Personnages historiques

Catherine de Médicis : femme d’exception, entre pouvoir et dévouement 

Née princesse florentine, Catherine de Médicis n’était pas destinée à jouer un rôle central dans l’Histoire de France, ni à devenir une figure féminine incontournable de la Renaissance. Devenue reine de France puis régente, conformément aux prédictions de Nostradamus, elle a marqué le XVIe siècle en traversant les tumultes des guerres de Religion, les complots de cour, et en posant les bases d’un rayonnement culturel durable. Femme de pouvoir au coeur d’une époque dominée par les hommes, elle a donné trois rois à la France, tout en essayant de maintenir une monarchie forte et unifiée dans la continuité de François Ier.

Vivant dans les plus beaux châteaux de la Loire, de Chambord à Blois, Catherine de Médicis a également nourri une légende noire, alimentant fantasmes et controverses depuis plus de 400 ans. À la fois actrice majeure de la Renaissance et fondatrice de la “Raison d’État”, son héritage continue d’imprégner l’Histoire nationale, malgré la misogynie et les drames qui ont jalonné son règne. Découvrez la vie extraordinaire d’une femme que l’Histoire a trop longtemps mise de côté. 

Aux origines de Catherine de Médicis

Caterina de Medici

Catherine de Médicis voit le jour le 13 avril 1519, à 7 heures du matin, dans le palais de la Via Larga à Florence. Cette année-là est aussi marquée par la mort de Léonard de Vinci et l’élection de Charles Quint à la tête du Saint-Empire romain germanique. À sa naissance, Catherine porte en réalité le nom de Caterina de’ Medici, identité alors profondément ancrée dans l’Histoire de Florence et de l’Italie.

D’origine roturière, les Médicis ont bâti leur renommée et leur pouvoir grâce à une richesse colossale amassée dans le secteur bancaire. Leur fortune leur a permis d’exercer une autorité considérable sur Florence, d’abord en tant que mécènes, à travers le financement d’artistes comme Botticelli, Michel-Ange ou Léonard de Vinci. Ce mécénat, combiné à une certaine habileté en stratégie politique, leur a ouvert les portes de la noblesse, conférant un duché et une reconnaissance officielle à l’une des dynasties les plus influentes de la Renaissance. 

La montée en puissance des Médicis ne s’arrête pas là : trois papes sont issus de cette famille, avantages qui assurent à Catherine de Médicis de naître sous une bonne étoile. Forts d’une richesse écrasante et d’une influence papale, les Médicis règnent presque sans partage sur Florence, faisant de la cité l’un des centres névralgiques de la Renaissance italienne et de son rayonnement international.  

À Rome, les dérives de la chrétienté

Matrice de sceau des indulgences, XVe siècle. © RMN

Catherine de Médicis perd tragiquement ses deux parents quelques semaines seulement après sa naissance, emportés coup sur coup par une maladie. Fille de Laurent II de Médicis et arrière-petite-fille du célèbre Laurent le Magnifique, elle est issue d’une lignée prestigieuse. La jeune fille hérite aussi de gênes de noblesse par sa mère, Madeleine de La Tour d’Auvergne, et le sang de Saint-Louis coule dans les veines de la Florentine par sa grand-mère maternelle, Jeanne de Bourbon.

Désormais orpheline, Catherine de Médicis est envoyée à Rome sous la protection de Léon X, lui aussi Médicis et pensionnaire au Saint-Siège. Si certains redoutent pour elle un séjour austère, la réalité se révèle tout autre. Sous le pontificat de Léon X, Rome est une ville en effervescence, où les artistes foisonnent et où les fêtes somptueuses rivalisent d’extravagance avec les orgies. La petite Catherine est accueillie avec un faste digne de son rang dans la cité des papes, et comblée de présents. Parmi eux, un somptueux lit de parade, orné d’écailles, de nacres et de pierres précieuses, chef-d’œuvre de l’artisanat italien ayant traversé les Alpes pour l’occasion.

Mais il semble légitime de se demander pourquoi une ville si pieuse que Rome pouvait être en proie aux vices. À l’époque, ce paradoxe trouve sa réponse dans le système des indulgences, largement répandu et toléré. Ce dispositif permettait aux chrétiens les plus aisés d’obtenir, moyennant finance, une absolution de leurs péchés et une promesse de salut éternel. En d’autres termes, la fortune devenait un moyen d’acheter son billet pour le paradis directement auprès de l’Église. Ce mécanisme, bien que controversé, rassurait les croyants tout en offrant aux habitants de Rome une certaine liberté de mœurs, délivrés de la culpabilité des passions terrestres. Par ailleurs, les indulgences représentaient une source de revenus colossale pour le Vatican, permettant notamment de financer des projets monumentaux tels que la construction de la basilique Saint-Pierre, et de sa coupole dessinée par Michel-Ange.

Cette pratique de débauche et de marchandage finit par être violemment dénoncée par un certain Martin Luther, moine allemand qui s’érige contre la papauté. Son opposition déclenche une querelle théologique et politique d’une ampleur inédite, annonçant la fracture au sein de la chrétienté. Catherine de Médicis assiste aux premières loges de cette rébellion, mais ces premiers bouleversements religieux ne sont qu’un avant-goût des conflits qui ponctueront sa vie. Dès son plus jeune âge, elle est témoin des tensions croissantes entre foi et pouvoir, un mélange explosif qui façonnera sa vision du monde, mais aussi son rôle futur au cœur des tourments religieux de l’Europe. 

Florence est mise à mal

Giorgio Vasari, Le Siège de Florence de 1530, 1558, Palazzo Vecchio.

Mais le séjour est de courte durée, puisque Catherine de Médicis est renvoyée à Florence à l’âge de 4 ans. À son retour, elle retrouve la ville en pagaille. Les républicains rêvent de chasser les Médicis, cette famille un peu trop omniprésente en Italie. En 1523, un Médicis qui est encore élu pape, Clément VII, cette fois-ci l’oncle de Catherine de Médicis. Depuis Rome, il garde la mainmise sur Florence, mais les Florentins profitent de l’invasion de Charles Quint pour se débarrasser des Médicis. On tente de réfugier la jeune Catherine dans la villa de famille à Caiano, mais très vite les chefs des partis populaires y envoient des hommes armés pour enlever la princesse florentine et l’emmener au couvent de Sainte-Lucie.

Les héritiers sont chassés et une nouvelle République est proclamée. Les républicains menacent même d’abuser de Catherine de Médicis et de la placer en appât sous les canons ennemis. Elle forge dès lors son caractère de fer et subit déjà, à 8 ans, la menace des hommes de pouvoir sur une femme. Catherine de Médicis est déplacée au couvent de Sainte-Catherine de Sienne, où la peste ne tarde pas à arriver. On est alors forcé de la transférer au couvent des Bénédictines des Murates. Les murs y sont encore plus épais, et la menace extérieure gronde, lorsque les opposants viennent détruire à coup de marteau les statues des papes Médicis dans les chapelles. Catherine de Médicis se retrouve globalement emprisonnée et bloquée ; et à peine sortie de l’enfance, elle a déjà compris pas mal d’enjeux sur la politique, notamment qu’avoir le pouvoir est une chose, mais encore faut-il le garder.

La République ne fait pas long feu et tombe en 1530, après un siège acharné de 11 mois. Au mois de janvier de la même année, François Ier demande à faire venir Catherine de Médicis en France pour la présenter à son fils, mais sa requête est refusée. Le duc d’Albanie essaie en parallèle de mettre la main sur la princesse florentine, incitant alors le roi de France à accélérer ses manœuvres. Il fait dépêcher deux émissaires, Nicolas Raince et Gramont, afin d’entrer dans les bonnes grâces du pape. Dans un coup audacieux, Catherine de Médicis parvient à s’échapper du couvent où elle est retenue. Pour tromper la vigilance de ses geôliers, elle tond ses cheveux et réussit à se faire passer pour une nonne.

Après la reconquête de Florence par les Médicis, Catherine rejoint son oncle, le pape Clément VII, à Rome. Sa Sainteté nourrit de grandes ambitions pour sa nièce, désormais âgée de 11 ans et considérée comme un excellent parti. Les prétendants se bousculent aux portes du Vatican, chacun espérant s’allier à la puissante famille Médicis. Cependant, c’est François Ier qui parvient à tirer son épingle du jeu. Grâce à son habileté diplomatique, il obtient la promesse de mariage entre Catherine de Médicis et son fils cadet Henri. Confiant, dans la solidité de cette alliance stratégique, le roi de France se félicite d’avoir renforcé son influence en Italie tout en scellant l’union de deux grandes dynasties.

Catherine de Médicis épousera Henri II

Une union stratégique et déterminante

François Clouet, Portrait d’Henri d’Orléans, fils de François Ier, futur roi Henri II et époux de Catherine de Médicis, 1559, château de Versailles.

À cette époque, deux grandes puissances guerroient pour le contrôle de l’Europe. D’un côté, Charles Quint, maître d’un vaste empire englobant l’Allemagne, le Bénélux et une partie de l’Espagne, règne sur le Saint-Empire romain germanique des Habsbourg. D’un autre, François Ier, roi de France, dont le royaume correspond plus ou moins au territoire actuel. Alliée du pape, la France s’oppose directement aux ambitions de Charles Quint, et nourrit la rivalité qui anime ces deux royaumes.  En 1527, cet antagonisme culmine dans l’événement du Sac de Rome, où l’Italie encore morcelée devient le théâtre d’une discorde. Le chaos va gagner Florence, qui se retrouve prise en étau entre les puissances en conflit. Désormais, l’Italie est placée sous la domination du Saint-Empire romain germanique.

La rivalité acharnée entre Charles Quint et François Ier plonge la France dans une double nécessité : renflouer ses caisses vidées par les conflits, et renforcer ses liens diplomatiques avec le pape. Quelques années auparavant, François Ier avait instauré l’Église gallicane, un compromis religieux propre au royaume de France. Ce système maintenait le pays dans le giron du catholicisme tout en réduisant considérablement l’influence directe du pape sur les affaires françaises. Face à cette situation, l’objectif de François Ier devient clair : sceller une alliance politique stratégique avec le Vatican pour garantir la pérennité du catholicisme sur le territoire français tout en consolidant son pouvoir face à Charles Quint.

