gabrielle de polignac
Personnages historiques

Gabrielle de Polignac, l’amie intime de la Reine Marie-Antoinette

Détestée par certains, adorée par d’autres, Gabrielle de Polignac déferle la chronique. Cette femme discrète et modeste a su conquérir le cœur de la Reine de France Marie-Antoinette. C’est un véritable coup de foudre amical qui s’opère, à tel point que les courtisans s’en interrogent. Leur relation dépasse-t-elle le cadre de l’amitié ? Devenue une figure mal-aimée malgré elle, Gabrielle de Polignac est contrainte de fuir à l’aube de la Révolution. Qu’a-t-elle fait pour susciter la haine du peuple ? Je vous emmène avec moi à la découverte de cette châtelaine qui marqua l’Histoire de l’Ancien Régime.

Qui est Gabrielle de Polignac, née Yolande Polastron ?

Une naissance noble mais sans fortune

Connue pour aimer la vie à la campagne, la Comtesse de Polignac est pourtant née à Paris. En ce 8 septembre 1749, Yolande Gabrielle Martine de Polastron (l’usage retiendra le prénom de Gabrielle) voit le jour. Fille de Jean François Gabriel, Comte de Polastron et Jeanne Charlotte Hérault de Vaucresson, Gabrielle est issue d’une maison noble très ancienne du Sud-Ouest de la France. Les origines des Polastron remontent au XIème siècle.
La famille de Gabrielle n’a plus son faste d’antan, et accumule les dettes. Ses moyens ne sont plus suffisants pour vivre dans la capitale. La décision tombe, les parents de Gabrielle de Polignac partent près de Toulouse, dans leur Château de Noueilles. C’est à ce moment-là que la jeune Gabrielle prend goût à la nature. La jeune fille apprécie le calme de la campagne, qui correspond à sa personnalité fraîche et quelque peu naïve.

Mais très rapidement, la vie de cette enfant se voit chamboulée : sa mère, Jeanne Charlotte Hérault, décède alors que Gabrielle n’a que 3 ans. Son père Jean François Gabriel se remarie.

Château de Noueilles ©mairie de Noueilles
Château de Noueilles ©mairie de Noueilles

Gabrielle de Polignac est confiée à sa tante

Quant à Gabrielle de Polignac, son éducation est confiée à sa tante Marie-Henriette de Polastron, Comtesse d’Andlau. Nommée Dame de Compagnie de Madame Henriette et Madame Adélaïde, les filles de Louis XV et Marie Leszczynska, elle est finalement évincée de la Cour de Versailles pour avoir introduit des livres pornographiques.

Même si Gabrielle de Polignac est séparée de son père et a connu le deuil de sa mère, elle vit une enfance heureuse et épanouie auprès de sa tante. Elle y fait notamment la connaissance de Hyacinthe de Vaudreuil, un cousin certes éloigné mais qui sera très proche d’elle.

Comte de Vaudreuil - Elisabeth Vigée Le Brun - 1784- Virginia Museum of Fine Arts
Comte de Vaudreuil – Elisabeth Vigée Le Brun – 1784- Virginia Museum of Fine Arts

Un manque d’intérêt pour les études

Comme toute jeune fille de sang noble, la future Gabrielle de Polignac doit parfaire son éducation. Ce qui sonne son retour à Paris, car elle est envoyée au Couvent de Penthemont dans le VIIème arrondissement (actuel Ministère des Anciens Combattants). Mais Gabrielle fait preuve de paresse et de fainéantise. Très douée pour les matières artistiques, elle n’est pas très assidue pour toutes les disciplines plus scolaires. A vrai dire, la future amie de Marie-Antoinette compte plus sur son physique pour faire un beau mariage, digne de son rang. On l’a dit plutôt jolie – une de ces beautés naturelles et fraîche, avec un teint rosé, des yeux bleus.

Pour son mariage, Gabrielle a un souhait : épouser celui qui fait battre son cœur, son cousin Hyacinthe de Vaudreuil, devenu Comte de Vaudreuil. Mais son cousin, alors âgé de 25 ans, se croit mourant. Il est malheureusement hypocondriaque. C’est la douche froide. La jeune femme se fiance finalement à Jules de Polignac, issu d’une famille très prestigieuse.

