César Borgia
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César Borgia, empereur sinon rien

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César Borgia (Cesare Borgia en italien) est un de ces personnages que l’histoire a quelque peu laissés sur le côté. Et pourtant, ce fils de Pape, moins connu que son frère Giovanni ou sa sœur Lucrèce, a réussi l’exploit de passer de cardinal à homme de guerre et a eu une courte vie, mais bien remplie. Fervent allié de son père le pape Alexandre VI, il a participé à la majorité des nombreuses batailles qui ont jalonné l’histoire italienne du XVᵉ siècle et XVIᵉ siècle. Je vous propose de partir en Italie, sur les traces de César Borgia, surnommé le “Valentinois” et modèle dont s’est inspiré Machiavel pour son livre “Le Prince”. 

César, un fils cadet de Pape

César Borgia a une particularité dont peu de personnes de l’époque contemporaine peuvent se vanter : il est fils de Pape. Si ce fait peut choquer aujourd’hui, cela arrivait très fréquemment aux XVᵉ et XVIᵉ siècle. 

Un enfant bien-né 

Alexandre VI entouré de 3 de ses enfants
Représentation d’Alexandre VI et trois de ses enfants : César, Giovanni et Lucrèce
©Glénat

César naît le 13 septembre 1475 (ou 1476) à Rome. Il est le fils du cardinal Rodrigo Borgia, un prélat d’origine espagnole et de Vanozza Cattanei, une femme d’affaires qui tenait plusieurs auberges dans la capitale italienne. Aîné de la famille, ses deux parents ne sont pas mariés, mais amants : ils resteront pourtant une quinzaine d’années ensemble et auront quatre enfants : César, Giovanni, Lucrèce et Geoffroi.

La famille Borgia connaît une ascension fulgurante lorsque Alonso Borgia, grand-oncle de César, devient le Pape Calixte III en 1455. Rodrigo son père entame lui aussi une carrière dans l’Église et est cardinal au moment de sa naissance, il n’a pourtant aucun mal à reconnaître publiquement ses enfants

Une jeunesse sous le joug  de l’Eglise 

César Borgia Alexandre VI
Portait de Rodrigo Borgia, plus connu sous le nom du Pape Alexandre VI

Fils aîné de cardinal oblige, César se voit contraint d’entamer dès son plus jeune âge une carrière dans les ordres. On dit de lui qu’il est très beau et intelligent et qu’il ressemble beaucoup à son père. Il est sacré chanoine de la cathédrale de Valence à l’âge de 7 ans, puis évêque de Pampelune à 15 ans et enfin, lorsque Rodrigo Borgia accède à la Papauté sous le nom d’Alexandre VI, il est nommé cardinal de Valence à 17 ans en 1492. Seulement cela ne lui plait pas et il jalouse son frère Giovanni, qu’on a chargé des affaires guerrières et temporelles. César rêve de belles dames, de conquête et de chevalerie, et ses obligations ecclésiastiques lui pèsent. 

César Borgia change de vocation à la mort de son frère Giovanni

De la cape de cardinal à l’habit d’homme laïc

César Borgia mariage
Mariage de César Borgia et Charlotte d’Albret dans la série « Les Borgia »
©theborgiawiki

Heureusement pour lui, Giovanni est retrouvé mort en 1497 : il a été poignardé puis jeté dans le Tibre. Hasard ou coïncidence ? Il se murmure à l’époque que c’est César qui a tué son propre frère à cause d’une querelle amoureuse visant Sancha, la femme de Gioffre, (le dernier enfant de la famille Borgia), avec qui les deux frères avaient une liaison. 

On ne saura jamais si cette rumeur est vraie, toujours est-il que son frère étant mort, César peut désormais choisir son destin : le 6 septembre 1497, il demande à redevenir un laïc, c’est-à-dire à quitter ses fonctions ecclésiastiques pour revenir à la vie normale, faisant de lui un des premiers légats du Pape au monde à abandonner sa cape de cardinale. Sa démission est acceptée par son père Alexandre VI, mais aussi par les cardinaux. Libéré, César n’attend pas et se rend en France rencontrer Louis XII qui veut s’allier avec les armées du Pape contre le puissant duc de Milan, Ludovic Sforza.

Le roi de France, en échange de ce service, le nomme duc de Valentinois, un nom qu’il laissera à la postérité (il sera nommé toute sa vie « le valentinois »). Pour achever son nouveau départ dans la vie laïc, César se marie avec Charlotte d’Albret, la sœur du roi de Navarre Jean III, le 12 mai 1499. Le couple n’aura qu’un enfant, Louise de Valentinois, née l’année suivante. 

César Borgia : une ascension fulgurante 

César Borgia Campagnes
Carte des différentes provinces d’Italie au XVème siècle. La Romagne est entourée en rouge
©Euratlas

César Borgia connaît, grâce à ses succès militaires, une ascension fulgurante. Après avoir gagné sa campagne contre Ludovic Sforza, le duc de Milan, il chevauche à côté du roi de France Louis XII lorsque celui-ci entre dans la ville. Mais ce n’est pas suffisant pour César qui a une ambition extravagante : il veut diriger un état, en devenir le Prince et son choix se porte sur la Romagne. Problème : il est divisé en provinces dirigées chacune par des seigneurs de petite envergure. Il n’y a pas matière à arrêter César pour autant, il se construit une véritable armée composée de soldats français prêtés par Louis XII, mais aussi de mercenaires sanguinaires, qu’il paie à crédit grâce à un emprunt auprès de la ville de Milan.