Au-delà de vouloir maintenir l’hégémonie royale, il faut aussi rappeler qu’à l’époque, les mariages ne sont guère des unions dictées par l’amour, mais bien des contrats arrangés à des fins politiques. Ces alliances matrimoniales servent de levier pour renforcer les relations entre royaumes, gagner en influence, ou consolider des revendications territoriales. C’est également pour cette raison que les membres de l’aristocratie voyagent fréquemment de cour en cour, chaque déplacement étant une opportunité d’établir ou de renforcer des liens stratégiques. Les unions entre princes et princesses, ducs et duchesses, ne sont pas seulement des événements mondains, mais des instruments essentiels dans une société où le titre et l’héritage définissent l’ensemble des privilèges et du pouvoir. 

François Ier, bien qu’ayant une préférence marquée pour son fils aîné, envisage un avenir stratégique pour son cadet, Henri d’Orléans. Ce n’est pas son préféré, mais le roi de France voit en lui une opportunité politique et propose de le marier à Catherine de Médicis. Pour le royaume de France, cette union représente une aubaine considérable. Catherine de Médicis est attendue avec 100 000 écus d’or et 30 000 écus de bijoux ; et en plus de cela, représente pour François Ier l’opportunité d’une assise en Toscane. De plus, les liens étroits de sa famille avec la papauté renforcent l’intérêt de cette alliance. Ces fiançailles, résolument stratégiques, ne laissent guère de place à la volonté de Catherine de Médicis, et ses intérêts personnels sont éclipsés par les ambitions politiques de ceux qui l’entourent. 

Un mariage aux promesses non tenues

Francesco Bianchi Bonavita, Mariage de Catherine de Médicis et Henri II à Marseille, 1627. © Sotheby’s / akg-images

Coup de théâtre : François Ier ne récoltera finalement aucun des avantages attendus de ce mariage. À peine un an après l’union entre Henri d’Orléans et Catherine de Médicis, le pape Clément VII s’éteint, laissant place à son successeur, Paul III. Ce dernier rompt sans hésitation le traité conclu avec la France et refuse de verser la dot promise. Pour le roi de France, c’est une véritable douche froide. Désabusé, François Ier aurait même déclaré avec amertume : “J’ai eu la fille toute nue.” À la cour, l’arrivée imminente de Catherine de Médicis est accueillie avec froideur et déception. Les Capétiens de vieille souche et leur noblesse ancestrale ne manquent pas de railler les Médicis, qu’ils considèrent comme de simples banquiers parvenus de Florence. Ainsi, cette alliance, pensée comme un coup de maître diplomatique, commence sous de bien sombres auspices pour François Ier et sa cour. 

En 1533, Catherine de Médicis, âgée de 14 ans, rencontre enfin son futur époux, du même âge. Ce dernier a, lui aussi, connu une enfance marquée par l’enfermement : après une défaite contre Charles Quint, son père avait accepté de livrer ses fils en otage pour garantir un traité. Ainsi, de ses 8 à 12 ans, le futur Henri II fut retenu captif sous le Saint-Empire germanique. Cette expérience ne suffit cependant pas à créer un lien entre les deux jeunes promis, qui semblent dépourvus de toute affinité. Quoi qu’il en soit, leur union est célébrée à Marseille le 28 octobre de la même année. En épousant Henri d’Orléans, Catherine de Médicis, issue de la puissante famille florentine, intègre la dynastie des Valois, qu’elle s’apprête à servir avec dévouement tout au long de sa vie.

Catherine de Médicis fait son entrée à la cour de France

Premiers pas tumultueux

François Clouet, Miniature de Catherine de Médicis, vers 1555, Victoria and Albert museum.

Cette alliance sonne officiellement l’entrée de Catherine de Médicis à la cour de France, mais son arrivée est loin de faire l’unanimité. Déjà perçue comme une roturière, elle devient rapidement la cible des moqueries des aristocrates, qui dénoncent l’intégration d’une femme issue de la bourgeoisie marchande dans la famille royale. À l’époque, ce n’est pas tant une question de richesse qu’une affaire de rang : l’absence de “sang bleu” de Catherine de Médicis est un affront pour une noblesse attachée à ses privilèges. 

Son accent italien, qui trahit des difficultés à s’exprimer dans un français impeccable, ne joue pas non plus en sa faveur. Dès son arrivée, on lui attribue les stéréotypes associés aux Florentins : une réputation de vice, de ruse et de manigances. Les courtisans ne se privent pas de lui infliger des moqueries acerbes et des commentaires déplacés, particulièrement sur son apparence physique. Catherine de Médicis n’est pas un canon de beauté pour la Renaissance, et la cour, tout comme son époux, ne manque pas de le souligner. Décrite comme petite, maigre, avec des cheveux noirs clairsemés, un nez proéminent et des yeux globuleux gris, Catherine de Médicis est jugée sévèrement par son entourage. Pourtant, malgré ce déferlement de critiques et d’humiliations, elle s’apprête à jouer un rôle majeur dans l’Histoire de France, prouvant que son influence ira bien au-delà des apparences. 

Son époux, Henri, accorde peu d’attention à Catherine de Médicis, qu’il ne trouve ni séduisante ni intéressante. Son cœur et son intérêt se tournent entièrement vers Diane de Poitiers, sa maîtresse et mentor, de 15 ans son aînée. Diane, future rivale de Catherine de Médicis, occupe une place centrale dans la vie d’Henri II depuis son adolescence.

Fait intrigant, les deux femmes partagent une ascendance commune, descendant toutes les deux de la famille de la Tour d’Auvergne. Ironiquement, c’est même Diane de Poitiers qui joue un rôle dans l’arrivée de Catherine de Médicis à la cour de France, convainquant François Ier de cette union avec la nièce du pape. Néanmoins, si l’une détient le titre d’épouse d’Henri II, l’autre en possède le cœur. Investie en tant que maîtresse officielle, Diane de Poitiers consolide sa position en affirmant qu’il est préférable que son amant soit marié à une “vilaine banquière” qu’à une princesse dotée d’une beauté remarquable, et qui aurait pu menacer son influence. 

À son arrivée en France, Catherine de Médicis fait face à un véritable choc culturel. Habituée au strict protocole de Florence, elle découvre avec stupeur l’atmosphère décontractée et animée de la cour française, notamment dans les couloirs du château de Chambord. Les nobles déambulent librement, cherchant à obtenir les faveurs du roi, sans respecter l’étiquette rigoureuse qu’elle connaissait. Chambord, loin de ressembler à un palais ordonné, s’apparente davantage à un hôtel de luxe où chaque chambre, identique aux autres, est simplement numérotée sans personne pour vous annoncer. Cette absence de formalité et de structure désoriente Catherine de Médicis, marquant une nouvelle étape dans son difficile acclimatement à la vie de cour. 

Catherine de Médicis, la protégée de François Ier

Jean Clouet, Portrait Équestre de François Ier, XVIème siècle, musée du Louvre.

Si Catherine de Médicis peine à s’attirer la sympathie de la cour et de son mari, la femme du dauphin n’est pas en reste et trouve rapidement ses repères en France en observant attentivement son souverain, François Ier. Ce dernier, fasciné par la culture italienne, voit en elle bien plus qu’une simple alliance matrimoniale. Grand admirateur de l’Italie, François Ier avait déjà marqué son règne en invitant Léonard de Vinci à la cour et en lui confiant des projets ambitieux, comme la conception du château de Chambord (malheureusement inachevé de son vivant). Dans ce contexte d’échanges culturels, il prend Catherine de Médicis sous son aile et reconnaît rapidement sa valeur.

Si elle n’a pas encore l’aura de son illustre famille, à la finesse des traits, Catherine de Médicis oppose celle de l’esprit. Révélant une maturité surprenante pour son âge, François Ier n’est finalement pas si mécontent de son choix. Lui qui avait déjà fait venir Léonard de Vinci et ses chefs-d’œuvre, il offre désormais à la France une Florentine avec un atout redoutable : la négociation

Au-delà de son engagement pour le mécénat et la promotion des arts, François Ier joue un rôle déterminant dans l’unification du royaume de France. Sa vision d’un État centralisé se concrétise par l’instauration de plusieurs réformes majeures : la limitation progressive du pouvoir des seigneurs (malgré le maintien du système féodal), l’adoption de l’édit de Villers-Cotterêts en 1539 imposant la langue française comme langue administrative sur tout le territoire a également favorisé l’unification de la France. Ces mesures régaliennes, qui assoient l’autorité de la monarchie et les jettent les bases d’un État unifié, suscitent l’attention de Catherine de Médicis. La jeune Florentine, fascinée par les rouages du pouvoir et l’ampleur de ces transformations, en tire de précieuses leçons qui marqueront sa propre vision du gouvernement et de l’exercice de l’autorité.

François Ier devient bien plus qu’un simple mentor politique pour Catherine de Médicis : il est aussi son guide dans les arts équestres, et la chasse n’a plus de secrets pour lui. À ses côtés, elle apprend l’équitation et participe à de longues parties de chasse, une passion que le roi cultive avec ferveur. Au pavillon de Chambord, la collection impressionnante de rapaces confère ses airs de noblesse aux lieux, tandis que Catherine de Médicis nourrit un véritable goût pour la chasse à courre. Se distinguant ainsi de Diane de Poitiers, qui ne pratique pas la chasse, Catherine de Médicis y trouve également un moyen d’expérimenter l’art de la stratégie, une compétence qu’elle adaptera plus tard à la sphère politique.

La Florentine introduit en France la monte en amazone et la culotte chevalière, bien plus pratiques pour galoper dans les vastes forêts de Fontainebleau. Les escapades ne se limitent pas à quelques heures, mais s’étendent sur 4, 5, voire 10 jours !

