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Il est un personnage historique quelque peu oublié qui, ces derniers temps, connaît une popularité fulgurante grâce à un livre et une série Netflix : vous voyez de qui je parle ? De la reine Charlotte bien évidemment, popularisée ces derniers mois par la réalisatrice Shonda Rhimes sur Netflix, dans un préquel de la série mondialement connue “ Les chroniques de Bridgerton”. Si Shonda fait d’elle une reine courageuse, qui sait ce qu’elle veut et qui affronte les difficultés de la vie avec philosophie, notamment la folie de son mari, qu’en est-il réellement ? Carnet d’Histoire démêle pour vous réalité et fiction et vous raconte l’histoire de la reine Charlotte.
Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, mieux connue sous le nom de reine Charlotte, est née le 19 mai 1744 dans le duché de Mecklembourg-Sterlitz, une petite contrée située au sud-est de l’Allemagne. Elle est la deuxième fille du duc Charles Ier de Mecklembourg-Strelitz et de sa femme, Élisabeth-Albertine de Saxe-Hildburghausen, qui ont donné naissance à six enfants en tout (deux filles et quatre garçons).
Pour une femme qui prétend épouser Georges III, souverain de l’Angleterre, un des États les plus puissants de l’époque, sa généalogie est bien moins prestigieuse que d’autres princesses royales. Aucun de ses ancêtres jusqu’à la génération de ses arrière-arrière-arrière-grands-parents n’avaient de rang royal.
La série de Netflix sur sa vie suggère que Charlotte est noire, ce qui a fait grand bruit lors de sa sortie le 4 mai 2023. C’est en réalité une liberté prise par Shonda Rhimes sur l’histoire, bien que depuis très longtemps, les historiens s’interrogent pour savoir si les liens généalogiques de Charlotte de Mecklembourg-Strelitz avec l’aristocratie portugaise signifient qu’elle avait la peau foncée : représenter Charlotte avec une peau claire aurait été un moyen de respecter les critères de beauté de l’époque. Bien qu’il soit difficile de distinguer quelle est réellement sa couleur de peau sur les tableaux et portraits d’elle qui nous sont parvenus.
Pour l’historienne Kate Williams, interrogée par le fameux journal anglais « The Guardian » en 2009, les neuf générations qui séparent la reine Charlotte et un ancêtre africain présumé ne permettent pas la conservation d’un teint plus foncé : Kate Williams affirme donc que Charlotte de Mecklembourg-Strelitz ne pouvait qu’avoir la peau blanche. Cependant, il est aujourd’hui impossible de savoir à quoi la reine ressemblait vraiment et ce débat sur ses liens ancestraux et sa couleur de peau ne pourront jamais réellement être tranché : chacun est donc libre d’élaborer sa propre opinion et ses propres théories sur le sujet.
En 1760, à la mort de son grand-père, Georges III devient roi d’Angleterre et il lui faut absolument trouver une épouse pour assurer la pérennité de la couronne d’Angleterre. Ses conseillers se mettent alors désespérément en quête d’une princesse protestante (le pays est de religion anglicane depuis Henri VIII ) pour l’épouser et lui donner un héritier. Bien qu’inconnue en Europe, c’est Charlotte de Macklembourg-Strelitz qui est choisie, car les conseillers du roi y voient là un moyen d’étendre les relations du royaume britannique, déjà bien grand.
Le frère de Charlotte, Adolphe-Frédéric IV de Mecklembourg-Strelitz et sa mère, ont négocié activement pour que ce mariage ait lieu, car c’était pour eux l’occasion de former une alliance très prestigieuse et de mettre en lumière leur petit duché aux yeux de toute l’Europe. Charlotte a alors 16 ans et est considérée comme une jeune femme charmante et belle, ce qui ajoute un sacré argument dans la balance : le roi George aime les belles femmes et cela laisse présager la naissance de beaux enfants royaux.
C’est ainsi qu’en 1761, alors que Georges III n’a encore jamais rencontré Charlotte, un émissaire du roi la demande en mariage en son nom : c’est ce que l’on appelle une demande par procuration, ce qui était très courant à l’époque. Bien qu’elle ne parle pas la langue de son nouveau pays, le mariage arrangé a lieu six heures après que Charlotte ait posé le pied sur le sol anglais : elle devient ainsi reine de Grande-Bretagne et d’Irlande et il lui faut tout apprendre : codes, coutumes, étiquette, langue, mode du pays…
La vie à la Cour est très difficile pour la nouvelle reine, qui a de très mauvaises relations avec sa belle-mère Augusta de Saxe-Gotha-Altenbourg, comme cela est assez bien relaté dans la série de Netflix. On prête à Augusta un caractère dur et sournois, ce qui était vraisemblablement le cas. À l’époque, elle est très amie avec John Stuart, le comte de Bute, un non moins odieux personnage qui a une grande influence sur elle et elle souffre d’une hostilité générale du peuple.
