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Le Brame du cerf à Chambord : féérie d’un autre temps

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C’est l’automne, les feuilles commencent à devenir orange et tomber, le ciel est gris, les jours raccourcissent et vous avez le cafard. Mais ne vous inquiétez pas, nous avons l’activité qui va vous faire aimer la pénombre et l’humidité de cette saison. Au cœur de la majestueuse forêt domaniale du château de Chambord, située dans la région du Centre-Val de Loire, se déroule chaque année un spectacle naturel à couper le souffle : le Brame du cerf. Ce phénomène, marqué par le rugissement puissant des cerfs mâles pendant la période du rut, est un événement incontournable pour les amoureux de la nature et les passionnés de faune sauvage. Mais quel est le rapport avec le patrimoine me direz-vous ? Et bien partez pour une bonne balade en forêt mêlant charme de la vieille pierre, rois des Hommes et rois des animaux, et vous aurez votre réponse.

Le Brame du Cerf, quésaco ?

Le Brame du cerf est une manifestation typique du comportement reproducteur des cervidés, principalement les cerfs (Cervus elaphus) en Europe. Il se produit habituellement à la fin de l’été et au début de l’automne, généralement de septembre à octobre. Pendant cette période, les cerfs entrent en compétition pour attirer les biches, afin de s’accoupler. Le Brame du cerf est essentiellement une démonstration de force et de virilité. Les cerfs émettent des vocalisations profondes et puissantes, souvent décrites comme des rugissements, pour annoncer leur présence et intimider leurs rivaux. Ces vocalisations peuvent être entendues sur de longues distances et sont un moyen de délimiter les territoires et de signaler la dominance.

Outre son attrait esthétique, le Brame du cerf joue un rôle crucial dans l’écosystème des régions forestières d’Europe. Les rugissements des cerfs contribuent à maintenir l’équilibre des populations de cerfs et de la végétation forestière. En effet, en régulant les effectifs de cerfs par la compétition pour les femelles, le brame influence la densité de cerfs dans une région.

Le Brame du cerf a également un impact sur la biodiversité de la forêt. En modifiant les comportements de pâturage et de déplacement des cerfs, il peut influencer la croissance des plantes, les espèces qui se nourrissent des déchets organiques des cerfs, et même les prédateurs qui se nourrissent de ces herbivores.

Le rôle du Brame du cerf au château de Chambord

La forêt de Chambord, située dans le parc du château de Chambord, est un endroit privilégié pour observer le Brame du cerf en France. Elle offre un environnement naturel préservé et des conditions idéales pour ce spectacle unique. Les vastes étendues boisées, les clairières et les points d’eau de la forêt créent un habitat idéal pour la faune, y compris les cerfs. Mais quelles sont les raisons exactes qui font que ce château de Chambord semble si propice à l’installation de cette faune ?

Un mur d’enceinte pour étreindre la nature

La féérie artificielle de la Chasse Royale

Pour comprendre cela, il nous faut remonter un peu dans le temps et connaître l’histoire du château de Chambord. En 1981, le domaine national de Chambord est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, pour la protection et la préservation du patrimoine culturel et naturel du site. Il est, dès lors, considéré comme ayant une valeur exceptionnelle pour l’humanité. Fait rare puisqu’il n’y a que quelques sites de la liste qui remplissent ces deux critères.

Effectivement, le domaine abrite un château royal, mais également le cerf qui a toujours subsisté en nombre à travers les siècles sur le site. S’il n’était pas présent au XVIème siècle, François Ier n’aurait certainement pas choisi ce lieu d’ailleurs. Aujourd’hui, les cerfs sont préservés en grand nombre pour faciliter les observations par le public et les captures au filet (panneautages). C’est cette exceptionnelle richesse naturelle, la bonne maîtrise des populations et les moyens humains déployés pour la gestion du site qui font de Chambord un pôle d’excellence pour la connaissance de la faune.

L’histoire de ce site incroyable débute en 1519, avec un palais qui surgit au cœur des terres marécageuses de Sologne. C’est François Ier, tout jeune roi de France, qui en ordonne la construction. Au XVIIIe s. le comte de Chambord ouvre officiellement le château au public avant que le château et le parc deviennent propriétés de l’Etat à partir de 1930.

Mais ce qui fait le lien majeur entre le cerf et le château de Chambord au fil de son histoire c’est le mur d’enceinte, long de 32 km, qui clôt le domaine et la forêt sur tout son pourtour en faisant ainsi la plus grande forêt close d’Europe. Le massif forestier de Boulogne sur lequel est situé le domaine national de Chambord était propriété des comtes de Blois au Moyen Âge, puis domaine royal à partir de 1498. Il s’étendait au Moyen Âge de Mont-près-Chambord à l’Ouest aux environs de la Ferté-Saint-Cyr à l’Est. Sa limite Nord était sensiblement parallèle au Cosson, tout en étant distante de la rivière et, au Sud, la limite du massif se rapprochait du cours du Beuvron. En 1523, le parc du château de Chambord fut délimité à l’intérieur de cet espace sur l’initiative de François Ier. Durant sa jeunesse, François Ier s’est probablement exercé à la chasse dans les forêts de Sologne, lors de ses séjours à Romorantin ou à Blois. Aussi, en 1515, quand il devint roi de France, il décida de bâtir son château dans un vaste parc, au sein du massif forestier de Boulogne et sur des terres agricoles au nord du Cosson. Il allait ainsi pouvoir assouvir sa passion de la chasse.