Pour François Ier, la chasse est aussi un moyen de briller à la cour et de plaire aux dames; son véritable talent réside dans sa diplomatie et finesse politique, la renommée n’est plus à refaire, tant en France qu’en Europe. Sous sa tutelle, Catherine de Médicis s’initie aux subtilités de l’intrigue politique et aux négociations en matière de relations internationales. Bien qu’elle ne soit alors que l’épouse du deuxième dauphin, sans prétention immédiate au pouvoir, elle profite de ses journées solitaires dans la vallée de la Loire pour parfaire son éducation. Ce savoir, acquis à l’ombre de la cour et dans l’éloignement des ragots, devient un atout inestimable lorsqu’elle se retrouve bientôt au cœur des affaires du royaume. 

Affirmer sa légitimité : l’enjeu de l’héritier

Pierre-Charles Comte, Jeanne d’Albret accompagnée de son fils Henri de Navarre et Marguerite de Valois achetant des gants empoisonnés au parfumeur de Catherine de Médicis, 1552-1558, collection privée.

Le premier dauphin, François de France, n’ira pas jusqu’à la couronne et meurt en 1536, son destin tragique changeant à jamais le cours de l’Histoire. Après une partie de jeu de paume, il se délecte d’un verre d’eau glacée qui lui sera fatal. Sa mort brutale élèvent rapidement des soupçons et alimente les rumeurs les plus sombres. Catherine de Médicis, déjà affublée de la réputation d’empoisonneuse, se retrouve au centre des accusations. Certains insinuent qu’elle aurait orchestré l’assassinat du dauphin pour rapprocher son époux, Henri II, du trône. Les preuves avancées à l’époque semblent nourrir cette théorie : l’homme ayant servi le verre au dauphin était italien, et les Florentins jouissaient d’un sombre narratif pour leur maîtrise du poison. 

De surcroît, Catherine de Médicis avait emmené avec elle de Florence son parfumeur personnel, René Bianchi, dont les expérimentations alchimiques étaient jugées suspectes. Ces éléments, bien qu’anecdotiques, trouvent un écho retentissant dans les pamphlets de l’époque, qui décrivent une femme dangereusement calculatrice. Cette légende noire s’inscrit durablement dans l’imaginaire collectif, particulièrement au château de Blois, où le bureau personnel de Catherine de Médicis sera surnommé “le cabinet des poisons”. 

10 ans après la mort du dauphin François de France, un nouveau chapitre s’ouvre pour Catherine de Médicis. En 1547, François Ier s’éteint des suites d’une infection, laissant le trône à son fils cadet, Henri II. Ce dernier devient roi de France et Catherine de Médicis, son épouse, accède au statut de reine. Avec cette élévation viennent des responsabilités bien définies, notamment celle, primordiale, de donner un héritier à la couronne. 

Cependant, le couple royal peine à remplir cette mission, alimentant rapidement de nouvelles rumeurs et critiques à la cour. Les murmures se font de plus en plus incisifs : on accuse ouvertement Catherine de Médicis d’être “improductive”, un défaut impardonnable pour une reine. Sous la pression croissante, le couple consulte des médecins. Le diagnostic est alors posé : Henri souffre d’une malformation, tandis que Catherine de Médicis présente un utérus rétroversé, conditions qui compliquent une grossesse. Ces difficultés, bien que médicalement explicables, n’éteignent pas les ragots et les intrigues de la cour, où chaque faiblesse perçue devient une arme politique. 

Catherine de Médicis, astrologie et légende noire

Une fascination pour les arts divinatoires

Dessin du talisman présumé de Catherine de Médicis.

Face à l’inefficacité des conseils médico-pratiques à adopter dans le lit conjugal, Catherine de Médicis décide d’explorer d’autres voies pour concevoir un héritier. Déterminée à accomplir son rôle de reine, elle se tourne vers les astres, embrassant pleinement son intérêt pour l’ésotérisme et l’astrologie, disciplines considérées à l’époque comme des sciences respectables. Déjà fascinée par les mystères célestes, Catherine de Médicis consulte régulièrement des astrologues pour prédire l’avenir de sa famille et de son royaume. Elle s’entoure à la cour des célèbres Ruggieri et Nostradamus, dont les prédictions renforcent son intérêt pour l’influence des astres sur les destinées humaines. 

La Florentine grandit dans un environnement profondément marqué par l’intérêt pour les arts occultes et la fascination des astres. Petite, Catherine de Médicis a pu vivre au cœur de cet univers et a croisé un bon nombre de praticiens et savants. Dans sa vie d’adulte, son esprit curieux la pousse à s’interroger davantage sur ces domaines. En bonne croyante, elle sollicite parfois directement les membres de l’Église pour concilier sa foi et son attrait pour ces pratiques. Cependant, la divination, bien qu’omniprésente à l’époque, reste en tension avec la doctrine catholique qui impose une confiance totale en la volonté divine. Si l’astrologie est tolérée comme une science, elle doit être abordée avec prudence et discernement, puisque l’Église ne peut cautionner des prédictions qui semblent supplanter la main de Dieu. 

À la cour, Catherine de Médicis transforme cette fascination en une source d’inspiration pour les somptueuses fêtes qu’elle organise, intégrant des thèmes astrologiques qui émerveillent les nobles et solidifient l’image d’une reine cultivée et esthète. Parallèlement, elle nourrit un intérêt marqué pour la magie et l’alchimie, des disciplines qui lui attirent autant d’admirateurs que de détracteurs. Certains de ses réfractaires vont jusqu’à l’accuser de sorcellerie et continuent d’alimenter les rumeurs autour de son personnage. Pourtant, les historiens n’ont jamais trouvé de traces écrites attestant d’une quelconque pratique de la magie noire par Catherine de Médicis. Si elle récitait parfois des incantations tenant fermement le talisman autour de son cou, priant qu’on lui accorde la force et tenir son époux écarté des influences d’une rivale étrangère, la future reine garde une conviction inébranlable : la destinée de chacun est écrite d’avance. 

Mauvais augure pour les Valois

Alfred Johannot, Henri II, roi de France, Catherine de Médicis et leurs enfants, 1,75 x 1,29 cm, huile sur toile, 1835, musée du Louvre.

On raconte que c’est par les astres que Catherine de Médicis a su le funeste destin de son mari Henri II, et le futur couronnement de ses trois fils. Lors d’une séance de cristallomancie avec son voyant Ruggieri, Catherine de Médicis aurait vu dans un miroir le portrait de ses enfants, chacun faisant un tour de la pièce pour une année de règne. Après les 14 tours de Charles IX et les 15 d’Henri III, Catherine de Médicis s’attendait à voir une image familière dans la lignée de ses enfants. Cependant, il n’en est rien, et une silhouette encore méconnue apparaît sur la glace : celle d’Henri IV, futur roi de France et précurseur des Bourbons, scellant ainsi le déclin imminent de la dynastie Valois

Michel de Notre-Dame, connu sous Nostradamus, aurait prédit la crise politique et la menace pesant sur la stabilité du royaume, dans une vision prophétique où se mêlaient mort prématurée et renouveau après de dures épreuves. Bien qu’il ait souvent été considéré comme un fou, le génie de l’astrologue est remarqué, et ses prédictions dictées avec des vers cryptiques fascinent. Ce style poétique singulier, à la fois obscur et captivant, a contribué à forger sa renommée. Nostradamus reste volontairement énigmatique, convaincu que les vérités universelles qu’il dévoilait ne pouvaient être accessibles à n’importe qui. Ses prophéties, parfois avérées lorsqu’il mentionne déjà Neptune et sa découverte alors que la planète est encore méconnue, sont considérées comme des avertissements plutôt que des certitudes. 

Pour Catherine de Médicis, les astrologues sont les seuls à proposer une vision globale et ordonnée du monde. Ces “scientifiques des astres” jouent un rôle clé dans les cercles du pouvoir et influencent décisions et stratégies. Ruggieri, un des astrologues attitrés de la reine, avait pour missions de dévoiler chaque matin ses augures et de lui indiquer si la journée allait être favorable. Pour l’anecdote, Catherine de Médicis n’a pas été la seule personne de pouvoir en France à avoir recours à l’astrologie : Charlemagne, Louis XIV et même plus tard Mitterrand s’en remettront au ciel. 

Quoiqu’il en soit, le 29 janvier 1544, Catherine de Médicis donne enfin naissance à son premier fils, le futur François II. Ça y est, sa légitimité est assurée ; et ce premier enfant inaugure une décennie marquée par une succession de grossesses. Après 10 ans d’infertilité entre ses 14 à 24 ans, Catherine de Médicis mettra au monde pas moins de 10 chérubins, dont 3 futurs rois de France, et 2 reines. Les héritiers de la dynastie Valois grandiront pour la plupart au château d’Amboise, transformé en véritable nurserie royale où la supposée relève du royaume se prépare à prendre place sur la scène politique. 

Catherine de Médicis, reine de France

La rivale, Diane de Poitiers

François Clouet, Portrait de Diane de Poitiers, rivale de Catherine de Médicis, 1550, château de Versailles.

Après la mort de François Ier en 1547, Catherine de Médicis revêt la couronne de France à 28 ans aux côtés d’Henri II. A priori, tout va bien, mais le roi continue d’être dans les jupons de Diane de Poitiers. Avec toutes les simagrées de Chambord et de ses chambres, Catherine de Médicis se retrouve au milieu de ce qu’on appelle la “Cour des Dames”. La résidence de Chaumont-sur-Loire ne tarde pas non plus à prendre le nom de “Château des Dames”. 

Le quotidien de Catherine de Médicis en tant que femme et épouse n’est pas des plus réjouissants, puisque son mari est acoquiné avec Diane de Poitiers, et cette dernière s’immisce aussi dans la vie de la reine. Elle s’occupe et élève les enfants de Catherine de Médicis, ce qui reste plus ou moins humiliant même si Diane de Poitiers passe cette appropriation sous le couvert du soutien. Catherine de Médicis écrivait de multiples lettres à ses enfants, et en commandait des portraits à outrance. C’est une reine, mais elle n’en reste pas moins une mamma italienne, certes un peu étouffante, mais terriblement aimante. 

