon, fille d’Isabelle de Castille.
Mais ses travers le rattrapent : pour assurer la pérennité de la dynastie, il obtient du Pape de l’époque, Innocent VIII, l’excommunication de tous ceux qui peuvent prétendre à la couronne de l’Angleterre. Il finit par mourir de la tuberculose en 1509, laissant à son fils Henri (Arthur, l’aîné est mort) les rênes du royaume.
Henri VIII, le Barbe-Bleue

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À la mort de son père Henri VII, en 1509, Henri VIII monte sur le trône d’Angleterre à la place de son frère Arthur, décédé en 1502. Il a dix-huit ans et une personnalité complexe : la mort de sa mère, Elisabeth de York, quelques jours après un dernier accouchement pénible l’a profondément marqué et il en garde un rapport très compliqué aux femmes, chez lesquelles il semble vouloir retrouver une mère sans jamais y parvenir. Chez les Tudors, les femmes ont toujours joué un rôle prépondérant, n’en déplaise à Henri VIII.
Henri VIII, un collectionneur d’épouses

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Les épouses d’Henri VIII ont fait la réputation de ce roi d’Angleterre. En mai 1509, Henri VIII épouse Catherine d’Aragon, sa belle-sœur grâce à une dispense accordée par le Pape Jules II. L’alliance entre l’Angleterre et l’Espagne est ainsi maintenue.
Suivant la doctrine de son père, c’est-à-dire le règne par la terreur, Henri VIII fait arrêter et exécuter deux des anciens ministres de celui-ci, Richard Empson et Edmund Dudley, en 1510. Il prend soin d’éliminer un par un tous ceux qui pourraient être une menace à son pouvoir. Pendant ce temps-là, sa femme Catherine met au monde plusieurs enfants morts-nés, ainsi qu’un enfant mort en bas-âge, ce qui est un coup dur pour le couple royal. Coup dur un temps adouci par la naissance de leur fille Marie au mois de février 1516, qui deviendra Marie Ière Tudor.
Henri veut un héritier mâle à tout prix, pour faire perdurer sa famille, les Tudors, au pouvoir, ce que ne semble pas pouvoir lui donner Catherine. Il étudie alors les différentes options qui s’offrent à lui pour en avoir un et retient parmi elle l’annulation de son mariage avec Catherine, ce que refuse le Pape. Sûr de son bon droit, le roi organise un tribunal ecclésiastique en 1528 qui prononce l’annulation de son mariage avec Catherine d’Aragon, qui est expulsée du royaume et remplacée par Anne Boleyn, la favorite du roi.
Ce procès instigue la rupture entre l’Église Catholique et le royaume d’Angleterre. Au total, Henri VIII a eu six épouses : Catherine d’Aragon, mariage dont il obtient l’annulation, Anne Boleyn, qu’il fera décapiter (vous pouvez retrouver un article à son sujet ici), Jane Seymour, morte d’une infection suite à un accouchement, puis Anne de Clèves, avec laquelle Henri fera annuler son mariage, Catherine Howard, qu’il fera également décapiter et enfin Catherine Parr, qui lui survivra après sa mort.
De ses différents mariages sont issus trois enfants légitimes : Marie de son union avec Catherine d’Aragon, Elisabeth de son union avec Anne Boleyn et Edouard, l’héritier mâle tant attendu, de son mariage avec Jane Seymour. Il a eu avec ces trois femmes de nombreux autres enfants, morts en bas-âge ou avant le terme de la grossesse.
Henri VIII : rupture avec l’Eglise catholique et folie sanguinaire
Sur le plan politique et économique, le mariage d’Henri VIII et Anne Boleyn fait grand bruit et engendre une inévitable scission entre Rome et le royaume d’Angleterre. Le roi Henri se fait déclarer chef d’une nouvelle église, l’Église Anglicane et impose cette religion à tout son peuple. Il exclut également Marie, sa première fille de la succession d’Angleterre, puis Elisabeth, sa deuxième fille, lorsqu’il arrive enfin à avoir un fils. Il fait exécuter ou bannir tous les conseillers qui s’opposent à ses idées comme Thomas Moore ou Thomas Cromwell. En février 1542, il fait eviscérer et démembrer Thomas Culpeper, amant de sa cinquième femme Catherine qui connait, elle aussi, un sort similaire. Tous ceux qui ne souhaitent pas se reconnaître comme adhérents à l’Eglise Anglicane sont tués, torturés ou emprisonnés. Les monastères sont pillés et brûlés et Henri VIII fait planer un climat de terreur en Angleterre.
