Ce qu’il faut retenir
- ✓ Göring n’était pas « drogué » au sens festif du terme : il s’agit d’une dépendance aux opiacés et opioïdes, des médicaments contre la douleur.
- ✓ Tout commence en 1923 : blessé lors du putsch de Munich, il est soigné à la morphine, qui provoque une accoutumance rapide.
- ✓ En 1925, sa dépendance est si sévère qu’il est interné à Långbro, en Suède.
- ✓ Entre 1926 et 1927, certaines sources évoquent l’usage d’Eukodal (oxycodone), un autre opioïde puissant, lors de ses cures de désintoxication.
- ✓ À la fin de la guerre, c’est la paracodéine qui domine : environ 20 000 comprimés sont retrouvés en sa possession lors de sa capture en 1945.
- ✓ Il est sevré de force à Camp Ashcan, perdant environ 27 kg, avant son procès à Nuremberg.
- ✓ Condamné à mort en 1946, il se suicide au cyanure avant son exécution.
Derrière les uniformes couverts de décorations, les palais, les collections d’art et la mise en scène permanente du pouvoir, Hermann Göring cultivait l’image d’un homme tout-puissant. Pourtant, une autre histoire se cache derrière cette façade. Celle d’un homme blessé lors du putsch de Munich, devenu dépendant aux opiacés, interné pour sevrage dans les années 1920, puis retrouvé par les Alliés en 1945 avec des milliers de comprimés dans ses bagages. Cette dépendance n’explique ni son engagement nazi ni sa responsabilité dans les crimes du régime. Mais elle éclaire une facette méconnue de l’un des principaux dirigeants du Troisième Reich : celle d’un homme dont le corps était devenu, lui aussi, un champ de bataille.
Hermann Göring et la morphine : la dépendance cachée du dignitaire nazi
Hermann Göring a passé sa vie à mettre en scène la puissance. Uniformes éclatants, médailles, palais, trains spéciaux, collections d’art pillé, titres accumulés : tout chez lui semblait conçu pour impressionner. Dans le théâtre du Troisième Reich, il voulait être plus qu’un chef nazi. Il voulait être un prince du régime.
Mais derrière l’apparat, il y avait un corps moins glorieux.
Un corps blessé. Un corps dépendant. Un corps qui, pendant des années, réclama des opiacés.
L’histoire est souvent résumée en une formule : “Göring était drogué.” Elle est vraie, mais trop simple. Elle attire l’œil, puis elle écrase le sujet. Car le plus intéressant n’est pas seulement qu’Hermann Göring ait consommé de la morphine ou de la paracodéine. Le plus intéressant, c’est le contraste : l’un des hommes les plus puissants du Reich fut aussi un homme prisonnier de ses médicaments.
Son addiction commence après une blessure reçue lors du putsch de Munich en 1923. Elle le conduit à des cures de désintoxication en Suède. Elle réapparaît brutalement en 1945, lorsque les Alliés découvrent qu’il possède une quantité impressionnante de comprimés de paracodéine.
Certains récits évoquent plus de 20 000 cachets. Le chiffre frappe. Mais il ne doit pas nous faire perdre le fil : cette dépendance n’explique pas les crimes de Göring. Elle n’efface ni son ambition, ni son antisémitisme, ni sa responsabilité dans le régime nazi. Elle raconte autre chose : la faille physique d’un homme obsédé par la domination.
L’essentiel sur la dépendance d’Hermann Göring
Hermann Göring fut bien dépendant aux opiacés. Après avoir été blessé lors du putsch de Munich en 1923, il reçoit de la morphine pour calmer ses douleurs. Sa dépendance s’installe, puis s’aggrave pendant son exil. Dans les années 1920, il est notamment soigné en Suède, à l’asile de Långbro.
À la fin de la guerre, les Alliés découvrent qu’il consomme massivement de la paracodéine, un opioïde lié à la dihydrocodéine. Les chiffres varient selon les sources : certains récits parlent d’environ 40 comprimés par jour, d’autres de davantage. On évoque aussi plus de 20 000 comprimés retrouvés en sa possession. Avant le procès de Nuremberg, Göring est sevré. Il maigrit fortement, retrouve de la lucidité et se montre l’un des accusés les plus combatifs du procès.
Les grandes dates de la dépendance de Göring
- 1923 — Blessure lors du putsch de Munich, opération à Innsbruck, usage de morphine.
