Néfertiti
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Néfertiti, portrait d’une icône de l’Égypte Antique

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Dans les annales de l’histoire égyptienne, un nom brille plus que les autres : celui de Néfertiti. Cette reine légendaire de l’Égypte Antique a captivé l’imagination des chercheurs, des historiens et des amateurs d’art depuis sa redécouverte au début du XXe siècle. Néfertiti, dont le nom signifie “la belle est venue”, incarne la grâce, le mystère, la puissance et les fastes d’une époque révolue. Qui était Néfertiti ? Quel était son rôle dans la société égyptienne ? Quelle était la véritable nature de son héritage ? Je vais tenter de démêler pour vous son histoire fascinante, en explorant ses réalisations, son rôle en tant que reine et son impact sur l’art et la religion de l’Égypte ancienne. 

La redécouverte de son buste signe la fin de trois millénaires dans l’obscurité 

Néfertiti a passé quelque 3000 ans dans l’oubli avant que son buste ne soit découvert par Ludwig Borchardt, un archéologue à Amarna. Néfertiti, tel un trésor dissimulé dans les replis du temps, a vogué dans l’océan de l’oubli, un ballet silencieux qui a duré près de trois millénaires. Les échos de sa grandeur passée se sont estompés, cachant son existence même aux regards curieux du monde.

La trouvaille inestimable de Ludwig Borchardt

Ludwig Borchardt dans ses fouilles d'Amarna
Ludwig Borchardt dans ses fouilles d’Amarna
©university of Freiburg photoarchives

Le 6 décembre 1912, le monde est en émoi : un archéologue allemand du nom de Ludwig Borchardt découvre, alors qu’il fait des fouilles avec son équipe à Amarna, un buste vieux de 3000 ans dans l’atelier d’un sculpteur de la cour égyptienne. Ce buste est, comme il le dira lui-même, d’une conservation et d’une beauté incroyable. Il relate d’ailleurs dans son journal les caractères exceptionnels de ce buste : ses couleurs n’ont presque pas bougé et l’expression du visage donne l’impression que Néfertiti est vivante.

Les déclarations que l’on a toujours entendues sur la beauté et l’incroyable allure de Néfertiti semblent ainsi être corroborées par la découverte de son buste, qui l’élève sans nul doute au rang d’icône de beauté.

Néfertiti : le souffle intemporel de la beauté

Néfertiti buste
Le buste de Néfertiti retrouvé à Amarna
©MARKUS SCHREIBER AP

Le nom même de Néfertiti, qui signifie “ la belle est venue”, illustre sa splendide beauté. Néfertiti, bien avant Cléopâtre et Diane de Poitiers, avait quelques techniques pour rester belle le plus longtemps possible.

Son visage était en effet marqué par une jeunesse éclatante qu’elle a conservée, selon les historiens, jusqu’à sa mort. Pour ce faire, elle utilisait entre autres l’aloe vera et le beurre de karité. L’aloe vera était vue comme la plante de l’immortalité par les Égyptiens : Néfertiti l’utilisait pour prendre son bain, car elle pensait que le jus extrait de la plante avait des vertus hydratantes et anti-rides. Elle attribuait également au beurre de karité des qualités nutritives et rajeunissantes.

L’énigme de Néfertiti : les mystères d’une figure iconique

Une généalogie trouble

Néfertiti et Amenhotep III
Buste d’Amenhotep III, le supposé père de Néfertiti
©tripsinegypt

Néfertiti est née vers 1370 avant JC. On raconte qu’elle serait la fille du futur pharaon Aÿ ou encore d’Amenhotep III. Mais dans aucun hiéroglyphes retrouvé, Néfertiti ne se vante d’être fille de pharaon (ce qu’était pourtant Amenhotep III lorsqu’elle naît).

D’autres historiens et égyptologues avancent une autre théorie : elle pourrait être une fille d’une branche annexe au pharaon, plus précisément une nièce de Tiyi Ire, qui n’était autre que l’épouse d’Amenhotep III. Mais l’hypothèse la plus couramment admise est que sa mère était Iuy, la première épouse d’Aÿ. Cette même Iuy serait morte peu de temps après la naissance de Néfertiti et la jeune nouveau-née aurait ainsi été élevée à Akhmîm, une ancienne capitale située sur la rive orientale du Nil, par une nourrice, Tiyi II, la nouvelle épouse d’Aÿ. 

Si vous êtes perdus dans tous ces noms et titres, ne vous inquiétez pas : la généalogie égyptienne a la particularité d’être très complexe et la consanguinité était très présente en Égypte antique, ce qui rend très compliqué le travail des égyptologues et le peu de sources dont on dispose sur Néfertiti accroît également les incertitudes autour de sa vie.

Le Mariage Royal : Néfertiti et Akhenaton, une alliance Divine

Buste d'Akhenaton
Buste d’Akhenaton
©Rena Effendi

Néfertiti a épousé Amenhotep IV, fils d’Amenhotep III (qui pourrait également être son père si vous avez suivi). Amenhotep IV a succédé à son père alors qu’il approchait de ses trente ans, mais ce n’est que quatre ans plus tard que Néfertiti est devenue grande épouse royale.