Si Diane de Poitiers prend en charge les enfants de son amant, c’est aussi parce qu’elle a su gagner le cœur et la confiance du roi déjà bien des années auparavant. Elle représente tout ce que la Renaissance attend d’une femme, belle, érudite et sportive, et on disait que l’âge n’avait pas d’emprise sur elle. Celle qui prenait des potions à l’or pour assurer sa beauté éternelle (ironiquement cela causera aussi sa fin), était la préceptrice du jeune Henri II.

En plus des cours de français, elle va lui donner une tout autre éducation, et l’initier à des jeux plus sensuels. Diane de Poitiers exerce réellement le pouvoir à la cour, quasiment comme une reine ; et celle qui occupe les nuits du roi va bientôt lui dicter ce qu’il doit faire pour gérer les clans de noblesse. Catherine de Médicis épie parfois Henri II et sa favorite dans le lit, et déplore la négligence de son époux, déclarant que “Diane et Henri échangeaient des caresses qu’elle-même n’avait jamais connu avec son mari”. 

Diane de Poitiers se fera même remarquer le jour du sacre de Catherine de Médicis, lorsque Henri II poussa la goujaterie au point de déposer la couronne au pied de sa favorite. Dès lors, la maîtresse du roi sera surnommée “la plus que reine” à la cour, et “la putain” dans les lettres de Catherine de Médicis. La nouvelle reine de France décide de ne pas se laisser abattre par ces amours jalouses, et va apprendre à cohabiter avec sa rivale. Elle met son orgueil de côté et, faisant preuve d’un grand sang froid, elle cherche à tirer le meilleur de chaque situation. 

Catherine de Médicis, mécène de la Renaissance et diffuseuse de la culture

Bal à la cour du roi Henri III et de la reine Catherine de Médicis, XVIème siècle.

Puisque Diane de Poitiers influence le roi sur l’oreiller et mène un rôle éducatif à la cour, Catherine de Médicis va s’emparer du pouvoir culturel. Elle va surtout défendre l’éducation des jeunes filles dans la noblesse française, et notamment d’une certaine Mary Stuart. Catherine de Médicis s’inspire de la politique de mécénat italienne qu’elle a connu par ses aïeux à Florence, et va proposer la même chose en France dans divers départements artistiques : l’architecture, le ballet, la cuisine, etc. La nouvelle reine de France ne prend pas en charge la culture seulement pour orner ses journées, mais dans une vraie dimension politique des arts où on utilise les venues culturelles à des fins diplomatiques.

Catherine de Médicis fait fleurir l’art en France et ne prend pas nécessairement des italiens sous sa tutelle, mais plutôt des artistes français qui annoncent les grands noms de la Renaissance. L’Académie de musique et de poésie sera d’ailleurs créée sous son fils Charles IX, Montaigne devient le préféré de la reine, et Ronsard écrit le sonnet de son sacre. 

Catherine de Médicis organise de grandes réceptions à la cour, qui sont l’occasion pour les titrés d’avoir des discussions et des négociations politiques. Les fêtes dans les châteaux de la Loire représentent pour la reine une occasion dans un lieu donné et un divertissement donné de rassembler des factions qui se déchirent. Catherine de Médicis veut mettre catholiques et protestants au diapason et invente ainsi la cohabitation religieuse, ce qui est totalement inouï pour l’époque ! 

Les résidences de la Loire permettent aussi à la famille royale d’en mettre plein les yeux à ses invités. À l’extérieur de Chenonceaux, le jardin de Catherine de Médicis. À l’intérieur, des dressoirs accueillent des pièces d’orfèvrerie et de vaisselle précieuse, au milieu des cabinets de curiosité déjà très en vogue au XVIe siècle. Beaucoup de ces objets ne sont pas fonctionnels, mais ont une fonction d’apparat, mettant en avant toujours un peu plus l’excellence de l’artisanat italien et français.  

Mais Catherine de Médicis a surtout amené la lumière de la Renaissance dans les assiettes françaises. On notera d’ailleurs une tendance à la grossophobie chez les historiens, qui s’adonnent à préciser que la reine de France était ronde. Certes, Catherine de Médicis raffolait du ragoût d’artichauts à la crête de coq, mais elle a surtout importé en France le goût pour les légumes et les sauces : les brocolis, les artichauts, les quenelles de volaille font de l’ombre sur le buffet aux traditionnels petits pois. À la Renaissance, la volaille est d’ailleurs privilégiée, et notamment le faisan, que l’on considère comme l’oiseau volant le plus proche de Dieu. 

Après un dîner copieux, quoi de mieux qu’un dessert ! Les maîtres florentins se distinguent aussi en cuisine par leur maîtrise du sucre, que l’on retrouvait sous forme de pyramide à la cour de Catherine de Médicis, puisqu’un gramme de sucre équivalait à un gramme d’or. Le sucre servait aussi de médicament et Nostradamus en prescrivait, puisqu’au-delà de la voyance, il s’adonnait aussi à la confiserie. Catherine de Médicis ajouta au menu des douceurs la confiture, le nougat, le pain d’épice, les marrons glacés, les macarons et la frangipane, que l’on doit à son fidèle comte Cesare Frangipani. Cerise sur le gâteau, la florentine serait aussi l’importatrice des glaces à l’italienne, ramenées de Chine par Marco Polo deux siècles plus tôt. Une table aussi distinguée requérant des bonnes manières, Catherine de Médicis apporte en France l’usage de la fourchette au retour d’un voyage à Venise. 

Catherine de Médicis prend les rênes du royaume

La mort d’Henri II, le tournant

Édouard Détaille, La mort du roi Henri II au tournoi de l’Hôtel des Tournelles, 1906. © Drouot

Alors qu’Henri II s’en va-t-en guerre contre Charles Quint en 1552, Catherine de Médicis devient régente. Celle qui n’avait que le statut de reine par mariage va prendre un rôle vraiment important à ce moment-là puisqu’elle devient l’adjointe du connétable, soit le commandant des armées, Anne de Montmorency. Cette régence est vraiment temporaire et prend fin au retour du roi, mais Catherine de Médicis met déjà un pied dans la politique. Coup de chance ou début d’une sombre tragédie, le destin de la reine de France est sur le point de basculer, et pour de bon. 

Henri II rentre en France perdant, et le traité de paix qu’il vient de signer doit aussi être assuré diplomatiquement. Afin de renforcer les alliances, Catherine de Médicis et son époux décident de marier leur fille Elisabeth à Philippe II d’Espagne. Les festivités du mariage se tiennent le 10 juillet 1559, et Henri II, confiant et sans doute par excès de virilité, souhaite participer à une joute contre le comte de Montgomery. Dans la tribune, Catherine de Médicis retient son souffle et craint que le tournoi ne vire au cauchemar. Et comme elle le redoutait, le choc est d’une violence inouïe : les chevaux sont renversés et une lance traverse le casque du roi. Henri II perd connaissance, un morceau de bois est entré par son œil et lui a percé le front. Malgré les soins intensifs du chirurgien Ambroise Paré, le souverain s’éteint après 10 jours d’agonie. 

Et si Catherine de Médicis avait des raisons de s’inquiéter, c’est parce que Nostradamus l’avait mise en garde 4 ans auparavant. Dans ses écrits prophétiques, l’astrologue avait noté les vers suivants : 

Le lion jeune le vieux surmontera – En champ bellique par singulier duel, – Dans cage d’or ses yeux lui crèvera, – Deux plaies, puis mourir, mort cruelle.”

Si son voyant acquiert de la notoriété à ce moment-là, Catherine de Médicis se retrouve veuve et reine mère à 40 ans. Sa vie semble finie, mais en réalité, pour elle, tout commence. 

Catherine de Médicis, la reine mère

Catherine de Médicis, 4e quart du XVIème siècle, musée du Louvre.

Le roi est mort, mais fort heureusement sa descendance a été assurée, et c’est François II qui monte sur le trône à l’âge de 15 ans. Époux de Mary Stuart, celle-ci devient plus ou moins reine de France à ce moment-là. La reine d’Écosse se trouve aussi être la filleule du duc de Guise, une famille noble de Lorraine connue pour leur dévotion au catholicisme. Catherine de Médicis doit cohabiter avec la reine des Scots et entretient des rapports compliqués avec sa belle-fille. Celle qui s’établira comme reine martyr et qui deviendra la plus célèbre des brus de Catherine de Médicis a certes passé les plus belles années de sa vie en France, mais ne s’est pas toujours bien entendue avec celle qu’elle surnommait “la marchande florentine”.

Après les défaites essuyées face à l’Espagne, le projet initié par François Ier a du mal à se concrétiser, et la France traverse une période de crise. Les familles de nobles françaises lorgnent sur la couronne et se bousculent aux portes de la Loire. La dynastie des Valois ne va pas très fort non plus puisque c’est un roi tout jeune qui vient de prendre le pouvoir après la fin accidentelle d’Henri II, et on dit de ce fils qu’il n’a pas l’étoffe pour gouverner : François II est un adolescent gringalet et à la santé fragile. Le fils de Catherine de Médicis n’est pas un bellâtre et souffre d’une oreille purulente, qui jouxte un visage couvert d’étranges tâches rouges. Il meurt après seulement un an de règne d’une otite, affaiblissant encore un peu plus l’image des monarques Valois. 

Du temps de François II, Catherine de Médicis traverse les couloirs de Chenonceaux dans ses habits de noir et pleure la mort de son époux. C’est à ce moment-là qu’elle adopte officiellement le statut de “veuve noire”, puisque le seul moyen de continuer à s’affirmer en tant que reine de France, c’est montrer qu’elle continue la politique de son défunt mari, le roi. Elle va également jouer sur son atout de femme, complaisant ses contemporains de faire vivre l’amour plus que la violence de la guerre. En réalité, tout cela représente plutôt une stratégie de propagande politique pour montrer à la cour qu’à priori, Catherine de Médicis est encore la reine.