La reine Charlotte s’écharpe avec sa belle-mère au sujet des règles de l’aristocratie britannique, très contraignantes : Augusta veille au grain à ce que Charlotte applique tous ces codes à la lettre et insiste pour qu’elle fasse de nombreux enfants, ce qui épuise la nouvelle reine.
Si le mariage entre Georges et Charlotte de Mecklembourg-Strelitz est un mariage arrangé, il semble pourtant que les deux époux s’entendent au départ à merveille. Ils partagent leur amour de la musique, mais aussi de la botanique (le roi était bien surnommé « Farmer George », comme cela est bien montré dans la série de Shonda Rhimes). Le couple est très heureux : le roi est un époux attentionné et aimant qui va même jusqu’à offrir un domaine à son épouse, la “Buckingham house” qui deviendra plus tard le fameux “Buckingham Palace”.
Moins d’un an après leur mariage, ils accueillent un premier enfant : 14 autres suivront et seulement Octavius et Alfred n’atteindront pas l’âge adulte. Voici la liste (dans l’ordre de naissance) de leurs enfants :
Si tout semble parfait pour le couple, un évènement vient assombrir le tableau : le roi George est malade. Il souffre d’épisodes de grandes douleurs, mais aussi de convulsions, de dépression, d’hallucinations et d’étranges manies, allant jusqu’à faire des avances sexuelles à ses serviteurs, accuser sa femme d’adultère ou encore, s’en prendre physiquement à son fils aîné, le prince de Galles. Ces traits de la maladie de Georges sont assez bien représentés dans la série, quoiqu’un peu édulcorés à mon goût : on y voit bien le roi avoir quelques accès de folie, mais on ne s’étend pas sur toutes les spécificités de sa maladie.
Les premiers symptômes de son trouble apparaissent en 1765, ce qui mène ses ministres à proposer un projet de loi, stipulant que la reine Charlotte serait nommée régente dans le cas où George deviendrait incapable de gouverner. Malheureusement, à la fin des années 1780, sa santé se dégrade et c’est finalement le prince de Galles, fils aîné de George et Charlotte qui monte sur le trône en 1811 en qualité de régent.
Encore aujourd’hui, on ignore ce dont a souffert Georges III, bien que deux théories soient avancées : un trouble sanguin génétique appelé porphyrie ou, selon des analyses plus récentes, un trouble bipolaire.
Comme relaté plus haut, la reine Charlotte et Georges avaient deux points communs : un amour profond pour la musique et pour la botanique. Charlotte a eu la chance d’être élève du grand Johan Christian Bach ( à ne pas confondre avec Jean-Sébastien Bach qui était son père ) et décide de le financer. Elle a également connu Mozart, alors âgé de huit ans. Celui-ci lui dédie même six sonates pour clavecin à sa demande.
Le couple royal aide également d’autres artistes comme l’ébéniste William Vile, l’orfèvre Thomas Heming, le paysagiste Capability Brown. Si vous aimez l’histoire de l’art, vous pourrez aussi remarquer que de nombreux portraits du roi, de la reine et de leurs enfants sont exécutés par le peintre allemand Johann Zoffany, un autre protégé de leurs majestés.
La reine ne s’arrête pas là et fonde aussi des orphelinats et un hôpital pour les futures mères : ses nombreuses grossesses sont à l’origine de cette démarche, elle souhaitait que les femmes puissent accoucher de leur enfant sereinement et non dans la rue ou seule chez elles. L’éducation féminine a également une grande importance pour elle et elle fait en sorte que ses filles soient mieux instruites qu’il n’était d’usage pour les jeunes femmes de l’époque.
La reine Charlotte est dévastée par les accès de colère et de dépression de son mari. Elle continue de s’en occuper fidèlement, même si elle prend soin de ne jamais être seule avec lui, car faute d’être soigné convenablement, ses épisodes de crises réapparaissent très souvent. Le peu de connaissance sur les maladies mentales de l’époque empêche quiconque d’aider le roi, et il finit par vivre reclus. En 1789, les cheveux Charlotte deviennent complètement blancs, à cause du stress causé par cette maladie.
Elle s’éteint à 74 ans d’une pneumonie le 17 novembre 1818 dans la Dutch House (actuel Kew Palace). Le roi George est tellement malade qu’il ne comprend alors même pas que sa femme est morte. Il meurt deux ans plus tard, reclus et seul.
Ainsi, la reine Charlotte, bien que quelque peu oubliée par les historiens, vit un juste retour en grâce : c’était une femme brillante, une mécène et une épouse aimante qui a beaucoup fait pour les femmes en Angleterre. Si le livre de Julia Quinn et la série de Shonda Rhimes sont en grande partie de la fiction, ils permettent tout de même de lui rendre un bel hommage.
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