Un Tudor est mort, place au prochain
La fin de règne d’Henri VIII est marquée par son mariage avec Catherine Parr. Cette riche veuve épouse le roi en juillet 1543. Il est alors obèse et fait plus de 178 kilos, souffre notamment de diabète, de la goutte, de plaies qui gangrènent et d’un caractère complètement irascible et changeant. Catherine, fervente catholique, parvient tout de même à réconcilier le roi avec ses filles, qu’il réintègre dans la succession du royaume d’Angleterre, avant de mourir dans d’atroces souffrances le 28 janvier 1547 à 55 ans. Lui succède alors son fils Edouard sous le nom d’Edouard VI, qui n’a que neuf ans.
Edouard VI, l’enfant roi

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S’il fallait résumer le règne d’Edouard VI, ce serait comme ceci : un règne éclair, car il n’a même pas eu le temps d’atteindre la majorité. Le fils de Jane Seymour et Henri VIII, né en 1537, est couronné le 20 février 1547 à l’âge de neuf ans.
Un Tudor manipulé par les Seymour
Trop jeune pour régner, différents régents se succéderont pour l’aider, notamment Édouard Seymour, son oncle maternel, sa mère étant morte peu de temps après sa naissance des suites de son accouchement.
Edouard VI ne prend ainsi aucune véritable décision lui-même, assisté donc par un conseil de régence peu efficace : il en résulte beaucoup de problèmes économiques et sociétaux pour l’Angleterre, qui amènent au soulèvement du peuple et à une rébellion. À la tête de ce conseil, on compte dans un premier temps Edouard Seymour qui nomme lui-même les membres du conseil du roi, s’assurant ainsi un grand pouvoir quasi monarchique.
Thomas Seymour, autre oncle maternel du roi, sentant le bon filon, entre alors dans la course : il conseille au roi de se débarrasser d’Edouard Seymour, son propre frère, arguant qu’un roi doit gouverner seul sans protecteur. Thomas Seymour est finalement écarté du pouvoir et accusé de détournement de fonds : il est décapité après un procès éclair le 20 mars 1549.
Un protecteur en appelle un autre : Edward Seymour est remplacé par le duc de Northumberland.
Le conseil privé du roi finit par se rendre compte qu’Edouard Seymour (nommé également duc de Somerset) gère le royaume de manière désastreuse : les dettes et les rébellions s’accumulent, l’Angleterre perd un combat important contre l’Irlande. Le duc de Somerset est finalement arrêté, puis décapité également en janvier 1552 pour “haute trahison”. C’est le duc de Northumberland qui le remplace. Il accorde au roi, qui a alors 14 ans, la création d’un conseil d’Etat dont il peut lui-même choisir les membres. Mais Northumberland est également un fin stratège qui entend dominer le jeu du pouvoir : il veille à faire entrer ses soutiens au conseil, il manœuvre habilement pour faire croire au peuple que c’est Edouard qui prend les décisions alors qu’il n’est que sa marionnette.
La maladie d’Edouard entraîne des problèmes de succession

Lorsque Edouard tombe malade en janvier 1553, son conseil comprend rapidement qu’aucune issue favorable n’est possible. Commencent alors les manigances pour trouver qui peut lui succéder. Marie Tudor ne peut être envisagée : fervente catholique, elle mettrait à mal la réforme anglicane entreprise par Henri VIII puis continuée par Edouard VI et son conseil. Mais si Edouard écarte du trône une de ses sœurs, il est obligé d’écarter la deuxième. Il choisit alors (à moins que ce soit le duc de Northumberland qui l’ait fait pour lui ?) ) Jeanne Grey, la petite-nièce de son père, pour lui succéder.
Une mort suspecte
Comme je vous l’ai dit précédemment, Edouard tombe malade en 1553 à l’âge de 15 ans. Il semble avoir attrapé froid après une partie de raquettes, jeu qu’il affectionnait particulièrement à l’époque. Fièvre et tremblements l’agitent, mais il paraît se remettre petit à petit, faisant même quelques rares apparitions publiques.