- 1925 — Internement à Långbro, en Suède, pour dépendance aux opiacés.
- 1926-1927 — Cures de désintoxication, avec mention de l’Eukodal dans certaines sources.
- 1945 — Capture par les Alliés avec une importante quantité de paracodéine.
- 1945 — Sevrage à Camp Ashcan, à Mondorf-les-Bains.
- 1946 — Condamnation à mort à Nuremberg, puis suicide au cyanure.
La blessure de 1923 qui déclenche l’addiction de Göring
Tout commence à Munich, le 9 novembre 1923. Ce jour-là, Hitler et ses partisans tentent de prendre le pouvoir par la force. L’opération est connue sous le nom de putsch de Munich, ou putsch de la Brasserie. Elle échoue rapidement. La police bavaroise ouvre le feu. Plusieurs nazis sont tués. Göring, qui marche avec les putschistes, est grièvement blessé. La blessure se situe à l’aine ou au haut de la cuisse selon les récits. Elle est sérieuse, douloureuse, difficile à soigner. Göring est exfiltré vers l’Autriche, à Innsbruck, où il reçoit des soins et subit une opération.
C’est là que la morphine entre dans son histoire. À l’époque, la morphine est un antidouleur puissant, utilisé pour calmer les douleurs intenses. Elle soulage vite. Elle apaise. Elle peut donner une sensation de détente, parfois d’euphorie. Mais elle a un revers : le corps s’y habitue. Et lorsque le corps s’habitue, il réclame.
Chez Göring, ce qui commence comme un traitement médical devient progressivement une dépendance. La douleur de la blessure finit par s’éloigner. Le besoin, lui, reste. C’est ce qui rend le début de son addiction presque banal, et donc plus troublant. Il ne commence pas par chercher une drogue. Il commence par recevoir un médicament. Puis le médicament prend sa place.
Långbro : la chute avant l’ascension
Après l’échec du putsch, Hitler est emprisonné. Göring, lui, fuit l’Allemagne. Avec sa femme Carin, il passe par l’Autriche, l’Italie, puis la Suède. Cette période de sa vie est moins connue, mais elle est essentielle. On est loin du dignitaire flamboyant des années 1930. Göring est alors un homme blessé, dépendant, instable, sans réel pouvoir.
En Suède, son état devient suffisamment grave pour qu’il soit interné à l’asile de Långbro, près de Stockholm. Il y est traité pour sa dépendance à la morphine et aux opiacés. Les descriptions de l’époque évoquent un homme difficile, agité, parfois violent, pris dans les effets du manque. Le futur Reichsmarschall, celui qui voudra plus tard dominer les cérémonies nazies par sa présence, se retrouve alors patient en sevrage, surveillé, diminué, prisonnier de son propre corps. Le contraste est saisissant.
Göring rêve de grandeur. Mais, à Långbro, il est d’abord un homme en manque.
Quand le remède devient dépendance : quelles drogues prenait Hermann Göring ?
Dire que Göring était “drogué” peut donner une fausse image. Il ne s’agit pas ici de cocaïne, de cannabis ou de drogues festives. Dans son cas, on parle surtout d’opiacés et d’opioïdes : des substances utilisées contre la douleur, mais capables d’entraîner une dépendance puissante.
Les substances consommées par Göring
Le parcours de Göring n’est donc pas celui d’une seule substance. C’est une trajectoire d’opioïdes : morphine après la blessure, autres antidouleurs dans les années suivantes, paracodéine au moment de l’effondrement du Reich. Un traitement devenu habitude. Une habitude devenue dépendance. Une dépendance devenue secret visible.
Les effets des opiacés sur Hermann Göring
Les opiacés ne transforment pas mécaniquement un homme en criminel. Il faut le dire clairement.
Göring n’est pas devenu nazi parce qu’il prenait de la morphine. Il n’a pas participé au régime hitlérien parce qu’il consommait de la paracodéine. Ses crimes relèvent de choix, d’ambitions, d’une idéologie et d’un appareil politique.
Mais les opiacés ont probablement pesé sur son corps. Ils peuvent provoquer somnolence, ralentissement, constipation, baisse de vigilance, confusion, irritabilité entre les prises, anxiété et dépendance physique. En cas de manque, ils peuvent déclencher douleurs, sueurs, agitation et détresse intense.