Néanmoins, à partir du moment où ses fils vont prendre la couronne, Catherine de Médicis va réellement commencer à affirmer son pouvoir. Elle n’a pas le titre de régente, mais dans les faits, elle prend les rênes tandis que les tragédies à répétition amènent des rois de plus en plus jeunes sur le trône de France. En conséquence directe de la mort d’Henri II, Catherine de Médicis gouverne et surtout, elle répudie Diane de Poitiers, qui n’a plus rien à faire à la cour. Au moment du renvoi de la favorite, la reine de France demande d’ailleurs à récupérer le château de Chenonceaux, plus prospère. Cette décision n’est pas tant prise pour des raisons économiques, mais plutôt pour montrer à son ancienne rivale que le pouvoir a changé de mains.

En France, la religion secoue les fondations de la politique

La Réforme se diffuse

Conjuration d’Amboise en 1560, gravure de 1572, château de Versailles. © RMN

Si le fils de Catherine de Médicis a une santé fragile, à l’image du royaume qui bat de l’aile, la Réforme a surtout le vent en poupe. En effet, le XVIe siècle s’impose comme le paroxysme de la Renaissance, mais surtout comme le siècle meurtri par les guerres de Religion ; et les huguenots, protestants réformés, ne vont pas tarder à profiter de l’instabilité du royaume. L’invention de l’imprimerie 200 ans plus tôt a permis la diffusion des écrits de Luther et Calvin en Europe, eux qui s’étaient opposés au Vatican et à ces affaires d’indulgences. Ce nouveau dogme critique l’Église catholique et se répand très vite, incitant une forte partie de la population à se convertir, notamment des familles aristocratiques. Face à une dynastie déjà mise à mal, un nouveau conflit se crée au sein même des français.

Alors que des familles aristocratiques catholiques et protestantes se tirent la bourre pour récupérer le pouvoir, la concurrence religieuse menace la religion gallicane de François Ier. Dans un royaume comme l’Espagne, c’est assez simple puisque tout le monde est catholique et on fait l’inquisition pour supprimer les hérétiques. En Angleterre et en Allemagne, le protestantisme devient majoritaire et les plus grandes fortunes, à l’instar de la couronne, sont réformées. La France fait face à un entre-deux étant donné que 10% de ses 18 millions d’habitants sont protestants. Cette dualité va inaugurer une période de tension qui durera une trentaine d’années, rythmée par des complots entre trois grandes familles : les Montmorency, partagés entre catholique et protestant, mais tendant plutôt vers le protestantisme; les Bourbon dont la grande figure Henri de Navarre s’impose comme chef des protestants ; et les Guise, fervents catholiques. 

À partir de ce moment, Catherine de Médicis a donc deux objectifs : maintenir au pouvoir la dynastie Valois et la religion catholique. Lors du Concile de Trente quelques années auparavant en 1545, la papauté appelait à défendre le dogme catholique face à la poussée protestante, par le décret d’une Contre-Réforme.

Toutefois, cette décision ne sera pas bien écoutée en France, et la stratégie des protestants lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec le roi, c’est de l’éliminer. On note une première tentative d’enlèvement de François II à ses 16 ans, qui résulte déjà en un premier conflit quand les Guise font exécuter une cinquantaine de protestants en représailles. Cet épisode de la Conjuration d’Amboise où les chefs protestants sont pendus au balcon de fer du château d’Amboise a aussi été ordonné par Catherine de Médicis. La reine ne prend aucun plaisir à faire assassiner ces hommes, mais s’y retrouve un peu forcée pour réprimer ses opposants et sans doute par souci de représailles (après tout, ils ont voulu s’en prendre à son fils !). 

Après la mort rapide de François II, le second fils de Catherine de Médicis, Charles IX, n’a que 10 ans seulement quand il arrive au pouvoir. Sa mère prend donc officiellement les rênes en 1560 sous le statut de régente, puisque son fils n’a pas la maturité pour tenir un royaume. Dans la foulée, Catherine de Médicis veut réduire l’influence des Guise, surtout que Mary Stuart n’est désormais plus reine de France, et écarter un peu les Bourbon, afin que ces familles ne se mêlent plus trop aux affaires royales. La régente se fait nommer “Gouvernante de France” ; elle est aux manettes et s’apprête à endosser le rôle de sa vie : maintenir le pouvoir à ses enfants et préserver l’unité du royaume.

Catherine de Médicis et la politique de conciliation

Robert Fleury, Catherine de Médicis au colloque de Poissy en 1561, 1840. © SHPF.

La crise religieuse ne peut en aucun cas prendre la forme d’une dissidence politique ; la religion c’est une chose, mais pas touche au roi ! Faute de pouvoir contrer l’hérésie, Catherine de Médicis va user de sa diplomatie et tenter de trouver un consensus. Elle ne mène pas nécessairement une politique de tolérance, mais plutôt fait preuve de patience et de clémence. Catherine de Médicis reste pragmatique, bien que le pape ne cache pas son mécontentement face à la situation. La régente réfléchit à des alliances et songe à marier son fils François d’Alençon. Outre-Manche, Mary Stuart est en prison et comprend qu’elle ne peut plus rien attendre de la France : Catherine de Médicis ne veut pas ébranler l’échafaudage politique qu’elle est en train de construire pour sauver une catholique déjà condamnée. 

La gouvernante de France s’entoure à la cour de Michel de L’Hospital, un humaniste modéré qui va travailler avec elle et qui a pour habitude de protéger les auteurs de la Pléiade (Joachim du Bellay, Ronsard, Montaigne…). Au colloque de Poissy en 1561, la régente le remarque et fait de Michel de L’Hospital son chancelier. Dès lors, une espèce de couple politique se met en place, où ni l’un ni l’autre ne porte officiellement la couronne, mais gouverne dans les faits. Ensemble, ils prennent les décisions et assurent la protection du roi Charles IX, qui est encore très jeune et manque aussi de se faire enlever par les opposants.

En 1560, Catherine de Médicis et Michel de L’Hospital entame donc une gouvernance basée sur le compromis, en d’autres termes une politique de conciliation. Bien que les médias adorent raconter que la régente était cruelle, responsable des tensions religieuses dans le royaume de France, aujourd’hui, on tente de la réhabiliter. Toute sa vie, et notamment à partir de ces années 1560, Catherine de Médicis mène une politique d’entre-deux qui essaye de tenir à distance les familles aristocratiques en concurrence et maintenir un équilibre au sein du pouvoir royal. 

Pour ce faire, l’édit de Janvier est rédigé en 1562, qui autorise le culte calviniste à l’extérieur des villes fortifiées, et régule ainsi les droits des protestants. C’est là une extraordinaire concession de la reine mère qui est décrétée, 40 ans en avance sur l’édit de Nantes ! Catherine de Médicis va également tout faire pour que l’inquisition n’arrive pas en France, et éviter la même violence qu’en Espagne. Elle n’offre pas la liberté de culte aux protestants puisqu’ils n’ont pas le droit d’édifier des temples ou lieux religieux, mais leur laisse la liberté de croire. Cette politique de conciliation est déjà pour Catherine de Médicis au service de l’intérêt général de l’État, et notamment pour la pérennité de la dynastie Valois.

La France dans le chaos des guerres de religion

Le massacre de Wassy, la bascule

Massacre de Wassy au 1er mars 1562. © Musée International de la Réforme.

En dépit des tentatives de conciliation de Catherine de Médicis, la politique de tolérance va fortement énerver les extrémistes catholiques, et la tension cède en 1562 quand un premier massacre de protestants éclate. À Wassy, en Champagne, non loin de chez les Guise, des protestants se livrent au culte réformé dans une ville fortifiée. Cette entorse à l’édit signé en janvier pousse la famille catholique extrémiste à se rendre sur les lieux pour interrompre le culte, et la situation dégénère. Les Guise exécutent et massacrent une cinquantaine de protestants, et ce premier bain de sang à Wassy marque officiellement le début des guerres de religion.

À ce moment-là, l’armée protestante, qui regroupe notamment des issus germaniques, impose sa violence et s’empare d’un grand nombre de villes importantes comme Lyon, Poitiers ou Rouen. À Orléans, les huguenots enragés vont déterrer les entrailles du fils de Catherine de Médicis, François II, pour les cuisiner aux chiens et faire frire son cœur. 

Entre 1562 et 1570, on comptera en tout 8 guerres, qui à chaque fois ne durent pas si longtemps, mais se résument en épisodes ponctuels des plus violents. Pendant près de 30 ans, une forte instabilité à la fois politique et religieuse affaiblit le pouvoir, résultant en une guerre civile rythmée par de multiples massacres.

En 1563, Catherine de Médicis propose un nouvel édit de tolérance, l’édit de la Paix d’Amboise, afin de tenter d’apaiser les tensions. Il s’agit à la fois d’un édit politique puisqu’il vise à harmoniser l’administration, gérer les finances, et centraliser le pays ; mais Catherine de Médicis a aussi en tête de retenir un peu les Guise en aliénant une partie du clergé. En effet, une partie des biens et moyens des paroisses catholiques est saisie, ce qui va permettre à la reine mère de réduire le pouvoir de l’Église et renflouer les caisses de l’État. Cette décision ne plaît pas vraiment aux catholiques, qui semblent rappeler à la florentine que son oncle est toujours le pape ! 

Le grand tour de France de Charles IX

François Clouet, Catherine de Médicis et ses enfants, 1561, Strawberry Hill House, Londres.

Catherine de Médicis sait que la paix est précaire et se lance en 1564 dans un grand tour de France, aussi en réaction au massacre de Wassy. La reine de France décide donc de partir en vadrouille pour assurer son image aux yeux du peuple, et présenter le dauphin qui vient d’avoir 18 ans, afin de montrer que oui, il y a un roi et qu’il est bien là. Elle prend son fils Charles IX, ses autres enfants et même le petit Henri de Navarre dont elle s’occupe à ce moment-là, et accompagnés de toute la cour, ils parcourent 4000 kilomètres en 2 ans. 