Gabrielle de Polignac mène une vie loin de la Cour de Versailles

Un mariage heureux avec Jules de Polignac

Les noces sont célébrées le 7 juillet 1767 à Paris, dans l’Eglise de Saint Sulpice. La jeune épouse devient alors Gabrielle de Polignac. Son époux, Jules de Polignac, a suivi une carrière militaire et occupe le poste de Capitaine dans un Régiment de Royal-Dragons. Même s’il est issu d’une famille prestigieuse, Jules de Polignac n’est guère fortuné. L’Histoire se répète pour Gabrielle : le manque de fortune oblige le couple à s’éloigner de Paris et à vivre à la campagne. Les Polignac s’installent dans leur Château de Claye, près de Meaux en Seine et Marne (77). Même si l’harmonie réside dans son mariage avec Jules de Polignac, Gabrielle continue de fréquenter Hyacinthe de Vaudreuil, son cousin. Le mariage n’a pas été possible, mais les sentiments sont toujours là.

Malgré tout, moins d’un an après leurs épousailles, Madame de Polignac met au monde une petite fille, Aglaé. Moins de trois ans plus tard, Armand verra également le jour. Gabrielle de Polignac est alors une mère comblée.
Le couple profite d’une vie heureuse, en toute quiétude. Il faut dire que les deux jeunes époux se sont bien trouvés. Tous deux n’apprécient guère le faste de la Cour de Versailles et tout le luxe qui l’entoure. Ils fuient la Cour Royale, préférant tous deux le calme et la tranquillité de la campagne. Sans compter sur le fait que le couple n’a pas la fortune nécessaire pour y résider.

Jules de Polignac époux de Gabrielle

La première rencontre de Madame de Polignac avec Marie-Antoinette

Toutefois, un événement particulier les oblige à se rendre au Château : le mariage du jeune Dauphin, futur Louis XVI, avec l’Archiduchesse d’Autriche. Leur rang exige que Jules et Gabrielle de Polignac assistent aux festivités. En mai 1770, le couple se rend à la célébration. C’est à cette occasion que Gabrielle de Polignac aperçu Marie-Antoinette, future Reine de France, pour la toute première fois. Sans doute était-elle loin d’imaginer que son destin se verra chamboulé par cette jeune autrichienne. Sans doute était-elle loin d’imaginer le lien indéfectible qui les liera à l’avenir. Après cette apparition furtive à la Cour de France, les Polignac retournent à leur vie tranquille au Château de Claye.

Illuminations mariage Marie-Antoinette Louis XVI

Gabrielle de Polignac et Marie-Antoinette : une amitié naissante

Un rencontre dans les jardins du Château de Versailles

Ce n’est que quelques années plus tard que le destin les rapprochera à nouveau. En 1774, Diane de Polignac, la sœur de Jules, devient dame de compagnie de Marie-Thérèse de Savoie, Comtesse d’Artois. Très proche de sa sœur, Jules de Polignac lui rend régulièrement visite, accompagné de son épouse. Alors qu’elle est âgée de 26 ans, Gabrielle de Polignac se promène dans les jardins du Château de Versailles. Sa flânerie l’amène à croiser Marie-Antoinette, devenue Reine de France. Son côté frêle et son air accueillant pousse la Souveraine à s’adresser à l’épouse Polignac, et lui demande pourquoi elle ne paraît pas plus souvent à la Cour. Pleine de bienséance, Gabrielle de Polignac répond d’une grande franchise que son manque de fortune ne lui permet pas. Le naturel de son interlocutrice attendri Marie-Antoinette, qui se prend immédiatement d’amitié pour Madame de Polignac.

Portrait de Gabrielle de Polignac

Gabrielle de Polignac a conquis le cœur de la Reine de France Marie-Antoinette

Il ne faut pas oublier que l’Archiduchesse d’Autriche est éloignée de sa famille depuis fort longtemps. Se sentant étrangère à cette Cour de France, Marie-Antoinette est à la recherche d’une amitié simple et sincère.

A peine âgée de 20 ans, la jeune Reine souhaite s’évader des lourdes responsabilités royales qui pèsent sur ses épaules, pour retrouver de la simplicité et de la fraîcheur. C’est exactement ce qu’elle voit en Gabrielle de Polignac. Cette campagnarde, à l’allure simple à la limite du négligé, attise sa sympathie. Elle aime son côté spontané. C’est une véritable amitié qui naît entre les deux jeunes femmes. Mais cette nouvelle amie n’est pas vu d’un bon œil par tous ! La Princesse de Lamballe, actuelle favorite de Marie-Antoinette, sent le vent tourner. Et elle a raison. Gabrielle de Polignac remplace progressivement la Princesse de Lamballe en tant que favorite de la Reine.

Madame de Polignac et son époux emménagent au Château de Versailles
La vie du couple Polignac change alors du tout au tout. Pas question pour Marie-Antoinette d’être loin de sa nouvelle amie. Elle souhaite que Gabrielle s’installe au Château de Versailles. Sa fortune ne lui permet pas à cause des dettes ? Qu’à cela ne tienne ! La Reine de France les éponge et paye les 400 000 livres qu’ils devaient à leurs créanciers. Une broutille lorsque l’on est Reine ! Mais la jeune Autrichienne ne s’arrête pas là : elle nomme Jules de Polignac « grand écuyer royal », et fourni au couple des appartements au Château de Versailles.