Dans le cas de Göring, il serait impossible d’attribuer une décision précise à une substance précise. Mais il est raisonnable de penser que cette dépendance a pesé sur son état physique, son énergie, son rapport au corps et son besoin quotidien de médicaments. Göring voulait incarner la maîtrise. Les opiacés racontent l’inverse : une perte de maîtrise intime.
Le paradoxe nazi : un régime obsédé par la force et les drogues
Le cas Göring révèle aussi une contradiction plus large. Le nazisme célèbre le corps sain, l’endurance, la discipline, la volonté. Dans la propagande, le corps allemand doit être fort, pur, disponible pour l’effort et le combat. Mais la réalité du Troisième Reich est moins propre que ses affiches.
L’Allemagne nazie n’est pas étrangère aux substances. Le cas le plus connu est celui du Pervitin, une méthamphétamine utilisée notamment pour lutter contre la fatigue dans certains contextes militaires. Là, il ne s’agit pas d’opiacés, mais de stimulants : des produits destinés à tenir éveillé, accélérer, prolonger l’effort.
Göring relève d’un autre registre. Sa dépendance n’est pas celle du soldat stimulé pour marcher plus longtemps. C’est celle d’un homme accro à des antidouleurs. Mais le contraste reste puissant : dans un régime obsédé par la force, l’un de ses plus hauts dignitaires dépend de comprimés.
Le corps nazi rêvé était invincible. Celui de Göring ne l’était pas.
Les 20 000 comprimés retrouvés dans les bagages de Göring
Les 20 000 comprimés de Göring : en chiffres
En mai 1945, le Reich s’effondre. Hitler est mort. Berlin est en ruines. Les dignitaires nazis cherchent à fuir, négocier, se cacher ou sauver ce qui peut encore l’être. Göring, lui, tombe aux mains des Américains. Il n’a plus grand-chose du prince du Reich qu’il aimait incarner.
Il est obèse, affaibli, malade, entouré de bagages, d’uniformes, de décorations et de souvenirs de puissance. Et de comprimés. C’est ici qu’apparaît le chiffre le plus frappant : plus de 20 000 comprimés de paracodéine auraient été retrouvés en sa possession. Les récits sur sa consommation quotidienne varient. Certains évoquent environ 40 comprimés par jour, parfois présentés comme 20 le matin et 20 le soir. D’autres parlent de chiffres plus élevés, jusqu’à 80 ou 100 comprimés quotidiens.
Il faut rester prudent. Les sources ne donnent pas toujours les mêmes chiffres, et les dosages exacts ne sont pas toujours clairs. Mais même l’estimation basse dit quelque chose d’important : Göring ne prend pas un antidouleur de temps en temps. Il est dépendant. Massivement. Quotidiennement.
L’image est difficile à oublier : dans les bagages du Reichsmarschall vaincu, il y a les restes d’un pouvoir effondré — et les cachets qui racontent sa dépendance.
Comment les Alliés ont sevré Hermann Göring avant Nuremberg
Après sa capture, Göring est envoyé à Camp Ashcan, nom de code donné par les Alliés au centre de détention installé au Palace Hotel de Mondorf-les-Bains, au Luxembourg. D’anciens hauts responsables nazis y sont regroupés avant leur transfert à Nuremberg.
Le décor a quelque chose d’ironique : un hôtel de luxe transformé en prison pour dignitaires déchus.
C’est là que les médecins alliés prennent en charge l’état de Göring. Ils entreprennent de le sevrer progressivement de la dihydrocodéine. Un sevrage aux opiacés ne se fait pas à la légère. Un arrêt brutal peut provoquer un manque violent. Il faut réduire, surveiller, tenir.
Göring change. Il maigrit fortement. Certains récits évoquent une perte d’environ 60 livres, soit près de 27 kilos. Son visage s’affine. Son esprit paraît plus clair. Le corps s’allège, et l’accusé redevient redoutable. Car à Nuremberg, Göring ne ressemble pas à un homme absent ou effondré. Il est lucide, provocateur, combatif. Il parle, corrige, esquive, attaque. Il tente de dominer les autres accusés et de transformer le procès en scène politique. Le sevrage ne l’innocente pas. Il le rend plus dangereux dans sa défense.
À Nuremberg, un Göring transformé par le sevrage

Au procès de Nuremberg, Göring occupe une place particulière. Hitler, Himmler et Goebbels sont morts. Dans le box, il est le plus haut responsable nazi encore présent. Il le sait. Et il joue ce rôle.