Mais ce semblant de santé ne durera pas et le jeune roi meurt en juillet 1553, quelques mois après avoir contracté cette mystérieuse maladie. Sa mort est déclarée suspecte, car on suppose un empoisonnement, qui plus est perpétré par son protecteur, le duc de Northumberland. Pourtant, le médecin chargé de l’autopsie déclarera qu’Edouard est mort d’une infection des poumons, ou de la tuberculose. Le duc de Northumberland prend soin de retarder l’annonce de la mort du roi, envoie de nombreux soldats entourer la demeure de Marie Tudor dans le Norfolk pour l’empêcher de prétendre au trône et proclame Jeanne Grey reine le 10 juillet 1553. Mais les Tudors restants ne l’entendent pas de cette oreille.
Marie Ière, la sanglante

L’Angleterre a, elle aussi, connu sa Saint-Barthélemy, mais elle a duré bien plus longtemps : presque l’entièreté du règne de Marie Ière Tudor, dites Marie la Sanglante. La fille de Catherine d’Aragon et Henri VIII, probablement pour se venger d’une enfance, puis d’une jeunesse compliquée durant laquelle on a voulu lui usurper un trône qui lui revenait de droit, exercera un pouvoir tyrannique et sans partage sur l’Angleterre.
Une enfance compliquée
Marie est née le 18 février 1516. Si sa mère est ravie, car sa naissance intervient après de multiples fausses-couches et enfants morts-nés, son père n’arrivera jamais à cacher sa déception : il voulait un garçon. Après l’annulation du mariage de ses parents, Marie est retirée de la succession au trône. Dotée d’un sacré caractère, elle refuse de prêter allégeance à la nouvelle femme de son père, Anne Boleyn et à Elisabeth, sa demi-sœur. Pour se venger, le roi l’humilie en la nommant dame d’honneur d’Elisabeth. Comble de l’ingratitude, Henri VIII empêcha même Marie de rendre visite à sa mère mourante au début de l’année 1536.
Marie Tudor, une reine catholique convaincue
Catherine d’Aragon était une fervente catholique, religion qu’elle a transmise à sa fille et que Marie n’abandonna jamais, au grand damne de son père Henri VIII et de son demi-frère Edouard VI. Réintégrée à la liste des successeurs potentiels sur le trône de l’Angleterre peu avant la mort de son père, son frère Edouard VI l’en éjecte une nouvelle fois au profit de Jeanne Grey. Mais Marie ne l’entend pas de cette oreille. Première fille d’Henri VIII, pieuse, dévouée et têtue, elle se sait très soutenue par plusieurs membres influents du royaume et par le peuple.
À la tête d’une armée, elle parvient à renverser Jeanne Grey et ses soutiens le 12 juillet 1553 et entre en conquérante dans Londres le 3 août 1553, accompagnée de sa demi-sœur Élisabeth et d’un convoi de 800 nobles. Sa première décision en tant que nouvelle reine ? Faire libérer tous les nobles catholiques.
Un mariage de raison

Marie a alors 37 ans et il lui faut, pour faire perdurer les Tudors, trouver un mari à même de lui faire engendrer un héritier. L’heureux élu est Philippe d’Espagne, fils de Charles Quint, dont Marie tombe folle amoureuse. Celui-ci ne l’apprécie pourtant guère mais “se sacrifie” pour le bien de son pays : l’alliance entre le puissant empire espagnol et l’Angleterre constitue une force majeure sur l’échiquier européen. Pour que ce mariage puisse avoir lieu, les époux doivent être de même rang. Charles Quint donne alors à son fils le titre de roi de Naples, faisant ainsi de Marie la reine de Naples.
En 1555, Marie désire tellement un enfant qu’elle est victime de ce qu’on l’on appelle une grossesse nerveuse : elle a tous les symptômes de la grossesse, mais n’accouche finalement jamais. Sombrant dans une très profonde dépression, elle dira que Dieu voulait la punir pour avoir accueilli trop d’hérétiques dans son royaume. Philippe, ne voyant pas d’héritier venir, part alors combattre les Français dans le royaume de Flandres, ce qui laisse Marie complètement inconsolable.
Marie Tudor rentre dans une folie sanglante
Fervente catholique, Marie n’approuve pas les réformes menées par son père et elle et son mari veulent réconcilier Rome et l’Angleterre. Ils font abroger par le Parlement les lois religieuses établies sous Henri VIII et commencent à partir de 1555 une véritable campagne de persécution de ceux qu’ils appellent “les hérétiques”. Quelque 284 notables furent condamnés au bûcher pendant le règne de Marie Ière. Leur défaut ? Être protestants.