Une relation qui profite aux intérêts de l’entourage de Gabrielle

Gabrielle n’est pas ambitieuse. Dans son amitié avec la Reine, elle ne recherche ni gloire ni fortune. Mais ce n’est pas le cas de son entourage. Nombreux sont ceux qui voient en cette relation un moyen de servir leurs intérêts. Diane de Polignac, malgré une moralité quelque peu douteuse, est nommée Dame d’Honneur de Madame Elizabeth, la sœur de Louis XIV. Le Baron de Besenval est élevé aux premiers rangs de l’armée. Quant au Comte de Vaudreuil, l’amant de Gabrielle de Polignac, il reçoit une pension de 30 000 livres. C’est une bien belle somme quand l’on connaît l’antipathie qu’il inspire à Marie-Antoinette. Le cousin éloigné de sa grande favorite n’est pas apprécié de la Souveraine. A termes, il deviendra même source de conflit entre les deux amis.

Diane Louise Augustine de Polignac par François-Hubert Drouais
Diane Louise Augustine de Polignac par François-Hubert Drouais

La relation de Gabrielle de Polignac et Marie-Antoinette

La relation entre Gabrielle de Polignac et Marie-Antoinette étonne. L’épouse Polignac peut passer des longs moments à attendre la Reine dans ses appartements, en compagnie de Madame Campan la première Dame de chambre de Marie-Antoinette. Les deux amies passent des heures enfermées dans les appartements royaux, se chuchotent dans l’oreille, se taquinent sans cesse. Gabrielle ne se contente pas de faire partie du cercle intime de la Reine, elle est devenue son alter-ego. Elle a une relation fusionnelle, au même titre que la relation entre Marie-Antoinette et Axel de Fersen.

Auprès de son amie, Marie-Antoinette peut baisser la garde et se comporter non plus comme la Reine de France, mais comme une jeune fille pleine d’énergie et souhaitant profiter de la vie. Toutes deux aiment se rendre au Petit Trianon et flâner au Hameau de la Reine. Marie-Antoinette retrouve alors son insouciance – Gabrielle retrouve la nature et la simplicité qu’elle affectionne tant, loin du luxe de la Cour. La mode va alors aux robes légères sans fioriture et au chapeau de paille. Le cadre bucolique du Hameau ravit la Reine Marie-Antoinette et sa favorite Gabrielle de Polignac.

Mais dans toute relation fusionnelle, les déchirements ont leur place. Les deux confidentes ont quelques sujets de discordes. L’un des grands sujets concerne vous l’aurez compris Hyacinthe Vaudreuil. Marie-Antoinette ne le porte pas du tout dans son cœur, et Gabrielle de Polignac se refuse à abandonner son cher et tendre. Autre sujet qui sépare les deux jeunes femmes : les Polignac apportent leur soutien à Charles-Alexandre de Calonne, nouveau contrôleur général des finances – une homme que la Reine méprise en tout point. Mais ces différends n’entachent en rien l’amitié forte que les lient.

La reine "en gaule" Élisabeth Vigée Le Brun 1783
La reine « en gaule » Élisabeth Vigée Le Brun 1783

Les rumeurs courent : Gabrielle de Polignac et Marie-Antoinette sont-elles amantes ?

En revanche, les rumeurs commencent à courir à la Cour. Témoins de cette relation très fusionnelle, les courtisans commencent à vouer une haine à cette favorite venue de la campagne. Elles sont alors accusées de lesbianisme. Des pamphlets circulent ayant pour titre « Les Fureurs utérines » ou encore « Godemiché royal ». On donne à Gabrielle des noms d’oiseaux tels que « prostituée » ou encore « gueuse vomie par les enfers ». Malgré tout cet acharnement, Gabrielle de Polignac garde intact son affection pour Marie-Antoinette et ne se soucie guère des ragots. Leur attachement est inébranlable.