Le psychologue Gustave Gilbert, qui observe les accusés, voit en lui une figure dominante du groupe. Le psychiatre Douglas Kelley, chargé d’examiner plusieurs prisonniers nazis, suit aussi cette période de près. Nuremberg n’est pas seulement un procès des crimes. C’est aussi un lieu où l’on observe les hommes qui les ont portés.
Göring tente de se présenter comme un homme d’État vaincu plutôt que comme un criminel. Il minimise, justifie, détourne, provoque. Il ne plaide pas l’absence de discernement. Il cherche au contraire à reprendre de la hauteur. C’est pourquoi la question de la drogue doit rester à sa juste place.
Oui, Göring fut dépendant. Oui, il fut sevré. Oui, son état physique changea profondément avant le procès. Mais à Nuremberg, il est jugé comme un responsable politique majeur du Troisième Reich.
Le tribunal le condamne à mort. La veille de son exécution, en octobre 1946, il se suicide avec une capsule de cyanure, échappant à la pendaison.
La drogue explique-t-elle les crimes de Göring ?
Non. Pas entièrement. Et surtout, pas moralement. La drogue explique une partie de son état physique. Elle éclaire ses années d’exil, son internement à Långbro, sa consommation massive de paracodéine, son sevrage spectaculaire avant Nuremberg. Mais elle n’explique pas son antisémitisme. Elle n’explique pas son ambition. Elle n’explique pas la Gestapo, la Luftwaffe, le pillage de l’Europe, la persécution des Juifs, les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité.
Ce serait presque rassurant de croire que les crimes nazis viennent d’hommes drogués, délirants, coupés du réel. La vérité est plus inquiétante. Beaucoup de ces crimes furent décidés, organisés, signés et défendus par des hommes capables de calcul. Göring fut dépendant. Il fut aussi responsable. C’est cette double réalité qui rend son cas si troublant.
Pourquoi l’addiction d’Hermann Göring fascine encore
L’histoire de Göring et de la drogue continue d’intriguer parce qu’elle casse une image. De loin, Göring est un symbole : uniforme, médailles, luxe, arrogance, procès. De près, on voit aussi une blessure, des douleurs, des comprimés, un sevrage, un corps transformé. Cela ne le rend pas plus sympathique. Cela le rend plus réel. Et c’est peut-être ce que l’histoire fait de plus utile : rendre les figures du passé réelles sans les absoudre.
Hermann Göring ne fut pas seulement un dignitaire nazi en uniforme. Il fut aussi un homme dépendant, affaibli, sevré, puis jugé. Mais sa dépendance n’annule pas ses actes. Son corps racontait une faille. Ses actes racontent une culpabilité.
Le mot de la fin : Pour approfondir le sujet, on peut consulter les témoignages liés au procès de Nuremberg, notamment ceux du psychologue Gustave Gilbert et du psychiatre Douglas Kelley, ainsi que les biographies consacrées à Hermann Göring. Les travaux sur les drogues dans l’Allemagne nazie, notamment ceux popularisés par Norman Ohler, peuvent apporter un contexte utile, mais doivent être utilisés avec prudence. Le sujet attire facilement le sensationnalisme. Dans le cas de Göring, l’enjeu n’est pas de faire de la drogue une explication magique du nazisme, mais de comprendre comment une dépendance réelle s’inscrit dans la trajectoire d’un homme de pouvoir et de crime.
Questions fréquentes sur Hermann Göring et sa dépendance
Oui. Hermann Göring fut dépendant aux opiacés. Son addiction commence après sa blessure lors du putsch de Munich en 1923, lorsqu’il reçoit de la morphine ou d’autres antidouleurs puissants.
Les substances les plus souvent citées sont la morphine, l’Eukodal, lié à l’oxycodone, et la paracodéine, liée à la dihydrocodéine.
Les chiffres varient selon les sources. Certains récits évoquent environ 40 comprimés de paracodéine par jour à la fin de la guerre. D’autres parlent de chiffres plus élevés. Plus de 20 000 comprimés auraient été retrouvés en sa possession.
Il est notamment interné en Suède, à l’asile de Långbro, dans les années 1920. Après sa capture en 1945, il est sevré par les Alliés à Camp Ashcan, à Mondorf-les-Bains.
Non. Sa dépendance éclaire son état physique et une partie de son histoire personnelle, mais elle n’explique ni son engagement nazi, ni sa responsabilité dans les crimes du Troisième Reich.
Sources indicatives