Après cinq années au pouvoir, le pharaon Amenhotep IV change de nom et prend celui d’Akhenaton (je vous le traduis : « celui qui est bénéfique à Aton »). Néfertiti profite d’un statut qu’aucune autre femme n’a connu dans l’histoire égyptienne. Elle est énormément représentée grâce à des statues et des peintures sur de nombreux bâtiments. Elle est, selon l’égyptologue Kara Cooney, une « prêtresse en chef et muse idéologique ».

Suite aux divers changements religieux dans l’ensemble du royaume, elle se voit attribuer le nouveau nom de Neferneferuaten Néfertiti. Ce nom la reflète parfaitement bien, car il signifie « beauté parfaite pour Aton, la belle est venue ». Akhenaton a fait de Néfertiti son égal, fait très rare pour une époque où l’on attendait uniquement des femmes qu’elles mettent au monde des enfants. Il lui accorde plus d’honneurs qu’aucune autre reine avant elle et lui dédie même un temple. Leur première fille, Mérytaton, est née au début de leur mariage et cinq sœurs suivront. 

Néfertiti, reine parmi les reines

Néfertiti et son influence majeure sur le règne de son époux

Ruines d'Amarna Néfertiti
Ruines d’Amarna
©explorator

L’alliance entre Akhenaton et Néfertiti a marqué une série grandes réformes et de grands changements en Égypte, notamment la création d’une nouvelle capitale. L’ancienne capitale se trouvait à Thèbes (actuelle Louxor), ce qui ne plaisait pas à Akhenaton, qui voulait rompre avec la foi polythéiste. Dans le but de créer un ordre nouveau, Akhenaton s’est installé dans un autre territoire, 400 kilomètres au nord de Thèbes, en Moyenne-Égypte, sur les rives orientales du Nil. Là, il a créé une capitale à son nom, Akhetaten (actuellement appelée Amarna, là où a été trouvé le buste de Néfertiti), qui sera le centre du nouveau système qu’il veut même en place : le monothéisme.

L’art égyptien change également sous l’influence de Néfertiti : les lignes rigides et droites des peintures et sculptures d’autrefois sont fluidifiées, deviennent plus proches de la réalité. Akhenaton et Néfertiti sont représentés différemment de leurs ancêtres. Sur les statues et bas-reliefs à leur effigie, leurs lèvres sont pulpeuses, leur visage et leur nez plus longs, leur corps allongé et Néfertiti est représentée avec des formes plus généreuses.

La Chute Mystérieuse de Néfertiti, éclipse d’une Reine

Cette période de faste et de réformes ne va pas durer. En 1349 avant JC, la construction de cette nouvelle capitale engendre de nombreux problèmes. C’est un projet trop important et hors de prix qui coûte aux égyptiens : il engendre plus de taxe et des pertes humaines effroyables. L’Égypte est plongée dans une confusion religieuse : polythéiste depuis des siècles, il lui faut désormais abandonner ses anciens dieux égyptiens pour une nouvelle religion monothéiste imposée par Akhenaton. La colère du peuple atteint à ce moment-là son paroxysme.

Enfin, Akhenaton semble se lasser de sa femme sans qu’aucune source historique ne parvienne à déterminer pourquoi. On sait seulement qu’à partir de 1336 avant JC, c’est leur fille Merytaton qui remplace Néfertiti dans les apparitions royales. Elle finit par subir une damnatio memoriae (qui signifie damnation de la mémoire) : son visage représenté sur les reliefs de l’empire est martelé et remplacé par celui de Merytaton, pour que son existence soit effacée de la postérité.

On suppose qu’elle est morte violemment, mais impossible de savoir comment, ni quand, et chaque découverte archéologique amène une hypothèse différente. 

A-t-on découvert la momie de Néfertiti ? 

la vallée des rois à Louxor
La vallée des roi à Louxor
©Kenneth Garrett

Le 9 juin 2003, une égyptologue anglaise, Joann Fletcher, affirme qu’une des momies découvertes en 1898 dans une tombe de la fameuse vallée des Rois en Égypte serait celle de la reine Néfertiti. La momie est en très mauvais état, mais d’après Joann Fletcher, la position du corps indique bien qu’il s’agit d’un personnage royal, sans que la spécialiste puisse assurer de source sûre qu’il s’agit bien de Néfertiti.

A contrario, Zahi Hawass, ancien directeur de l’ESCA (le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes), est d’un autre avis : il estime que les preuves sont totalement insuffisantes pour attester que la momie est bien celle de Néfertiti, d’autant que le corps n’a pas été retrouvé à Amarna, la capitale d’Akhenaton.

Néfertiti demeure ainsi une figure extraordinaire de l’Histoire égyptienne, dont l’héritage continue de fasciner et d’inspirer, mais son histoire reste un des mystères les mieux gardés de l’Égypte Antique. Reine d’une beauté d’une grâce inégalée, elle a été bien plus qu’un simple visage sculpté dans la pierre. Néfertiti a joué un rôle clé dans la transformation politique, artistique et religieuse de l’Égypte.