À chaque escale, Catherine de Médicis organise des fêtes somptueuses où, disait-elle, pouvaient se retrouver « huguenots et papistes ». Celle qu’on a dépeinte comme une reine tueuse croit en fait en la politique de l’amour et de la fête, à la réconciliation sur un air un de luth et d’ivresse. Ces rassemblements permettent de maintenir une certaine entente entre les deux clans, mais coûtent aussi beaucoup d’argent. A priori, ce sont les villes qui accueillent la cour et beaucoup se sont endettées, ayant mis quelques années pour s’en remettre. Peu importe réellement, l’objectif reste de présenter le souverain aux seigneurs afin de réconcilier les religions en leur faisant comprendre que tout le monde a le même roi.

C’est aussi l’occasion de rencontrer des souverains étrangers, puisqu’on invite aussi des représentants des royaumes d’à côté. Cette tournée diplomatique initiée par Catherine de Médicis est donc une stratégie « publicitaire » qui permet de légitimer ce jeune petit roi en qui personne ne croit.

Au-delà de la France, c’est aussi en Europe qu’il faut assurer la place du roi de France, et notamment face à la rivalité espagnole qui n’en a pas fini. La différence entre ces deux puissances qui tourne la France à son avantage, c’est que le roi de France est thaumaturge, c’est-à-dire qu’il aurait le pouvoir de guérir par le toucher. Ce don de Dieu attire notamment les malades atteints de la maladie des écrouelles, des sortes de ganglions, qui se pressent en France à l’annonce de la visite d’un roi guérisseur. Charles Quint est certes surpuissant par rapport à ce petit roi de 10 ans à peine, mais le roi d’Espagne, lui, n’est pas thaumaturge. Stratégiquement, Catherine de Médicis décide donc de passer à Bayonne, tout proche du royaume ennemi, où les Espagnols malades passent la frontière pour se faire soigner par Charles IX.

Au-delà de l’anecdote, cette décision est une manière d’affirmer le pouvoir du roi de France même face à la puissance rivale de Charles Quint. C’est aussi une manière de montrer à ce jeune roi qui ne connaît que Saint-Germain-en-Laye à quoi ressemble son royaume de France. Le jeune roi fait un peu de géographie, mais ce projet éducatif lancé par Catherine de Médicis permet d’unifier la France, dans la continuité de François Ier : les Français voient le roi, et le roi voit le territoire des Français. 

Il est intéressant de mentionner aussi que les rois de France étaient beaucoup plus nomades avant la Renaissance. François Ier a certes passé les trois quarts de son temps en dehors de la résidence royale officielle, mais celui-ci ne s’est tout de même établi que principalement dans la Loire, d’un château à l’autre, en fonction du gibier et des saisons. On note donc une tendance à la sédentarisation chez les rois du XVIe siècle, et Catherine de Médicis prend la décision de rompre cette image du roi isolé et enraciné en emmenant son fils dans ce tour de France.

Catherine de Médicis resserre sa politique

Malgré son arrivée en France à l’âge de 14 ans, Catherine de Médicis a tout de même gardé quelques liens avec son Italie natale. La reine lit et s’inspire de son compatriote considéré comme l’un des premiers théoriciens politiques, Machiavel pour mener à bien sa gouvernance. Dans ses écrits, le florentin suggère que le souverain politique doit user de stratégies pour maintenir le pouvoir, et qu’au-delà de la Raison d’État, ce qui compte, c’est de garder le contrôle. C’est d’ailleurs de là que l’on a tiré la célèbre phrase, bien qu’un peu galvaudée aujourd’hui, “La fin justifie les moyens”.

Machiavel a beaucoup inspiré la Renaissance italienne et Catherine de Médicis pour préserver le pouvoir à la dynastie Valois et on note une sorte de schisme dans la politique de la régente à ce moment-là. Jusqu’ici, elle menait une politique de tolérance, pensant qu’il s’agissait de la meilleure manière de maintenir le pouvoir, unifier les royaumes et d’apaiser les tensions ; mais ces premiers massacres religieux changent la donne. 

Trêve de compromis puisque ceux-ci ne semblent plus porter leur fruit, Catherine de Médicis divise ou unifie désormais selon les besoins du royaume, obtenant des accords ou des confidences. Elle crée alors ce qui s’appellera l’“escadron volant”, à un moment de l’Histoire où l’espionnage commence à gagner ses lettres de noblesse. Cette escouade de renseignement est en fait un groupe d’une douzaine de jeunes femmes qui vont mettre leurs charmes à disposition de la reine mère. Mettant en avant leurs charmes, elles furent envoyées séduire des hommes de pouvoir ou des individus suspects, dans le but d’obtenir des informations sur l’oreiller. 

L’étau se resserre en 1567, après 4 ans de paix relative. Le prince de Condé tente d’enlever le roi Charles IX près de Meaux. Y échappant de peu, Catherine de Médicis et son fils se réfugient à Paris. La reine mère est sous le choc, et cette surprise de Meaux se pose comme un coup de poignard à la paix. Michel de l’Hospital, qui n’a pas assuré son rôle, se fait renvoyer ; et la guerre éclate à nouveau avec des moments de furie et d’accalmie, et l’ingérence des puissances étrangères. En 1568, l’édit de Saint-Maur est signé et c’est un pas en arrière pour les protestants lorsque Catherine de Médicis fait interdire le culte réformé partout dans le royaume. Ce chaud-froid attise la rancœur des protestants, et inaugure une troisième guerre de religion qui s’ouvre la même année. 

Le massacre de la Saint-Barthélémy

Marguerite de Valois et Henri de Navarre : le pacte pour la France

Edmond Lechevallier-Chevignard, Le mariage d’Henri de Bourbon, roi de Navarre, et de Marguerite de Valois en la présence de Catherine de Médicis et Charles IX en 1572, 1862, huile sur toile, 151,5×202 cm, collection particulière. ©Bridgeman Images

À force de négociation, la paix de Saint-Germain-en-Laye est signée en août 1570. Pour qu’elle soit cette fois-ci durable, Catherine de Médicis veut sceller cette alliance par un mariage. Elle organise alors l’union de sa fille Marguerite (la future reine Margot), qui est catholique, avec Henri de Navarre, chef protestant. Margot ne veut pas de ce mariage avec ce prétendant, qui, en plus de l’odeur d’ail qu’il dégage, n’est pas le plus grand des gentlemen ; mais elle sait que le repos du royaume en dépend.

Au-delà du dégoût qu’elle éprouve envers ce futur mari, Marguerite en veut aussi beaucoup à sa mère. Elle est la fille rebelle du clan Valois et entretient des rapports conflictuels avec sa reine et mère, dont elle semble être le sacrifice. Marguerite est belle, intelligente, et collectionne les amants sans s’en cacher, ce qui n’est pas vraiment au goût de Catherine de Médicis. Certes, Marguerite de Valois aime sa mère, mais cette enfance compliquée et la protection que la reine accorde à son fils Charles IX chéri alors que celui-ci s’introduit dans le lit de sa sœur, rendent la discussion difficile et installent une relation basée sur la crainte. 

Catherine de Médicis prend en réalité cette décision pour essayer de créer une politique d’adhésion, et tente le tout pour le tout pour maintenir sa famille au pouvoir. Entre amour, passion, haine et trahison, la reine mère mise sur le mariage pour tenir ces familles dangereuses et ses propres enfants à distance, les liant un peu plus sous les couleurs de la France pour éviter que les clans ne s’entretuent. Catherine de Médicis est relativement confiante de son projet et tente aussi de rassurer les puissances étrangères, en écrivant à la reine d’Angleterre le 22 avril 1572 : 

Dieu continuant d’apporter de plus en plus ses grâces et bénédictions en ce royaume, [Il] y a apporté la confirmation et ratification du repos par le mariage conclu et arrêté entre ma très chère fille Marguerite et notre très cher roi de Navarre, dont nous attendons aussi un commun bien et universel, qui nous fait croire et assurer que vous entendrez cette nouvelle avec fort grand plaisir.”

La tentative d’assassinat contre Coligny

Charles IX a, lui aussi, envie d’en finir avec les guerres de Religion, et avec sa mère ils font la paire dans l’organisation des noces. Le mariage se tient sous la chaleur pesante de Paris en plein mois d’août 1572. Globalement, personne n’est content de cet accouplement entre deux clans à couteaux tirés, et l’air devient vite irrespirable, surtout dans une capitale fermement catholique.

Pour ne rien arranger, Charles IX a pris le comte de Coligny, le chef des protestants issu de la famille des Montmorency, comme conseiller. Gaspard de Coligny veut aller au secours des réformés aux Pays-Bas, territoire espagnol à cette époque correspondant plutôt à la Belgique actuelle. Catherine de Médicis n’est pas du tout ravie de la situation puisqu’elle comprend que la France risque d’entrer en conflit avec l’Espagne, et que, le royaume n’ayant aucune chance en cas de nouvelle guerre, il n’est pas à l’ordre du jour de se mettre à dos Charles Quint. Les ambitions du comte de Coligny posant déjà problème, sa nomination et le mécontentement vont ouvrir une série de complots. 

Un coup est monté pour tenter d’assassiner le conseiller protestant en 1572. Il y a là un gros débat historiographique sur l’origine du complot. Pendant de nombreuses années, on accusera Catherine de Médicis mais l’Histoire est aujourd’hui reconsidérée, et il s’agirait plutôt du clan des Guise, catholiques indignés de la présence d’un protestant au cabinet du roi. De plus, il n’aurait pas trop de sens que Catherine de Médicis en soit à l’origine, elle qui de toute façon a toujours préféré le compromis à l’affrontement ; et surtout qui vient d’accorder la main de sa fille à un protestant et ne ruinerait pas tous ses efforts de paix maintenant. Les nouvelles recherches suggèrent donc qu’il faudrait chercher du côté des Guise, surtout que le tireur engagé dans l’attentat se trouvait installé dans une maison qui leur appartient. 