Aidé de son père Alexandre VI, qui déclare nuls les pouvoirs détenus par les seigneurs des cités de Camerino, Pesaro, Forli, Imola, et bien d’autres, César marche à la tête d’une armée de 16 000 hommes et envahit ces cités. Il triomphe notamment de Caterina Sforza, qui dirige les villes fortifiées de Forli et Imola.

Lorsque César foule sur son cheval les pavés de Rome le 26 février 1500, il est accueilli en triomphe par toute la ville. Son père lui fait même ériger tout au long de son parcours des chars romains, qui rappellent les retours de Jules César après ses campagnes dans la Rome Antique.

Un mois plus tard, le 29 mars 1500, le pape Alexandre VI le nomme général en chef des armées papales et gonfalonier (chef du gouvernement). Cela ne suffit pas à étancher sa soif de pouvoir : il décide de retourner en Romagne et conquiert tout à tour les villes de Pesaro, Pandolfaccio, Malatesta et Rimini. En mai 1501, Alexandre VI le déclare duc de Romagne : César a réussi. 

César Borgia : une chute vertigineuse

Sépulture de César Borgia
Sépulture de César Borgia à Viana
©Scoopnest

Le problème avec la personnalité de César, c’est qu’il eut toujours plus. Une fois la Romagne conquise à sang et à cris, cela ne lui suffit pas : il décide de s’attaquer à la Toscane, un nouvel objectif qui causera sa perte. 

La mort d’Alexandre VI, un revers dont César Borgia ne se remettra pas

Jean III de Navarre
Portait de Jean III de Navarre

César lance auprès des cardinaux puissants l’idée d’une invasion de la Toscane pour récolter de l’argent. L’idée plaît et tous se retrouvent avec le Pape pour en discuter, à un banquet chez Adriano di Castello, un nouveau prélat tout juste paré de la cape de Cardinal. Ce dîner vire au drame : la plupart des invités se plaignent de douleurs, convulsent, vomissent, dont le Pape Alexandre VI qui meurt huit jours plus tard.

Malade lui aussi, César en réchappe miraculeusement et envoie son homme de main piller les caisses du Vatican pour pouvoir tout de même entreprendre la conquête de la Toscane sans l’appui des cardinaux et du nouveau Pape, Pie III. C’est peine perdue : la Romagne a entamé une révolte, Pie III meurt rapidement et Jules II, le nouveau Pape, est un fervent ennemi des Borgia.

Alors qu’il se rend sur ses terres de Romagne pour mettre fin à une énième révolte, César Borgia est pris dans une embuscade et fait prisonnier. Jules II accepte de le faire libérer à condition de le déposséder de tous ses biens, ce que César accepte. Au début de l’année 1504, César a pour projet de rejoindre Naples, mais est une nouvelle fois capturé par Gonazalve de Cordoue, un proche du roi d’Espagne, ennemi de la France de Louis XII et de Cesare. Il est emprisonné en Espagne, s’échappe et parvient à rejoindre la Navarre, tenue par son beau-frère Jean III de Navarre, qui lui confie la gestion de ses armées.

Lors d’une énième campagne, trois ans plus tard, pour le compte de Jean III à Viana, César est pris dans une embuscade et tué, le 12 mars 1507, alors qu’il n’a que 31 ans

“Le prince” : maigre empreinte laissée à la postérité 

Le Prince Machiavel
Le Prince, Livre de Machiavel
© Rue des Archives / PVDE

S’il est une chose que l’histoire a quelque peu oubliée, c’est la relation qu’entretenaient César Borgia et Machiavel, célèbre humaniste florentin, qui se serait inspiré du Valentinois pour écrire son livre “Le Prince”. Dans ce livre, et notamment son chapitre 7, Machiavel y dépeint un César malin, agile, très intelligent et le hisse même en modèle pour tout homme d’État. Il dit même de lui : “je ne saurais proposer à un prince nouveau de meilleurs préceptes que l’exemple de ses actions

Machiavel explique que la chute de César n’est pas de son fait, mais la somme d’éléments extérieurs et de malchance. Certains autres humanistes ont dénoncé cet hommage de Machiavel à César, estimant que c’était une admiration pure et simple pour la violence.



Ainsi, s’il n’a pas vécu longtemps, César Borgia a su sortir de l’ombre de son père, le controversé Alexandre VI, pour se forger une aura de chef de guerre intelligent, courageux et rusé. On peut néanmoins retenir qu’il doit peut-être sa perte à son ambition débordante (sa devise n’est autre que « soit empereur ou rien ») et au climat instable et sanglant qui régnait pendant les guerres d’Italie. Si vous voulez en savoir plus sur lui, je vous conseille la série “Les Borgia” sortie il y a quelques années, et qui relate de manière assez fidèle la vie de la famille Borgia et notamment de César.

Sources :

– https://www.lepoint.fr/dossiers/hors-series/maitres-penseurs/cet-ami-qui-vous-veut-du-bien/machiavel-la-verite-du-prince-30-01-2020-2360486_4104.php#11
– https://www.herodote.net/Cesar_Borgia_un_prince_devore_par_la_jalousie-synthese-1820.php
– https://www.universalis.fr/encyclopedie/cesar-borgia/
– https://unsouffledhistoires.com/2020/02/21/cesar-borgia-monstre-ou-prince-de-la-renaissance/
– https://www.curieuseshistoires.net/dossier-borgia-alexandre-vi-pape-de-exces-de-vices/
– https://www.universalis.fr/encyclopedie/rodrigo-alexandre-vi/