La fin du règne de Marie Ière Tudor
Le règne de Marie est également marqué par de nombreux problèmes économiques liés à de nombreuses inondations causées par des pluies torrentielles. Son alliance avec l’Espagne se révèle finalement désavantageuse pour l’Angleterre, qui ne profite pas des énormes richesses engrangées par le pays de Charles Quint grâce à sa conquête du Nouveau Monde. Épuisée moralement, Marie fait une deuxième grossesse nerveuse avant de mourir de la grippe le 17 novembre 1558 à 42 ans. Se sachant condamnée, elle est contrainte de désigner sa demi-sœur Elisabeth, protestante, comme son héritière, pour pérenniser les Tudors au pouvoir.
Elisabeth Ière, la reine vierge

Si les Tudors avaient besoin d’une rédemption, la voici. L’histoire d’Elizabeth Ière est celle d’une double revanche : sur la vie d’une part, car elle est passée de bâtarde indésirable à reine du plus grand royaume de l’époque, mais aussi sur les hommes : celle dont la mère a été lâchement décapitée par son père et qui, enfant, a été soumise aux bonnes volontés de celui-ci, ne se mariera jamais et deviendra la seule maîtresse de son destin.
Une enfance de bâtarde
Fille d’abord légitime d’Anne Boleyn, la deuxième épouse d’Henri VIII, Elizabeth Ière vit, comme sa demi-sœur Marie, une enfance et une adolescence compliquées. Elle nait le 7 septembre 1533 à Londres et voit sa mère être décapitée trois ans plus tard, avant d’être rayée de la succession au trône. Cependant, elle a tout de même la chance d’être élevée comme une princesse avec des précepteurs qui lui apprennent l’italien, le français, l’arithmétique, les sciences, la géométrie, le grec, le latin et tout ce que doit savoir une femme de son rang. Elle est érudite et très intelligente.
La dernière épouse du roi Henri VIII, Catherine Parr, le convint finalement avant de mourir de réintégrer Marie et Elisabeth dans l’ordre de succession, elle occupe donc la troisième place de cet ordre après Edouard et Marie.
Lorsque son demi-frère Edouard VI accède au trône, elle est placée sous la garde de Catherine Parr et de Thomas Seymour, son nouveau mari. Elle aurait alors été touchée sexuellement par ce dernier, qui s’amusait à lui claquer les fesses et à entrer dans sa chambre pour la chatouiller de manière incorrecte. Ces activités que l’on qualifierait aujourd’hui de pédophiles (Elisabeth n’a que 14 ans à l’époque) sont même couvertes par Catherine Parr, qui décide finalement d’y mettre un terme lorsqu’elle trouve Elisabeth et Thomas Seymour, respectivement oncle et nièce, en train de s’embrasser.
Marie Ière enferme Elisabeth
Lorsque Edouard VI meurt, Elisabeth et Marie apparaissent proches et entrent ensemble dans Londres lorsque Marie est proclamée reine. Cette apparente amitié est de courte durée : l’une est catholique, l’autre est protestante et chez les Tudors cela ne fait pas bon ménage. Accusée de complotisme envers la nouvelle reine, Elisabeth est enfermée à la Tour de Londres le 18 mars 1554 accompagnée de deux dames de compagnies. Elle y reste quelques mois avant d’être transférée en résidence surveillée loin de la cour. Mais faute d’enfants, Marie doit se résoudre à désigner Elisabeth comme son héritière pour le trône d’Angleterre.
La reine est morte, vive la reine

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Quand Elisabeth monte sur le trône à la mort de Marie, le 17 novembre 1558, une nouvelle ère souffle sur le royaume d’Angleterre. Elisabeth semble plus tolérante que sa sœur sur les questions religieuses, mais elle se fera quand même reconnaître chef de l’Église d’Angleterre.
Elle choisit de ne jamais se marier et encore aujourd’hui, on ignore pourquoi. Certains avancent la théorie du viol et de la pédophilie qu’elle aurait subit enfant de la part de son oncle Thomas Seymour, d’autre le fait qu’elle ne voulait pas dépendre d’un homme ou encore qu’elle était stérile. Néanmoins, si elle se présente donc à son peuple comme “une reine vierge” qui n’a d’autres enfants que ses sujets, elle a eu plusieurs histoires d’amour, notamment avec Robert Dudley, comte de Leicester qui restera jusqu’à sa mort son “ami” le plus fidèle. Elle envisage un temps de l’épouser, avant de se raviser, mais montre d’extrêmes signes de jalousie lorsque Robert se remarie avec une deuxième femme en 1578.