Quoi qu’il en soit, l’assassinat râte pile-poil au moment du mariage, et le comte de Coligny n’est que blessé. Charles IX court rapidement à son chevet pour tenter de calmer la situation et les esprits. Les milliers de protestants qui se sont déplacés à Paris pour l’occasion commencent à perdre patience, et la peur les gagne. Le représentant principal des réformés manque de se faire assassiner, les huguenots réclament justice et sont prêts à se soulever

La nuit du 23 au 24 août 1572

François Dubois, Le Massacre de la Saint-Barthélemy, vers 1572-1584, Huile sur bois de noyer, 93,5 x 154,1 cm1, © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Tout va s’enchaîner dans la nuit du 23 au 24 août 1572. Le roi tient une réunion de crise avec sa mère Catherine de Médicis, son frère, le duc d’Anjou, ainsi que ses plus proches conseillers. La décision est prise : les français vont éliminer les grosses têtes protestantes, en épargnant le sang royal, soit le roi de Navarre et le prince de Condé. La reine prend peur et convainc son fils, sans doute avec l’appui des Guise, qu’il vaut mieux assassiner les figures dirigeantes réformées, avant qu’eux-mêmes ne se fassent tuer. Catherine de Médicis sait que les Valois s’apprêtent à s’attirer les foudres du royaume, mais il faut sauver la peau du roi. Quelques mois plus tard, la reine mère se justifiera dans une lettre à son fils : 

Monsieur mon fils, j’ai vu par la lettre comment les désespérés qui passent par ici, lesquels sont si bien fous et téméraires de dire que vous avez mieux aimé ruiner le royaume de France en vous vengeant de l’amiral que l’augmenter, […] mais tels détestables propos qui se disent et écrivent ne sont que paroles, lesquelles passent comme le vent ; pourvu que le principal est que votre personne soit conservée.

Coligny a été raté, mais tous les protestants de Paris sont en rage, et le pouvoir veut rétablir l’autorité en exécutant les chefs protestants. Malheureusement, cette décision s’apprête à ouvrir une nuit de carnage qui marquera à jamais l’Histoire : la nuit de la Saint-Barthélémy

Le premier sur la liste, c’est bien sûr l’amiral de Coligny, qu’on ne va pas louper deux fois. L’ancien conseiller se fait défenestrer, avant d’être éviscéré, émasculé et décapité dans la cour. Au même instant, on ferme les portes de Paris et on sonne le toxin, pour annoncer l’attaque imminente des chefs protestants. Toutefois, le plan des catholiques ne se passe pas comme prévu lorsqu’une vendetta générale éclate entre papistes et huguenots, de haut rang comme du petit peuple, tous animés d’une hystérie collective. Ce ne sont pas 11 chefs protestants, mais des milliers de réformés qui seront la cible de cette terrible nuit. De la colère et beaucoup de sang ; les huguenots sont traqués comme des rats, jusque dans leur lit.

Le massacre ne dure qu’une nuit à Paris, mais la même chasse sera menée en province, et certains historiens en viennent même à parler de “saison de la Saint-Barthélémy”, qui s’écoula sur deux mois et fit de cet épisode la plus grosse des guerres de religion.

Catherine de Médicis, coupable idéale

Édouard Debat-Ponsan, Un matin devant la porte du Louvre, 1880, huile sur toile, 318x400cm, Musée du Louvre.

Les protestants accusent Catherine de Médicis, mais personne ne sait vraiment qui est à l’origine de cette fureur; en tout cas, le mariage organisé par la famille royale n’était pas un piège. On compte évidemment plusieurs versions des faits, dans lesquelles Catherine de Médicis a forcément joué un rôle, sans pour autant s’attendre à une purge. Elle qui a cherché la paix toute sa vie, elle finira par écrire à l’ambassadeur de Toscane qu’ “il fallait mieux que cela tombât sur eux que sur nous”. Si la politique de tolérance de Catherine de Médicis a échoué, ses enfants Valois sont au moins en vie et toujours au pouvoir. 

Néanmoins, la cour n’échappera pas au jugement, et Charles IX va d’abord se décharger sur les Guise. Deux jours plus tard, devant de le Parlement de Paris, il reconnaît de sa justice souveraine avoir donné des ordres pour prévenir une conspiration qui aurait été orchestrée par Coligny. Échafauder un complot pour excuse, mais surtout assumer pour ne pas se montrer faible ou discrédité ; telle est la leçon de Machiavel : mieux vaut paraître impitoyable plutôt qu’impuissant. Au-delà de cela, Charles IX avait perdu la raison. Devenu hystérique et paranoïaque sur ses dernières années, il reste aux yeux de l’Histoire le bourreau de la Saint-Barthélémy. Catherine de Médicis continuera de défendre son fils, et dans une lettre datée du 2 octobre 1572, elle lui écrit : 

“Envers Dieu, les oraisons ne furent jamais si nécessaires qu’elles sont à présent destinées à ceux qui savent combien votre Majesté est affligée d’avoir vu le roi réduit en telle nécessité qu’il ait été contraint de mettre la main de ses sujets au sang, ce qui n’a deviendra plus jamais, s’il plaît à Dieu.”

L’échec des efforts d’entente

Catherine de Médicis, le bouc émissaire d’une France en crise

La politique de tolérance a échoué et le culte protestant est de nouveau interdit. À ce stade, tout le monde veut la peau de Catherine de Médicis, et pas seulement les protestants. Si le trône est déstabilisé et que les pamphlets huguenots contre la reine mère fusent, les monarchomaques ne sont pas loin derrière. Ces leaders protestants défendent une nouvelle théorie royale, anti-absolutiste, et qui demande un contrat liant le roi à son peuple afin de limiter son pouvoir. C’est une pensée très anglo-saxonne, et qui découle aussi du traitement que l’absolutisme catholique a imposé aux réformés. 

Côté royal, après la Saint-Barthélemy, Charles IX meurt en 1574 et c’est donc le troisième fils de Catherine de Médicis, celui qu’elle appelle “mes yeux” qui va prendre le pouvoir. La reine mère surcouve ce fils favori et lui déclare même “si vous mourrez, j’irai m’enterrer vivante avec vous”. Henri III, connu pour son portrait à la boucle d’oreille et âgé d’une vingtaine d’années, a plutôt la maturité de régner, et Catherine de Médicis se retrouve avec moins de pouvoir entre les mains. L’arrivée d’un nouveau roi, qui plus est homosexuel, fragilise encore un peu plus la dynastie, et agace encore et toujours un peu plus les familles papistes. Les catholiques les plus intraitables vont dès lors se mettre à conspirer sous la bannière du duc de Guise

L’impopulaire Henri III

François Quesnel, Portrait d’Henri III (roi de France), musée du Louvre.

Dans la propre famille de Catherine de Médicis, les tensions commencent à prendre de plus en plus de place. Son autre fils, François d’Alençon, certes vilain et jaloux, mais surtout complotiste, se met à soutenir une autre famille pour tenter de renverser son propre frère Henri III. C’est le fils le plus remuant des Valois, aigri au possible, et qui prend part au petit jeu dans le pouvoir royal où le cadet essaie de faire tomber son aîné, comme Henri III lorsqu’il s’était opposé au pouvoir de Charles IX. 

D’ailleurs Henri III n’a pas trop la cote : il n’a pas d’héritier pour la dynastie, comme en témoignent les cornes d’abondance renversées brodées sur les murs de la chambre de sa femme Louis de Lorrain-Vaudémont ; et préfère la compagnie de ses mignons aux affaires politiques. Certes, il va révolutionner la mode jusque-là assez modérée pour que les riches bourgeois ne se sentent pas trop nobles, en promouvant le luxe et le port des bijoux. Le peuple dédaigne ce roi qui se travestit, qui n’aime ni la chasse, ni les arts de la guerre, et s’enferme dans son bureau pour s’instruire. Ne rendant pas l’image d’un roi vaillant, il peine à se faire accepter et est décrit comme un dégénéré, incapable de gouverner. 

Pour contrebalancer la mauvaise réputation de son fils, Catherine de Médicis repart faire le tour du royaume et fait appliquer les édits de paix. Les français sont de plus en plus difficiles à séduire, et le roi fait preuve d’ingratitude éloignant sa mère du pouvoir. Il répartit les postes dans son entourage et envoie sa mère en missions diplomatiques pour l’éloigner de la cour, en clamant son aide de temps en temps. Son exercice du pouvoir est évidemment différent de celui de ses frères puisque le troisième enfant de Catherine de Médicis est devenu roi à l’âge adulte, et qu’il fut aussi roi de Pologne. Il a donc pris l’habitude de gouverner de loin et sans sa mère, et est en quête d’autonomie

Néanmoins, Catherine de Médicis n’est pas totalement mise de côté. Henri III reste son chouchou, et les deux continuent d’être liés, bien que la reine mère soit en retrait. Ce nouveau roi tente à son tour de créer une bonne entente avec les protestants, au grand mécontentement des catholiques et des Guise ; et à 60 ans, Catherine de Médicis, infatigable, continue d’essayer de réconcilier papistes et huguenots. 

La chute des Valois : la fin d’une dynastie royale

Le glas pour la lignée de François Ier

Tombeau d’Henri II et Catherine de Médicis à la basilique Saint-Denis.

La dynastie Valois n’a plus le vent en poupe. Il faut dire qu’entre complots, incestes et histoires de trahison, la famille se tire la bourre, et ce sous la toile de la reine mère. Catherine de Médicis tente tant bien que mal d’apaiser les tensions avec le Vatican et les catholiques. Depuis la Saint-Barthélémy, elle continue d’écrire des lettres au pape dans lesquelles elle lui rappelle que tout ce qu’elle a fait, elle l’a fait pour la France, pour son fils, et au service de l’Église. Dans une lettre du 4 octobre 1572 adressée au pape Grégoire XIII : 

Votre Sainteté et tous les princes chrétiens ont connu la bonne volonté du roi mon fils, de ses frères, et moi, qui ne désire plus rien sinon voir l’établissement de ce bon commencement, comme je m’en assure par le bon ordre que le roi mon fils y met, non pour servir le contraire, et comme cela a toujours été notre but.” 

