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La bête du Gévaudan : mythe ou réalité ?

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C’est au cours du règne de Louis XV, dans les terres reculées de Lozère et d’Ardèche, qu’une tragédie sévit, faisant parler d’elle pendant des siècles à venir. Entre 82 et 124 personnes sont cruellement dévorées par une créature, dont le mystère reste encore entier à l’heure actuelle. Les théories sont nombreuses pour parvenir à identifier le profil de la bête. Est-ce un loup ? Est-ce une bête légendaire ? Cette bête est désignée dans la littérature et les archives comme la Bête du Gévaudan. Retour en détails sur trois ans de terreur et de tuerie, au cœur du Gévaudan.

Le règne de la terreur : La bête du Gévaudan enflamme les esprits

Figure du monstre du Gévaudan

Sanglant prélude : les premières victimes de la bête du Gévaudan

Les faits se déroulent dans un territoire couvrant les départements actuels de la Lozère et de l’Ardèche. Alors que des attaques d’une bête féroce sont déjà connues en 1763 dans le Dauphiné, c’est-à-dire dans les Alpes actuelles, il faut attendre juin 1764 pour trouver des cas similaires dans le Gévaudan.

À Saint-Étienne-de-Lugdarès, le 30 juin, la bête tue une première personne, Jeanne Boulet, une jeune femme âgée de 14 ans, dont l’acte de sépulture mentionne qu’elle a été tuée par “la bête féroce”, ce qui témoigne de la terreur déjà installée bien avant ce premier décès.

La deuxième victime a le même âge que la première, plus d’un mois après, à approximativement 15 kilomètres de distance. Jusqu’en septembre, la bête fait d’autres victimes dans la même zone géographique. La terreur s’installe, les habitants sont terrorisés.

La menace s’étend : des attaques implacables frappent un vaste territoire

Les sept jeunes combattent la bête (illustration), Paris, BNF, 1764

À plus de 60 kilomètres de là, dans le village de Prunières, une jeune fille est tuée le 7 octobre. Le lendemain, deux autres attaques envers des jeunes vachers ont lieu à quelques kilomètres, des chasseurs voient la bête rôder et lui tirent dessus, la touchent, mais elle parvient à s’enfuir. En décembre, ce sont cinq autres personnes qui perdent la vie des suites d’attaques attribuées à cette bête sauvage.

À Chanaleilles, le 12 janvier, la bête du Gévaudan attaque un groupe de sept enfants, en blessant plusieurs mais ceux-ci parviennent à la faire partir. En février 1765, une fillette est partiellement dévorée au Malzieu-Ville. Le 14 mars, à Saint-Alban, une attaque est recensée sur trois enfants d’une même famille, leur mère Jeanne Jouve parvient avec un immense courage à éloigner l’animal. Son garçon âgé de 6 ans est gravement atteint de ses blessures, auxquelles il succombe quelques jours après.

Le 1er mai, non loin de là, alors que l’animal s’apprête à attaquer un berger de 15 ans, ses deux frères lui tirent alors dessus par deux coups de fusil. Mais une nouvelle fois, il est blessé et a réussi à s’enfuir, et fera d’ailleurs une nouvelle victime le lendemain à Venteuges.

Le 11 août, Marie-Jeanne Vallet, âgée de 20 ans, est attaquée par la bête et lui plante sa lance, l’animal est blessé, mais parvient à s’effacer de nouveau dans les bois. Elle est dès lors surnommée la “Pucelle du Gévaudan”.

Une bête envoyée de Dieu ?

L’évêque de Mende et comte de Gévaudan, Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, lance le 31 décembre 1764 un appel aux prières et à la pénitence, que tous les prêtres du diocèse doivent énoncer aux paroissiens. Il qualifie cet animal d’un fléau envoyé de Dieu.

La chasse est lancée : la poursuite effrénée de la bête du Gévaudan

Dessin de 1765 de la bête féroce envoyé à la Cour

Loin d’être classées comme de simples faits divers, les attaques de la bête du Gévaudan font l’objet de nombreuses publications dans la presse du royaume et de la région.

Dès que les premières attaques ont lieu, l’inquiétude grandit et des premières battues sont organisées par Étienne Lafont et des chasseurs près de Langogne, mais s’avèrent vite insuffisantes.

Le régiment de Clermont-Prince du capitaine Duhamel alors dans le secteur des attaques sont envoyés en traque dès le 15 septembre, des paysans prêtent leur aide, mais personne n’aperçoit l’animal. D’autres battues sont organisées le 8 octobre, en vain. Duhamel et ses soldats, ralentis par la neige, n’ont effectué d’autres chasses qu’à partir du 11 novembre.