Le règne d’Elisabeth Ière Tudor, l’âge d’or avant la tempête
Elisabeth est une Tudor et compte bien montrer au monde sa puissance et son pouvoir. Sous son règne, l’Angleterre prospère, Elle multiplie les campagnes contre les Pays-Bas, puis l’Espagne. Après avoir vaincu la célèbre Armada espagnole, elle prononce un discours qui reste à ce jour encore dans les mémoires, et proclame notamment “Je sais que mon corps est celui d’une faible femme, mais j’ai le cœur et l’estomac d’un roi, et d’un roi d’Angleterre”. Elisabeth soutient militairement Henri IV lorsque celui-ci monte sur le trône de France : elle y voit ici le moyen d’une alliance protestante du royaume de France et de l’Angleterre.
Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin et au crépuscule de son règne, quelques désordres apparaissent au sein de son royaume. Le premier : son conflit avec sa cousine, la reine Marie Stuart d’Ecosse, qui veut devenir son héritière (les relations ont toujours été plus ou moins compliquées entre la famille royale d’Ecosse et les Tudors). Elisabeth n’a pas d’enfants et Marie entend bien faire valoir ses droits à la Couronne d’Angletterre. Elisabeth finit par l’accuser de complots, la faire emprisonner puis exécuter, car elle ne veut pas d’une héritière catholique. Cet événement contribue à salir sa réputation auprès de l’opinion publique.
Elle subit en 1588 une défaite contre l’Armada espagnole. Les récoltes sont mauvaises et les caisses de l’Angleterre se vident à vitesse grand V. Elle découvre également des malversations financières chez ses proches, ce qui continue de la faire baisser dans l’estime de ses sujets. Elle parvient néanmoins à maintenir le navire à flot jusqu’en 1603, où après la mort de plusieurs de ses proches, dont sa dame de compagnie depuis plus de quatre décennies, Catherine Howard, elle sombre dans une profonde dépression. Elle finit par mourir le 24 mars 1603 (j’ai également écrit un article sur la mort d’Elisabeth 1ère) et s’éteint avec elle la dynastie des Tudors, qui aura régné sur l’Angleterre pendant plus d’un siècle.
Ainsi, la période où les Tudors gouverne l’Angleterre reste une période fascinante de l’histoire britannique, marquée par des figures emblématiques et des événements majeurs. D’Henry VII à Elizabeth I, les Tudors ont forgé un héritage politique, culturel et religieux qui a façonné l’Angleterre moderne. Leurs déboires, meurtres, tromperies et leurs malheurs sont un des sujets privilégiés des réalisateurs, en témoigne les nombreux films et séries sortis sur chacun d’eux comme la série “les Tudors” avec Jonathan Rhys Meyers, la trilogie sur Elisabeth Ière avec Cate Blanchett ou encore “Mary Queen of Scots” qui raconte la rivalité entre Elisabeth Ière et Marie Stuart.
Sources :
– https://www.universalis.fr/index/grande-bretagne-histoire-les-tudors-1485-1603/
– https://www.chroniques-histoire.com/2019-09-14/les-tudors-une-dynastie-flamboyante/
– https://www.rcf.fr/articles/culture-et-societe/les-tudors-une-dynastie-royale-une-saga-familiale
– https://unartanglais.wordpress.com/tudor-renaissance/les-tudors-une-histoire-dart-et-de-pouvoir/
– https://museeduluxembourg.fr/fr/actualite/qui-est-marie-tudor
– https://www.universalis.fr/encyclopedie/marie-ire-tudor/
– https://www.histoire-pour-tous.fr/biographies/3411-elisabeth-ire-reine-dangleterre-1558-1603-biographie.html
– https://www.nationalgeographic.fr/histoire/qui-etait-elisabeth-ire-derniere-representante-de-la-dynastie-tudor
– https://www.geo.fr/histoire/angleterre-la-reine-elisabeth-i-celibataire-mais-pas-si-sage-127062
– https://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-vii-tudor/
-https://museeduluxembourg.fr/fr/actualite/qui-est-edouard-vi
– https://www.cosmovisions.com/EdouardVITudor.htm