Toutefois, ces tentatives ne suffisent pas à convaincre la papauté, et l’Église monte derrière Catherine de Médicis et son fils une sainte ligue catholique, dans laquelle plusieurs familles catholiques se rassemblent pour chasser les protestants de France. La reine et son fils prennent peur, et se demandent maintenant s’il ne faudrait pas plutôt abattre les opposants catholiques à défaut des chefs protestants. 

Henri III, lui, est de plus en plus impopulaire. En 1588, le peuple de Paris se soulève contre lui lors de la Journée des Barricades, et la légende raconte que Catherine de Médicis se serait mise à courir dans les rues de la capitale pour apaiser les tensions. Quoiqu’il en soit, le roi se voit quitter Paris sous la pression des Guise et du peuple. Sa descendance n’est pas assurée et la couronne risque de se retrouver entre les mains d’un huguenot, mais Catherine de Médicis n’aura pas le temps de s’occuper de tout cela. Elle rend les armes et s’éteint de vieillesse à Blois, à²l’âge de 70 ans, épuisée par une vie à gérer les affaires du royaume et les guerres de religion. Une autopsie sera tout de même opérée pour être certain que la florentine ne s’est pas faite empoisonner. 

Après l’épisode des Barricades, Henri III fait assassiner le chef des Guise en 1589 au château de Blois. Une embuscade est montée dans la chambre du duc de Guise, et le catholique se fait cribler de tous les côtés. Henri III déclare que l’homme “est encore plus grand mort que vivant” ; mais aux yeux des autres c’est un crime lâche, indigne d’un roi, qui discrédite officiellement les Valois. Henri III se fera assassiner à son tour seulement 8 mois après la mort de Catherine de Médicis, poignardé par le religieux Jacques Clément. Si François II est décédé prématurément d’une otite, Charles IX mort dans l’hystérie et Henri III assassiné, la tragédie des Valois touche à sa fin. Bien qu’elle les ait chéris et ait fait preuve d’un soutien indéfectible, il semblerait qu’au final, le plus gros échec de Catherine de Médicis eut été ses enfants.

Henri IV, roi de France

Nicolas Baullery, Abjuration d’Henri IV, musée d’Art et d’Histoire de Meudon.

Les Guise ne sont plus de ce monde, Catherine de Médicis et le roi non plus, tout comme les Montmorency et Coligny… Il ne reste donc plus qu’une personne pour occuper le trône de France : Henri de Navarre. Henri III n’a pas eu de descendance et c’est donc le mari de la sœur aînée du souverain qui, selon la loi salique, peut prétendre à la couronne. Son union avec Marguerite de Valois octroie à celui dont Catherine de Médicis a d’ailleurs favorisé l’ascension de récupérer le pouvoir. Cet avènement marque néanmoins un tournant dans l’Histoire, où la France voit arriver un nouveau roi qui n’est pas un Valois, et de surcroît qui n’est pas catholique.

Henri de Navarre, désormais Henri IV, arrive au pouvoir en 1589 mais n’est pas facilement accepté de son peuple, surtout de la ligue catholique qui, en dépit du fait que les Guise ne soient plus là, rejettent toujours autant les réformés. À l’instar de Catherine de Médicis et comme il y avait participé quelques années plus tôt, Henri IV part en tour de France et réussit à reprendre toutes les villes sauf Paris, qui se refuse encore à lui. Il décide en 1593 de se convertir au catholicisme et se justifie par cette célèbre phrase : “Paris vaut bien une messe.” 

Après la mort de Catherine de Médicis, les guerres de Religion n’en ont pas fini et lorsque c’est un roi portestant qui arrive au pouvoir, les français se demandent si les choses ont vraiment évolué. Le 30 avril 1598, Henri IV signe l’édit de Nantes, et autorise aux protestants la liberté de conscience et de culte, bien que le catholicisme reste la religion officielle du royaume. Certes, le nouveau roi de France s’est converti, mais il applique une vraie politique de tolérance, dans la continuité de Catherine de Médicis. Ces décrets permettent aux guerres de Religion de s’arrêter pour une centaine d’années, étant donné que cet édit de Nantes reste en place jusqu’en 1685.

Louis XIV le révoquera avec l’édit de Fontainebleau, qui interdit le culte protestant en France, dans sa vision absolutiste du pouvoir où la religion du roi est aussi celle du peuple. Les protestants gardent le droit de conscience jusqu’en 1789, et retrouvent leur droit de culte au moment de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Catherine de Médicis, victime de la légende noire

Une reine désavouée

Catherine de Médicis a donc beaucoup œuvré pour les Valois, avec plus de 30 ans de longévité au pouvoir plus ou moins officiellement, reine par son mari et régente de trois fils. Assurant l’héritage et la régence en appliquant la stratégie de Machiavel, l’infatigable Catherine de Médicis aura tenu jusqu’à 70 ans, après avoir porté dix enfants et connu cinq rois de France. Ayant fortement contribué au rayonnement de son royaume d’accueil et de cœur, Catherine de Médicis s’établit comme le grand trait d’union du XVIe siècle, malgré beaucoup de conflits et d’incertitudes politiques. 

Mais cette reconnaissance ne vient pas tout de suite. À leur prise de pouvoir, les premiers Bourbon mettent totalement de côté les derniers Valois, afin d’assurer leur propre légitimité. Catherine de Médicis continue d’essuyer le mépris de la plus haute noblesse française même si elle n’est plus de ce monde, affublée de criminelle. L’ancienne reine cristallise la haine nationale, et il est d’autant plus arrangeant de faire porter le chapeau de la Saint-Barthélémy à une femme étrangère.

Elle fut tout de même embaumée ce qui lui a permis d’être exposée pendant une quarantaine de jours, à la demande de sa fille adoptive, la première fille d’Henri II Diane de France, conçue hors de liens du mariage et avec qui elle s’est prise d’une grande affection. Catherine de Médicis reçoit donc un premier enterrement à Blois, avant d’être transférée en 1817 à la basilique Saint-Denis auprès de son mari. Cette disposition tardive permit à son corps de ne pas être déterré par les sans-culottes au moment de la Révolution. 

Catherine de Médicis, entre réalité et fiction

Virna Lisi incarnant Catherine de Médicis dans l’adaptation de La Reine Margot de Patrice Chéreau.

Reprise comme la manipulatrice, reine tueuse et démoniaque, ne jurant que par le poison, la mauvaise réputation de Catherine de Médicis naît aussi de la littérature. Dans son roman La Reine Margot, Alexandre Dumas en fait le portrait d’une femme froide et cruelle, et décrit les portes des portes secrètes dans les plinthes du cabinet de la reine à Blois, où elle aurait conservé ses poisons pour faire passer de vie à trépas ses adversaires. Les historiens contestent néanmoins cette pratique de l’empoisonnement ; mais les auteurs prennent plaisir à la dépeindre comme une sorcière entourée de ses voyants Nostradamus et du globuleux Ruggieri.

D’ailleurs pour l’anecdote, Ruggieri avait vu la mort de la reine “près de Saint-Germain”, ce qui poussa Catherine de Médicis à être très précautionneuse à chaque fois qu’elle passait dans un hameau ou une église du même nom. Aucun doute sur le fait que la reine mère soit morte à Blois, mais le prêtre qui lui aurait administré l’extrême onction serait un dénommé Julien de Saint-Germain.  

Aujourd’hui, on note plutôt une tendance à la réhabilitation de la figure de Catherine de Médicis, bien plus complexe que cette légende noire. Cette misogynie existait déjà de ses contemporains de l’époque, qui serviront du statut de femme de Catherine de Médicis pour la discréditer, propos longtemps non remis en cause. Le premier à redorer le blason de la reine mère fut Honoré de Balzac, qui écrivit à propos d’elle : 

Catherine de Médicis a sauvé la couronne de France. Elle a maintenu l’autorité royale dans des circonstances au milieu desquelles plus d’un grand prince aurait succombé; et ce en déployant les plus rares qualités, les plus précieux dons de l’homme d’État.

Il la classera parmi les trois plus grands génies de l’absolutisme en France, aux côtés de Richelieu et de Louis XIV. 

Alors que catholiques et protestants ne songeaient qu’à leurs intérêts personnels, la priorité de Catherine de Médicis fut la France. Dans l’horreur de la guerre civile, la reine mère a tout fait pour protéger l’unité du royaume, alternant concessions et décisions. Devenue le bouc émissaire des français et portant sur son dos toute la colère qui remuait le royaume, Catherine de Médicis a aussi vu ses enfants se déchirer, essayant toujours de discerner affect et raison d’État. La reine de France a commis quelques faux pas et n’était peut-être pas une sainte, mais elle a su régner comme un grand roi. Démontrant que son dévouement et sa bonne foi en Dieu surpassaient les querelles humaines, elle nourrit toute sa vie l’espoir qu’un jour la couronne et la justice prévaudraient pour le bien de tous, accordant finalement son pardon à ceux qui s’y sont opposés. 

Sources

  • Catherine de Médicis – Podcast Culture 2000, 2022.
  • Catherine de Médicis et les châteaux de la Loire – Secrets d’Histoire.tv, 2008.
  • Catherine de Médicis et ses astrologues – Podcast La Petite Histoire, 2023.
  • Ce qu’il faut savoir sur…Catherine de Médicis, site du Château d’Amboise.
  • Dugied J. Ronsard à la cour, 1990.
  • Leclercq P., Catherine de Médicis à la base de la gastronomie française, Université de Liège, 2011.
  • Lettres de Catherine de Médicis, publiées par M. le Cte Hector de la Ferrière puis par par M. le Cte Baguenault de Puchesse. Tome 4, BNF, 1880-1943.
  • Justice G. The Role of Indulgences in the Building of New Saint Peter’s Basilica, Master of Liberal Studies Theses, 7, 2011.
Clara

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