Les États de Languedoc se réunissent alors le 15 décembre : une somme de 2 000 livres est promise à la personne qui tuera la bête. Les mois de janvier et février 1765, les chasses menées par les soldats de Duhamel ne parviennent toujours pas à trouver l’animal de Gévaudan.

Un conseiller du roi envoie sur place le meilleur chasseur de loups du royaume, Jean d’Enneval, venu de Normandie, qui en a déjà tué plus de 1 200. En avril 1765, cette histoire qui dépasse les limites des faits divers, se répand dans le royaume et dans toute l’Europe. Sur ordre du roi de France, le porte-arquebuse François Antoine est missionné en juin pour chasser ce qu’il affirme être un grand loup. Jean d’Enneval et ses hommes doivent ainsi quitter les lieux, et des autres battues sont organisées au mois d’août.

Le combat mortel : éradiquer la menace de la bête du Gévaudan

Présentation du loup des Chazes par le fils de François Antoine à la Cour de Versailles, à Paris chez Mandare

Les opérations pour s’emparer de la bête, afin d’éviter qu’elle ne fasse de nouvelles victimes, sont nombreuses dans le vaste domaine du Gévaudan. Une bête semblable rôdait le 29 août 1765 autour de jeunes vachers dans le Bois Noir, le garde-chasse du duc d’Orléans parvient à lui tirer dessus, le cadavre sera retrouvé à plusieurs kilomètres. Les chasseurs pensent alors avoir éliminé la bête.

D’autres attaques ont encore lieu ! Le 20 septembre, François Antoine tire sur un grand loup près de Saint-Julien-des-Chazes qui l’attaque ensuite, c’est un garde qui parvient à achever le prédateur. François Antoine est officiellement celui qui a tué la bête du Gévaudan. Son fils amène la dépouille à Versailles, elle est ensuite naturalisée et exposée dans les jardins.

Les attaques reviennent hanter la région

Représentation de la bête féroce, estampe, BNF, vers 1765

Alors que le calme semble être revenu, et que tout le monde croit la bête du Gévaudan morte, il se trouve que de nouvelles attaques sont recensées en fin d’année 1765 dans cette même zone de l’Aubrac. À Versailles, Louis XV ne veut plus entendre parler de cette bête cruelle que son porte-arquebuse a tué.

L’animal rôde toujours, mais est moins mobile qu’auparavant. En mars 1766, les attaques sont nombreuses, et continuent durant toute l’année. Jusqu’en 1767, on ne sait plus que faire, à part prier. À Desges, le 18 juin 1767, la nouvelle victime est une jeune femme de 19 ans.

Le paysan Jean Chastel participe à une nouvelle chasse organisée par le marquis d’Apcher, accompagné de plusieurs hommes. Il parvient à abattre une bête semblable à un loup le 19 juin 1767 à Auvers. Les douze hommes qui accompagnaient le marquis se sont vus récompensés de 600 livres par Étienne Lafont.
Jean Chastel est vu comme un héros régional qui sauve le pays du fléau de Dieu. Dès lors, plus aucune attaque n’est perpétrée dans la région. Le trophée que représente le cadavre de cette terreur qui hantait les habitants depuis des années est empaillé et exposé au château de Besque.

La bête du Gévaudan a-t-elle vraiment existé ?

Statue de Marie-Jeanne Vallet combattant la bête du Gévaudan à Auvers

Le mystère de la bête du Gévaudan reste entier. En effet, alors qu’une première bête est éliminée après avoir été reconnue par plusieurs victimes, les attaques ont continué ensuite. Donc y a-t-il eu plusieurs créatures de la sorte ?

De quel animal s’agit-il ? Un grand loup, un chien-loup, une hyène, ou même un loup-garou ? Des rumeurs évoquent même un homme cannibale déguisé en bête, ce qui a propagé les craintes dans la région. En effet, bon nombre des victimes, très souvent des enfants, ont eu la gorge tranchée, pouvant faire penser à l’action d’un homme. Plus de deux siècles après les faits, les terres du Gévaudan sont encore pleines de mystères, avec l’esprit de la bête et les peurs qu’elle a générées qui planent toujours dans son terroir.

Sources :

Archives départementales de l’Ardèche, registres paroissiaux de Saint-Étienne-de-Lugdarès 1757-1780 vue 113/361.
Mauriceau, J.-M. La bête du Gévaudan, la fin de l’énigme ?, 2015
Soulier, B. Sur les traces de la bête du Gévaudan et de ses victimes , Paris, 2011.

Loïc

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