Un florilège de privilèges pour les Polignac

Marie-Antoinette se met à couvrir de privilèges celle qu’elle porte dans son cœur. En plus de 400 000 livres payés pour combler leurs dettes, et le poste de premier écuyer de la Reine de Jules de Polignac, le couple reçoit : des chevaux et tout un équipage, la terre de Fenestrange et une pension de 80 000 livres. Jules reçoit un nouveau titre en janvier 1786, celui de Directeur Général des Postes et haras. Il est également nommé Duc héréditaire, faisant de lui un Comte, et de Gabrielle de Polignac une Comtesse, depuis à l’avenir une Duchesse. Aglaé de Polignac, leur fille, perçoit du Roi de France Louis XVI une dote 800 000 livres, ce qui est beaucoup plus que les dotes généralement attribuées aux enfants royaux. Et pour couronner le tout, Marie-Antoinette nomme en 1782 Gabrielle de Polignac Gouvernante des enfants royaux. Ce nouveau titre aliment une nouvelle fois les ragots. Très envié, il est habituellement tenu par une grande famille, transmis de mère en fille. D’autant plus que Gabrielle de Polignac, avec son caractère paresseux et son manque de maturité, ne convainc pas les courtisans. Mais contre toute attente, celle que l’on surnomme « La Comtesse Jules », prend très à cœur son nouveau rôle. Elle abandonne ses appartements luxueux pour s’installer avec les gouvernantes, et s’occupe à merveille des enfants de la Reine. Marie-Antoinette et Gabrielle de Polignac mènent une vie heureuse, sans se douter que leur destin allait bien basculer dans le tragique.

Madame de Polignac déchaîne les foules

Gabrielle de Polignac devient une cible de la Révolution française

Début de l’année 1789, la France est soumise à une crise économique. Les inégalités sociales et l’impopularité de la politique royale tendent le Royaume. L’opinion publique fait rage, le peuple veut du changement.
A Versailles, l’inquiétude commence à monter. Le danger qui plane au-dessus de leur tête rapproche encore plus les deux amies. Gabrielle de Polignac prend alors position. Elle souhaite mener le mouvement ultra-monarchiste qui s’oppose aux idées libérales qui s’instaurent. Elle défend corps et âme la couronne royale. Peut-être voulait-elle à travers ce mouvement protéger celle qui est son amie depuis tant d’années ? Gabrielle de Polignac de par ses convictions suscite l’opposition. Et que dire de son influence sur la famille royal et des dépenses qu’elle a engendrées. N’a-t-elle pas profité de la fortune royal ? Le Diplomate Mercy-Argenteau a estimé que les Polignac avaient perçu en 4 ans plus de 500 000 livres de revenus annuels. L’impopularité de Gabrielle de Polignac est incontestable, la Comtesse Jules se trouve dans la ligne de mire de l’opposition.
Jules de Polignac et son épouse s’enfuient du Château de Versailles
Le 14 juillet 1789, la Révolution arrive à son apogée avec la prise de la Bastille. La Reine de France Marie-Antoinette voit son amie et favorite en danger. Il est temps pour elle et sa famille de quitter Versailles pour se mettre à l’abri. Le 16 juillet 1789, dans la précipitation du danger qui la guette, Madame de Polignac et de son mari prennent la route. Les adieux avec Marie-Antoinette sont à la fois tendres et déchirants. Les souvenirs de quatorze années d’amitié profonde ressurgissent. Elles savent sans doute que plus jamais elles ne se reverront. Avant que le fiacre ne prenne sa route, Gabrielle reçoit un message de Marie-Antoinette transmis par Mme Campan :

Adieu la plus tendre des amies ; le mot est affreux, mais il le faut ; voilà l’ordre pour les chevaux ; je n’ai que la force de vous embrasser

Mot de Marie-Antoinette a Gabrielle de Polignac
Mot de Marie-Antoinette a Gabrielle de Polignac

Le souvenir de Marie-Antoinette

Le voyage n’est pas de tout repos, mais la fuite est réussie. La famille Polignac rejoint la Suisse, puis l’Italie (Turin, Rome et Venise). Ils finiront finalement à Vienne en 1791, recueillis par la famille de la Souveraine Marie-Antoinette. Les deux amies s’écrivent régulièrement des lettres, ce qui ne fait qu’amplifier le manque qu’elles ressentent l’une pour l’autre. Marie-Antoinette se souvient des moments heureux passés avec sa favorite. Gabrielle se désole du triste sort de sa Reine, enfermée dans la Prison du Temple. La menace qui planait tombe enfin : le 16 octobre 1793, la Reine de France Marie-Antoinette est guillotinée. Atteinte d’un cancer du sein, cette nouvelle achève Gabrielle de Polignac. Inconsolable, elle ne quitte plus sa chambre et refuse même de voir son mari et son fils. Le souvenir de son amie et le triste sort qu’elle a subi ne lui permette pas de surmonter son chagrin. Gabrielle décède à peine 2 mois après son amie, le 5 décembre 1793.

Lettre de la reine Marie-Antoinette à la duchesse de Polignac, s.l. Paris, château des Tuileries ©DAF-CHAN

Sources :

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