Dans le même temps, que le lancement des travaux de construction du château de Chambord, François Ier acquit les terres agricoles jouxtant le massif forestier de Boulogne au Nord du Cosson, pour constituer le parc. Plus de 2 500 ha de terres agricoles seront ainsi annexés. Cette surface comprenait principalement des terres cultivées, quelques bosquets, et, vraisemblablement, des landes qui nourrissaient les moutons des paysans des environs. En 1645, Gaston d’Orléans augmente la superficie du domaine et fait achever la construction de son mur d’enceinte. La surface du domaine national de Chambord atteint alors sa superficie actuelle : 5 433 ha.

Une féérie de chasse devenue une aubaine pour le tourisme culturel de Chambord

Commencé vers 1542, le mur d’enceinte du domaine national de Chambord fait 32 km de long. Les travaux de construction sont longs et pourtant, ils semblent ne pas avoir été interrompus après la mort de François Ier : des factures de 1556 attestent qu’Henri II, son fils, donna l’ordre aux riverains de continuer les travaux en son absence. Ce mur de 2,50 m de hauteur moyenne repose sur des fondations de 70 cm de profondeur. Il est constitué de petites pierres sèches de calcaire de Beauce. Des portes furent percées pour faciliter les déplacements. En 1549, elles étaient au nombre de trois et furent maintes fois déplacées au fil des siècles. L’édification de ce mur fut mal accueillie par la population locale, comme en témoignent de nombreuses brèches ouvertes dès 1549. On imagine la gêne que pouvait constituer ce « rempart » pour les habitants de la région : ils compliquaient leurs déplacements et empêchaient le braconnage de gibiers dans les forêts. Malgré les sanctions prévues et la surveillance constante de gardes, des brèches n’ont cessé de s’ouvrir pendant de nombreuses années. 

Dès 1542, François Ier créa des capitaineries royales chargées d’assurer très étroitement la garde et conservation des bois, bêtes du parc, pour son plaisir et passe temps de la chasse. Le domaine de Chambord se voit donc affecter un capitaine et trois gardes qui ont autorité sur la chasse et les eaux et forêts du Comté de Blois. Ils conserveront leurs prérogatives sur la forêt et l’exploitation des bois. Les brèches dans le mur d’enceinte devinrent alors moins fréquentes. La capitainerie royale de Chambord disparut en 1777, sous le règne de Louis XVI. Les portes créées dans le mur d’enceinte étaient garnies de portails qui demeuraient par principe fermés la nuit jusqu’au début du XXe siècle. Ils furent ensuite remplacés par des grilles à gibier posées sur la chaussée qui permettent à la fois la circulation des véhicules et empêchent le passage des animaux.

Ce sont donc ces dispositifs qui ont permit d’avoir un microcosme si riche sur le domaine. En effet, les animaux ne peuvent ni sortir ni rentrer dans la forêt. Il est donc garantie au visiteur de voir les cerfs bramer dans la forêt du château de Chambord. Pour finir, le lien entre le cerf et le château de Chambord s’exprime discrètement par l’emblème de François 1er : la salamandre, son animal totem et le cerf son gibier préféré. Ce n’est donc pas pour rien que cette animal est devenu aujourd’hui le roi de la forêt royale et continue de fasciner petit et grand.

Le Brame du cerf à Chambord est donc un événement qui illustre la magnificence de la nature et l’importance de préserver ces moments uniques. Que vous soyez un amateur de vie sauvage, un passionné de photographie ou tout simplement un amoureux de la nature, une visite au château de Chambord pendant la période du brame vous laissera des souvenirs inoubliables de ce phénomène naturel exceptionnel. Cependant, pour protéger cette tradition naturelle et garantir la sécurité des visiteurs, le domaine de Chambord organise des visites guidées spéciales pendant la période du brame. Des guides naturalistes expérimentés conduisent les visiteurs dans des zones spécialement désignées pour observer et écouter le brame. Les passionnés de photographie ont également l’opportunité de capturer ces moments uniques dans la beauté sauvage de Chambord depuis des cabanes d’observations disséminées un peu partout dans le parc.

Sources :

La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) : https://www.lpo.fr/que-faisons-nous/protection-des-especes/especes-forestieres/brame-du-cerf
Le Domaine national de Chambord : https://www.chambord.org/le-brame-du-cerf/
La Chasse en France : https://lachasseenfrance.com/brame-du-cerf-pourquoi-les-cerfs-brament-ils/



Image principal : ©Domaine national de Chambord.